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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 55, janvier-février 2008

Ce que nous attendons du prochain congrès de la LCR

Mis en ligne le 17 janvier 2008 Convergences Politique

Les lecteurs de Convergences révolutionnaires savent que la Fraction L’Étincelle de Lutte ouvrière discute avec la LCR à propos du projet de nouveau parti lancée par celle-ci (voir dans le numéro précédent de Convergences révolutionnaires la tribune que nous avait adressée le BP de la LCR). Ci-dessous le texte adressé à la LCR à propos de son prochain congrès. Nous le publions ici car à la fois il constitue une première réponse à cette tribune et résume les principales interrogations qui sont les nôtres en l’état actuel du projet de nouveau parti.


Nous remercions la LCR de nous donner l’occasion d’intervenir par cette contribution dans les débats préalables à son congrès. C’est tout naturellement que nous avons accepté puisque la Fraction L’Étincelle de Lutte ouvrière a répondu positivement à la proposition d’examiner les possibilités de création d’un nouveau parti et milite pour que Lutte ouvrière toute entière adopte la même attitude.

Nous ne discutons ici que des « thèses PF-A, majoritaires à la direction nationale ». Ce sont en effet celles qui représentent, comme on s’en doute, les vues dont nous nous sentons le plus proches. Pourtant il nous faut bien dire que, à leur lecture, nous sommes restés sur notre faim. Quel parti la majorité de la LCR se propose et nous propose de construire reste à notre avis encore bien trop flou et ambigu.

Anticapitaliste ou révolutionnaire ?

Dans ces thèses comme dans les déclarations publiques de vos dirigeants, dont Olivier Besancenot, comme dans la presse ou les tracts destinés à populariser l’appel à un nouveau parti, vous insistez sur le fait qu’il s’agirait d’un parti anticapitaliste plutôt qu’un parti révolutionnaire. Certes, vous expliquez que, pour vous, l’anticapitalisme conséquent ne peut qu’être révolutionnaire. Certes, nous comprenons aussi que se dire anticapitaliste peut être une manière populaire de faire saisir immédiatement votre position sur l’éventail politique, opposée à ce régime, cette société… et aux partis qui s’y sont intégrés.

Ces deux raisons ne permettent pourtant pas de répondre à notre interrogation et de comprendre pourquoi vous semblez si réticents à dire haut, clair et systématiquement que le parti que vous proposez de construire est d’abord et avant tout un parti révolutionnaire. Des thèses de préparation à un congrès sont tout de même moins faites pour populariser un projet que pour le préciser d’abord au mieux !

Ce n’est pas ce que la répétition du terme anticapitaliste permet vraiment. D’autant plus que les thèses, comme les diverses déclarations, accolent quasi systématiquement à celle-là une série d’épithètes, «  internationaliste, écologiste, féministe…  » dans cet ordre ou un autre. Pourquoi, diable, celle de révolutionnaire n’apparaît-elle pas à l’égal des autres, presque jamais en même temps, par hasard pourrait-on croire, comme le rajout d’un détail secondaire oublié ?

Or il n’est pas vrai que anticapitaliste et révolutionnaire soient synonymes, surtout quand il s’agit de délimiter le programme et les objectifs d’un parti. Certaines des formules employées semblent d’ailleurs le reconnaître franchement. Ainsi pouvons-nous lire que vous proposez de «  vous engager résolument et sans tarder dans la construction d’un nouveau parti, regroupant les anticapitalistes et les révolutionnaires  » (c’est nous qui soulignons). Si la formule a un sens, elle implique bien que vous faites une distinction entre les deux et que vous vous fixez bien comme objectif de regrouper des révolutionnaires et des anticapitalistes… qui ne le seraient donc pas.

C’est très exactement là que nous voyons un problème.

Deux options antinomiques

Aujourd’hui, en effet, deux options s’offrent pour la construction d’un nouveau parti à l’extrême gauche. Et elles sont opposées à terme même si dans l’immédiat elles regrouperaient sans doute pratiquement les mêmes, ceux qui sont séduits aujourd’hui par la LCR et par son projet radical.

