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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 17, septembre-octobre 2001

Les salariés de LU/Danone ne lâchent pas prise

Mis en ligne le 22 septembre 2001 Convergences Entreprises

Suite à la manifestation du 9 juin contre les licenciements et suppressions d’emploi, les organisateurs s’étaient promis, lors de leur réunion de bilan du 20 juin, de donner une suite à ce premier temps fort vers le Tous Ensemble.

Pour leur part, les salariés de Lu de l’usine de Ris Orangis (Essonne) qui avaient été à l’initiative des différentes rencontres unitaires ayant débouché sur le 9 juin, ont continué à se mobiliser à deux niveaux : localement, tout en continuant à populariser le boycott des produits Danone par des distributions de tracts, ils ont organisé fin juillet une manifestation à vélo lors de l’arrivée de l’étape du Tour de France à Evry. Au sein de leur entreprise, ils ont multiplié les arrêts de travail, quasi quotidiens certaines semaines (il faut dire que la direction accumule l’exaspération des salariés en recourant abusivement au travail intérimaire ou à la sous-traitance, tout en essayant d’accélérer l’exécution de son plan social).

Le 22 septembre, les P’tits Lu organisaient une journée porte ouverte sur le site de Ris-Orangis. La direction Danone ne l’a pas entendu de cette oreille puisqu’elle a fait interdire l’initiative prétextant bien sûr le plan « vigipirate » et son droit fondamental à la sacro-sainte propriété privée. Le juge n’a pas hésité à mentionner l’utilisation de la force publique possible, et même l’interdiction pour tous les représentants du personnel à l’accès des locaux syndicaux. Frank Riboud, le PDG de Danone, a le bras long puisqu’il peut même se permettre l’envoi d’une lettre d’injonction au préfet pour que celui-ci s’exécute. On a donc assisté ce 22 septembre, à Ris-Orangis, devant l’entreprise, à une négociation ubuesque : le maire de Ris, la police, le cabinet du préfet, les huissiers négociant avec Danone un couloir sanitaire pour l’accès aux toilettes des participants à la journée porte fermée. Comble du comble, c’est accompagné un par un que la direction et ses barbouzes a autorisé l’accès aux locaux sociaux pendant trente minutes. Un certain avant-goût du plan social que Danone concocte. C’est donc dans un contexte difficile sur fond de plan vigipirate contre le terrorisme et du traumatisme de l’explosion de Toulouse que les salariés tentaient de réimpulser la riposte pour un tous ensemble contre les licenciements et les suppressions d’emploi en cette rentrée de septembre.

Mais la journée du samedi 22, à laquelle s’étaient joints les camarades de Lu Château-Thierry, s’est tout de même déroulée avec débats non-stop devant l’usine (des ouvriers de Renault Vilvorde et des forges de Clabecq de Belgique sont même venus apporter leur contribution), pique-nique et soirée festive sur la place du marché de Ris Orangis.

La réunion à la Bourse du Travail du 8 septembre

Mais les salariés de Lu ne s’en tiennent pas aux seules actions au niveau de l’entreprise. Ils ont pris l’initiative d’une nouvelle réunion unitaire à la Bourse du Travail de Paris le 8 septembre, afin d’envisager les suites à donner au 9 juin, vu l’accumulation des plans de licenciements au cours de l’été. Environ 120 militants ont répondu à l’invitation, d’une trentaine d’entreprises (des sections CGT, Sud ou CFDT d’entreprises comme Aventis, Ericsson Massy, Alstom, Thomson-Csf, Air France, la CEGELEC, de la SNECMA Villaroche, de la CERITEX, des bureaux de poste, des syndicalistes de la SNCF, l’INA – Institut national de l’audiovisuel –, d’EDF, de l’Education Nationale, l’INSEE, les Archives de France, du Crédit Lyonnais… pour la région parisienne, ainsi que des militants de la CIAPEM, une filiale de Moulinex-Brandt de Lyon, de Valéo Amiens, de la CRAM de Rouen, du Centre hospitalier du Rouvray). Des représentants de la FSU, de Sud Education, Sud PTT, Sud aérien étaient également présents, plus des délégations d’entreprises ou de lycées professionnels de la CGT, mais aussi AC !, ATTAC et différentes organisations politiques nationales dont le Parti Communiste, la LCR, Alternative Libertaire et autres organisations d’extrême gauche. Mais les directions syndicales, excepté la FSU et les fédérations SUD, ont brillé par leur absence (y compris la CGT qui s’était pourtant faite représenter en tant qu’observateur aux réunions précédentes). La représentante du Parti Communiste était bien là, mais n’est pas intervenue (contrairement aux réunions précédentes).

Le représentant de l’intersyndicale de Lu (Ris Orangis) a lancé l’idée d’Assises ouvrières contre les licenciements et les suppressions d’emplois, comme étape intermédiaire vers une mobilisation unitaire encore plus large que le 9 juin, idée qui visiblement fut bien accueillie par les présents qui se sont exprimés. Mais du côté des absents ? Que proposent-ils de leur côté ?

Le grand silence des confédérations

Côté confédération CGT, c’est le flou le plus total. La confédération organisait le 12 septembre une réunion nationale des militants des entreprises sous le coup de plan sociaux, d’où rien de précis n’est sorti. L’introduction très vague de Bernard Thibaud a déçu bien des militants. Sur le terrain, la confédération encourage au niveau des régions des réunions et manifestations CGT autour d’entreprises qui licencient, en mobilisant le plus souvent les salariés sur l’objectif de solutions « alternatives » (dans le seul cadre juridique fixé par le gouvernement), mais rien au niveau national, tout en ignorant superbement les propositions des salariés de Lu/Danone (en juillet, le secrétariat de Bernard Thibaud a refusé une rencontre avec l’intersyndicale de Lu Ris Orangis). Bref, pour l’heure, les appareils syndicaux nationaux s’en tiennent, dans le meilleur des cas, aux seules mobilisations locales dispersées.

Le Parti Communiste (qui avait contribué aux côtés de l’extrême gauche, des associations, de certaines UD et de nombreuses sections d’entreprise au succès de la manifestation du 9 juin) semble pour l’heure se satisfaire de son vote de la loi Guigou avec amendements des députés communistes, et très peu pressé de renouveler des initiatives mobilisatrices unitaires, tout en se contentant de parler de « moratoire sur les licenciements » en attendant l’application de la nouvelle loi (qui de toute façon ne prévoit aucune mesure contraignante à l’encontre des patrons qui licencient, sinon l’appel à un « médiateur » sans pouvoir). Lors de la fête de l’Humanité, un forum a bien eu lieu comme prévu sur les licenciements. Mais aucun représentant du Parti Communiste n’a évoqué la moindre perspective mobilisatrice d’ensemble (pas plus que les représentants de la confédération CGT présents à la tribune). Seuls les représentants de l’intersyndicale des LU de Ris Orangis ont rappelé fermement la nécessité de donner une suite au 9 juin et d’organiser le tous ensemble (aux applaudissements de l’assistance). Curieusement, pas un mot de leurs interventions dans le compte-rendu de ce débat (par ailleurs détaillé) fait le lendemain par L’Humanité.

Cela étant, les plans de licenciements s’accumulent, plus que jamais. Du côté des grands appareils réformistes, c’est l’attentisme. Du côté des salariés, les résistances locales continuent. Mais il existe bien des militants qui ressentent, comme ceux de chez Lu, la nécessité de dépasser l’horizon local et de faire converger les mobilisations. Cela reste l’urgence de l’heure.

Le 22 septembre 2001, F.A. et F.C.

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