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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 17, septembre-octobre 2001

Côte d’Ivoire : Tout est morose ici…

Mis en ligne le 22 septembre 2001 Convergences Monde

Le texte que nous publions ci-dessous est fait de larges extraits d’une correspondance privée, à laquelle nous avons donc conservé son style. Nous la publions parce qu’elle nous apparaît révélatrice de la situation de la Côte d’Ivoire après l’accession au pouvoir de Laurent Gbagbo et du FPI et des massacres perpétrés par ce pouvoir contre les supposés partisans de ses adversaires politiques du RDR de Ouattara.


…Je suis communiste, mais comment me dépêtrer d’une situation dans laquelle on me colle, à tort, l’étiquette de RDR ? Parce que je parle contre Gueï, contre Gbagbo, contre Bédié et que, comme c’étaient ADO et les nordistes qui subissaient le mépris et le courroux du régime, je prenais parti ouvertement pour eux, mais avec toutes sortes de précisions qui définissaient mon bord politique.

J’habite un village ébrié. L’Ebrié est une ethnie appartenant au grand groupe Akan. C’est une ethnie particulièrement conservatrice et très xénophobe. Donc mes prises de position passaient pour favorable au RDR. Tous mes amis du quartier, y compris l’un de père libanais et de mère baoulé, défendaient avec rage cette sale politique d’épuration. J’étais désespérément seul contre tous. Les gens ne raisonnaient plus. Ils manifestaient ce qu’ils avaient de plus ignoble, de plus animal. On le voyait à travers leur regard haineux, les menaces qu’ils proféraient. Mais je ne pouvais me résoudre au silence. Si je me tais, ce n’est pas les murs qui parleront.

Alors ce qui devait arriver, arriva. Je fus dénoncé à la police par je ne sais qui. Là-bas, on me fit entendre que j’étais un faux Ivoirien, que je possédais illégalement une carte d’identité ivoirienne. Accusations fallacieuses mais devant lesquelles il me faut me justifier dans une situation de suspicion et de mépris généralisés. Ma carte d’identité ne me conférant plus la citoyenneté, que pouvais-je faire ? J’ai dû passer 5 jours et 4 nuits dans un cachot sombre, exigu et humide. Au terme du 5e jour, contre toute attente, et sans que je ne sus trop pourquoi, on me libéra avec de sévères mises en garde. Je rentrai au quartier avec toute la puanteur de quelqu’un qui venait de passer 5 jours au trou. Dépité, pas tant par l’expérience de la taule, que par la mesquinerie, la méchanceté et l’hypocrisie des gens...

…C’est affaibli par un méchant paludisme que je quittai le quartier (au moment où des milices d’autodéfenses s’organisaient pour, disent-ils, empêcher les envahisseurs dioula de s’emparer du pouvoir) pour le village où je comptais me soigner convenablement à moindre frais. Mais j’avais déjà le sentiment que la capitale allait s’embraser. J’y suis resté pendant 7 mois. Les troubles sanglants qui s’abattirent sur Abidjan m’y trouvèrent loin. Et j’avais eu raison, ou plutôt la maladie m’avait été d’un grand secours, puisque à mon retour du village, il s’est trouvé des gens pour me dire ouvertement que si j’avais été là pendant les événements, ils m’auraient fait passer de mauvais moments.

Maintenant quelques uns sont en train de perdre leurs illusions, tenaillés qu’ils sont par la misère quotidienne…

Police et misère

Dans l’administration, la corruption est presque légale, quoi qu’on dise. Surtout chez la police où cela est plus visible. La police agit presque à sa guise parce qu’elle pense, et à raison d’ailleurs, que le nouveau régime lui doit bien cela.

Et le pouvoir de son côté, partagé entre la peur du sourd mécontentement qui gronde dans les différents corps de la police et de la gendarmerie d’une part et du jugement de l’opinion nationale et internationale de l’autre, titube dans ses prises de décisions.

Le procès des gendarmes impliqués dans l’affaire du charnier, et le conflit policiers/magistrats illustrent parfaitement cet état de fait. Pour les premiers cités, malgré les preuves accablantes des différents rapports qui sont sans appel, la justice piétine. Le régime a peur d’avoir affaire à la gendarmerie qui est restée solidaire. Un magistrat a été giflé par un commissaire de police (une femme) et à une réunion de crise, le ministre de l’intérieur aurait fait savoir à l’ensemble des commissaires qu’il n’entreprendrait rien pour empêcher la justice de suivre son cours. La réaction fut immédiate. Nous attendons de voir comment le pouvoir viendra la chercher pour la juger – clament en chœur les policiers qui estiment que le ministre n’a pas été juste vis à vis d’eux.

La vie est extrêmement chère et ce ne sont pas les récentes augmentations du prix du gaz et de l’électricité qui arrangeront les choses. Pourtant, il y a eu un fait nouveau et intéressant lors des récentes augmentations. Pour la première fois, deux organisations de consommateurs ont appelé à protester. L’appel a été faiblement suivi parce qu’il a manqué de préparation, mais il n’en demeure pas moins que c’est une très bonne initiative.

Dans l’Abidjan oublié de Dieu et des hommes politiques (les quartiers précaires), la misère a atteint un tel niveau qu’on peut perdre facilement la vie parce qu’on possède 1000f, une montre ou autres choses susceptibles d’intéresser un bandit.

A l’intérieur du pays, c’est encore plus grave. La misère ajoutée aux incessants conflits opposant autochtones et allogènes dans l’ouest et le sud-ouest, rendent ces zones fébriles et prêtes à exploser du jour au lendemain. Le FPI avant son accession au pouvoir avait, dans ces zones, prêché la démagogie, le mensonge et la haine, prétendant détenir la solution du problème foncier. Donc le FPI au pouvoir, les populations de ces régions, considérant naïvement et bêtement le pouvoir FPI comme le leur, commettent toutes sortes d’exactions et d’abus à l’encontre des allogènes et étrangers qu’ils accusent d’occuper leurs terres. Avec la complicité ou l’impuissance du régime.

Plus grave, la localité de Bonoua, dans le sud, s’est érigée en une sorte de territoire autonome avec un conseil suprême des sages, qui a créé des lois interdisant toutes activités aux étrangers sous le regard complice ou impuissant du régime.

Le port est désespérément vide. Ceux qui peuvent déplacent leurs activités pour le Togo, le Bénin etc… Tout est morose ici…

Abidjan, le 23 juillet 2001 S.

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