La première consisterait à rassembler révolutionnaires et non-révolutionnaires sans trop se préoccuper de clarifier plus avant, dans l’espoir de ratisser tous ceux qui, rebutés et écœurés par la politique actuelle du Parti socialiste, sont sensibles à lée qu’aucune alliance gouvernementale n’est à l’heure actuelle possible avec ce parti (délimitation que vous jugez essentielles pour constituer le nouveau parti). C’est sur ces bases que jadis feu le PSU se créa durant la guerre d’Algérie, avec des révolutionnaires, dont beaucoup issus de la Quatrième Internationale, et des gens de gauche ulcérés par la responsabilité du PS dans la prolongation de cette sale guerre coloniale. Cette volonté, réelle, de rompre à un moment avec le PS n’a pas empêché ces gens de gauche, des années plus tard, de… réadhérer au PS qu’ils avaient tant vilipendé. C’est que cette volonté n’était pas accompagnée d’une adhésion aux idées révolutionnaires et que, leur indignation juste mais circonstancielle retombée, ceux-là qui s’étaient crus d’extrême gauche n’ont plus vu de perspectives que dans un retour au bercail de la gauche. Mais ce ne fut là au fond que le sort de tous ces partis semblables, mi-chèvre mi-chou, nés d’une opposition souvent forte mais circonstancielle à la politique des sociaux-démocrates. Quelle chance d’y échapper aurait une nouvelle tentative du genre en France aujourd’hui ?

L’autre option est de se constituer sur une base clairement et ouvertement révolutionnaire, non seulement en opposition fondamentale avec le cours actuel « social-libéral » (pour reprendre vos termes) du PS mais avec l’objectif affirmé de renverser le régime politique et social capitaliste. Et avec celui d’instaurer le pouvoir des travailleurs et pas seulement «  d’une transformation révolutionnaire de la société  », cette formule vague qui a le désavantage ou l’avantage (selon le point de vue où on se place) de n’indiquer ni la nature de la révolution… ni surtout les voies à emprunter pour la faire.

Le nécessaire préalable

Les critiques ci-dessus n’empêchent pas évidemment notre accord sur le fait qu’un nouveau parti n’a une chance de voir le jour que si les révolutionnaires actuels savent s’associer avec des gens qui ne l’étaient pas jusqu’ici. Et il s’agit bien de ces anticapitalistes, internationalistes, écologistes ou féministes, de ces «  militants de différentes origines ou parcours  », «  produits d’expériences politiques différentes  » et non issus de la tradition trotskiste ni même marxiste, auxquels s’adresse la LCR… même s’il s’agit aussi de ne pas oublier que la question n’est posée aujourd’hui que parce que un courant de tradition trotskiste, en l’occurrence la LCR, aura su les attirer et les convaincre. «  Cette nouvelle formation politique ne tranchera donc pas dès le départ toutes les questions tactiques et stratégiques ». Exact. Mais elle devra tout de même trancher dès le départ quel but elle s’assigne - renversement du capitalisme ou sa transformation – et quelle voie elle entend prendre pour l’atteindre – celle de la prise du pouvoir par les exploités et les opprimés ou celle des « transformations » de la société, qu’on cherche à les obtenir par les pressions sur les classes dirigeantes ou la collaboration avec elles.

Bien sûr, comme le dit la tribune donnée à Convergences révolutionnaires (numéro 54, novembre-décembre 2007) par le BP de la LCR, les «  références générales ne sont jamais suffisantes pour déterminer une politique correcte  ». La référence révolutionnaire pas plus que les autres. Elle n’empêchera pas des gens qui se diraient, ou se croiraient, révolutionnaires sans l’être d’adhérer au nouveau parti. En revanche son absence ouvrirait bien la porte à tous ceux qui ne le sont pas, le savent, voire le proclament. Et leur permettrait de peser d’une manière décisive sur la politique, l’orientation et finalement la nature du parti.

C’est pourquoi nous souhaitons que «  l’appel pour constituer un nouveau parti  » que la LCR propose de lancer à son congrès lève complètement le flou et soit sans ambiguïté un appel pour un parti révolutionnaire qui se donne explicitement comme but le renversement du régime capitaliste et l’instauration du pouvoir des travailleurs, et comme moyen l’intervention dans la lutte de classe. Une fois ce préalable posé clairement, mais seulement ce préalable une fois posé, évidemment que ce parti serait anticapitaliste, internationaliste, écologiste, féministe ! Que peut bien être d’autre un parti révolutionnaire ?

Jacques MORAND (Fraction L’Étincelle de Lutte Ouvrière)

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