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DOSSIER : Municipales, le mythe de l’élection et de la gestion démocratiques

Logement : les limites du réformisme municipal

Mis en ligne le 17 janvier 2008 Convergences Politique

La question du logement est une des pierres d’achoppement du réformisme municipal.

D’abord parce que l’ampleur des besoins dépasse toute réponse possible au seul niveau des communes, quand bien même elles le voudraient : l’Union sociale pour l’habitat (association professionnelle de quelque 820 organismes de HLM, offices publics ou organismes privés alimentés généralement par le 1 % patronal) les estime à 1,3 million de logements sociaux, pour seulement 45 000 constructions en 2006.

À la charge des municipalités les plus pauvres

C’est sous l’impulsion directe et avec l’engagement financier de l’État qu’ont été érigés, de la fin des années 1950 au milieu de la décennie 1970, les premiers « grands ensembles » qui ont, dans cette période, permis d’atténuer la pénurie de logements aux lendemains de la guerre. À l’époque, les communes riches repassaient déjà à leurs voisines pauvres le problème des mal logés. Paris, par exemple, achetait des terrains en banlieue pour y construire ses HLM ; comme à Bobigny la cité de l’abreuvoir, aujourd’hui l’une des plus anciennes et des plus dégradées de la ville, dont la gestion est aujourd’hui à charge de l’office départemental HLM du 93.

C’est dire que la situation dont ont hérité, et que doivent aujourd’hui gérer, bien des communes populaires ou villes ouvrières de banlieues est celle de HLM dégradées, concentrant des populations durement touchées par le chômage. D’autant que depuis le milieu des années 1970, l’État s’est désengagé de la construction massive de logements sociaux pour favoriser l’accès à la propriété. Les premiers occupants de HLM (en majorité salariés français aux revenus modestes, voire un peu plus aisés) ont souvent été remplacés ensuite par des populations plus défavorisées. Parallèlement, avec la résorption des grands bidonvilles, l’État a concentré les familles immigrées les plus pauvres dans des « cités transit » construites dans les communes de banlieues (sans que les municipalités aient forcément le choix, et le provisoire a duré des années), puis dans les cités HLM de ces mêmes villes. La paupérisation de ces cités – renforcée depuis 25 ans par le développement du chômage et de la précarité – a conduit les bailleurs « sociaux » à rogner sur l’entretien ; question de rentabilité pour les organismes privés, de gestion des dépenses sociales pour les municipalités. Celles-ci devant le faire sans pouvoir compter sur la solidarité de communes plus riches, à qui l’État n’a jamais cherché à imposer d’accueillir le nombre voulu de HLM – même depuis la loi de décembre 2000 fixant l’objectif de 20 % de logements locatifs sociaux. L’intervention de l’État va même en sens inverse lorsque les préfectures, saisies de demandes de relogement des plus pauvres, n’hésitent pas à les placer sur leur contingent de logements sociaux dans les municipalités populaires au lieu de réquisitionner pour ce faire des locaux aménageables ou des logements vides ailleurs.

Les effets du chômage sur la crise du logement

Le manque de logements accessibles aux familles populaires en difficulté croissante rend la situation inextricable du point de vue de la « bonne » gestion des offices publics de HLM dont les municipalités sont partie prenante. Et ce particulièrement dans les communes, souvent de gauche, qui ont construit et construisent le plus de logements sociaux. Cela conduit inévitablement à des conflits entre mal logés et municipalités, même lorsque ces dernières rechignent à recourir aux expulsions pour loyers impayés dans le parc public, et cherchent à les limiter de la part des bailleurs privés.

Parmi les exemples récents figure la municipalité communiste d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de l’Île-de-France. La ville compte plus de 40 % de logements sociaux, 7 700 étant gérés par l’OPHLM auprès duquel 3 800 demandes sont en attente. La question du squat de logements en attente de travaux ou de démolition y est devenue récurrente depuis plusieurs années. L’été dernier, la mairie en a fait évacuer certains, appartenant à l’OPHLM. Les familles à la rue en attente de relogement ont été rejointes par d’autres également menacées d’expulsion de leur squat. Mais si l’État a apporté son concours pour l’aspect répressif, il s’est bien gardé de rechercher une solution. Sans surprise d’ailleurs : en 2005 déjà, c’est la municipalité qui, à l’approche de l’hiver, avait fini par reloger provisoirement en foyer les expulsés ayant passé 4 mois dans la rue, la préfecture ne proposant rien d’acceptable !

Dans la crise de cet été, le maire PC s’est placé sur le terrain de l’ordre bourgeois, celui que se doit de faire respecter tout “bon” maire républicain : la préfecture faisant la sourde oreille aux demandes de relogement, il a contraint l’État à agir… mais d’abord contre les anciens squatteurs, par une procédure en référé pour « trouble à l’ordre public »  ! Ce n’est qu’après l’échec des tentatives d’évacuation musclées du campement par la police que la préfecture a finalement conclu, notamment avec l’association Droit au logement, un accord pour reloger les dizaines de familles en situation régulière, ce que le préfet prétendait impossible quelques jours plus tôt. Les autres sont restées sur le carreau…

Une municipalité qui se voudrait réellement au service des travailleurs mettrait son poids, ses moyens pour dénoncer les manquements de l’État en matière de logement, mobiliser avec les sans logis sa population ouvrière pour imposer à l’État les crédits de construction de logements. Dans l’urgence, elle aiderait à « réquisitionner » les logements vacants y compris dans les communes voisines riches.

Embellir les villes, cacher la misère

Depuis quelques années, la mode est à la « rénovation urbaine ». Si les engagements sont tenus en 2013, l’État aura consacré 12 milliards d’euros d’aides sur 10 ans à la réhabilitation de 400 000 logements locatifs sociaux ainsi qu’à la démolition/reconstruction de 250 000 autres. Mais derrière l’objectif affiché de favoriser la « mixité sociale », se cache une autre réalité : faire partir autant d’habitants pauvres ou chômeurs que possible pour favoriser l’installation de catégories plus aisées. Si le fait est assumé assez cyniquement par certaines municipalités (notamment de droite, comme à Argenteuil, en banlieue parisienne, où le maire souhaite accélérer les démolitions de logements viables malgré l’avis des occupants), il s’impose aussi dans des municipalités communistes qui peuvent y voir un moyen d’augmenter la proportion de locataires plus solvables dans les offices HLM – objectif évidemment partagé par les bailleurs « sociaux » privés. La lutte pour la disparition des ghettos a parfois bon dos !

Car ce ne sont pas partout les mêmes populations qu’on reloge. À La Courneuve, en banlieue parisienne, des démolitions de barres ont eu lieu dès 1989 ; il est apparu rapidement que les reconstructions ne seraient pas accessibles à tous les anciens locataires. La même tendance se manifeste dans les attributions de logements HLM, là où il s’en construit de nouveaux : même dans des municipalités de gauche il vaut mieux, pour ne pas attendre des années un logement social, être petit cadre ou avoir la sécurité de l’emploi, que d’être travailleur précaire ou chargé de famille nombreuse avec un seul salaire !

À cela s’ajoutent les effets de l’ordonnance de février 2007 imposant une modification du statut des offices HLM, transformés en « Établissements publics à caractère économique et commercial » , avec critères de rentabilité à l’appui, et l’intention du gouvernement, sous prétexte de favoriser l’accession à la propriété, d’accélérer les programmes de mise en vente d’une partie du parc de logements sociaux.

Gérard WEGAN

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