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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 55, janvier-février 2008

Le « facteur d’avenir » à La Poste : travail accru, salaires en baisse

Mis en ligne le 17 janvier 2008 Convergences Entreprises

Des restructurations sont en cours à La Poste et touchent tous ses secteurs : guichets, centres de tri et distribution du courrier. Elles s’accompagnent de nouvelles réductions d’effectifs. En sept ans ce sont plus de 30 000 emplois qui ont été supprimés, plus de 10%. Cela signifie une surcharge de travail et du stress pour ceux qui restent même si dans certains secteurs il y a une mécanisation croissante.

La direction de La Poste prend comme toujours bien soin d’égrener toutes ces restructurations dans le temps, site par site, et en leur donnant à chacune un petit nom plus ou moins charmant, histoire de prévenir un mouvement des salariés dans une même lutte contre toutes ces attaques. Elle évoque les opérations similaires de ses concurrents – récemment la Royal Mail en Grande-Bretagne a annoncé qu’elle projetait de supprimer encore 1 600 postes dans les deux ans – pour faire apparaître les siennes comme une nécessité incontournable.

Un projet qui passe mal

Dans les services de distribution, le projet « facteur d’avenir » a déjà commencé à être appliqué. À terme, ce sont encore des milliers de suppressions d’emplois. Et les agents, qui transportent déjà tous les jours des tonnes de courrier à bout de bras, devront transporter des charges supplémentaires, avec à la clef une augmentation des maladies professionnelles.

Pour essayer de faire passer ces restructurations impopulaires, La Poste promet 30 000 promotions et veut instaurer une prime individualisée qui apparaît à la majorité des postiers comme une provocation et un danger.

Sous une morale à deux sous…

Cette prime individuelle n’a rien d’original, elle figure aussi dans les projets qui concernent d’autres services publics comme les impôts par exemple. En quoi consiste-t-elle ? Elle serait le résultat de savants calculs qui prendraient à la fois en compte une partie des bénéfices globaux de La Poste, les résultats locaux mais aussi les résultats de « l’équipe » dans laquelle travaille le salarié. La direction de La Poste, qui met en avant la nécessité d’une « mutation culturelle », monte en épingle cette notion d’équipe : constituée par une quinzaine de facteurs, il serait question d’y pratiquer l’entraide, la solidarité…

Cette « entraide » consisterait en fait à prendre en charge le travail de ses collègues absents, ce qui permettrait à La Poste de supprimer les postes de remplaçant et de diminuer à terme le nombre d’embauches de CDD en période de vacances. Le montant de la prime tiendrait compte de la bonne volonté de chacun à remplacer ses collègues ainsi que du nombre d’accidents du travail, de jours d’arrêt maladie dans l’équipe, parmi lesquels les congés maternité ! Beaucoup d’autres critères entreraient en ligne de compte tels que le taux de satisfaction des clients –dont personne ne sait comment il est calculé– ou bien le nombre de jours de grève qui ferait lui aussi réviser la prime à la baisse. Toutes ces contorsions pour aboutir à la somme maximale de 300 € en guise de cadeau de Noël !

La productivité à tout prix

Les postiers ne connaissent que des augmentations infinitésimales de leurs salaires depuis des années alors que les bénéfices n’ont cessé d’augmenter – 850 millions d’euros pour 2007 contre 750 en 2006 - et n’ont toujours pas de treizième mois : ils vivent donc cette proposition de prime comme une attaque de plus, qui risque de mettre à mal leur solidarité. Quand aux prétendues promotions, elles sont accordées moyennent une acceptation de la polyvalence. Concrètement, pour des augmentations de 60 à 90 euros par mois, les postiers n’ont plus de poste de travail et tourneront au petit bonheur la chance, avec toute la fatigue que cela engendre.

La cerise sur le gâteau, c’est l’annonce démagogique de la diminution du nombre de prétendus « improductifs », c’est-à-dire des agents de maîtrise et de certains petits cadres. Une manière d’essayer de flatter les « productifs », c’est-à-dire ceux qui sortent le courrier. Mais en réalité une partie des agents polyvalents seront obligés, pour une paye bien moindre, de s’acquitter du travail de ces cadres.

Le projet « facteur d’avenir », a déjà suscité de nombreuses grèves locales, obligeant parfois La Poste à reculer : à Paris dans le 9e arrondissement, après un débrayage massif, la direction a reporté le projet. À Nantes et sa banlieue, fait assez exceptionnel, une grève a réuni plusieurs sites dans un même mouvement. D’autres dans le Finistère ont permis d’éviter les suppressions d’emplois.

Mais il faudra, bien sûr, autre chose que des réactions au coup par coup pour faire reculer de manière conséquente la direction de La Poste. Unir tous les services dans un même mouvement, voilà ce qu’il faut préparer pour stopper sa politique désastreuse.

Anne HANSEN

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