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DOSSIER : Industrie pharmaceutique : les rouages de la machine à profits

Les profits d’aujourd’hui ne sont pas les médicaments de demain

Mis en ligne le 27 septembre 2007 Convergences Société

« Les profits d’aujourd’hui sont les médicaments de demain », « plus on gagne, mieux vous serez soignés ». Voilà comment les industriels du médicament se justifient. En clair, cela veut dire que le coût de recherche et de développement d’un médicament – contrairement à la production – est extrêmement élevé. 802 millions de dollars en moyenne, selon les publications officielles des syndicats patronaux comme le Leem (Les Entreprises du Médicament) qui reprennent toujours un chiffre de 1993. Les profits seraient un pari pour l’avenir, un gage de bonne science et de bonne santé... Mais 802 millions pour faire un médicament, comment est-ce possible ?

La fable de l’innovation

Faire un médicament, c’est long, c’est cher et c’est risqué, nous dit-on. Il faut trier des dizaines de milliers de molécules par une technique dite de « screening* » en recherche préclinique ; il faut ensuite tester la molécule retenue sur les souris, les rats, les chiens, voire les lapins comme au Japon ; il faut enfin se lancer dans les quatre séries d’essais cliniques en double aveugle (dans des hôpitaux, l’effet du médicament candidat est comparé à celui d’un faux médicament, un « placebo ») : le médicament est d’abord testé sur quelques dizaines, puis des centaines, enfin des milliers de patients. Toute cette tuyauterie, qui dure souvent cinq à dix ans et consomme des millions, est surnommée le pipe-line*. La hantise des industriels, c’est que le pipe-line soit vide en fin de course, qu’il y ait par exemple des effets secondaires mortels pour un produit qui ne pourrait donc être proposé comme médicament. Sur les dizaines de milliers de molécules candidates, moins d’une dizaine obtiendront l’AMM convoitée. Voilà pourquoi il faut investir beaucoup en recherche, voilà pourquoi il faut faire des profits, voilà pourquoi il faut des brevets. CQFD.

Recherche ou marketing ?

Le problème, c’est qu’il y a plus d’une faille dans cette fable. Deux d’entre elles sont de taille. D’abord, le chiffre de 802 millions avancé par l’Office of Technology Assessment de 1993 recouvre aussi le « coût d’opportunité » qui tient compte non seulement du coût des études cliniques et précliniques, mais aussi des profits que l’industriel aurait faits s’il avait investi ses capitaux dans un autre domaine de recherche et développement [1]. Sans oublier que ces estimations incluent les coûts financiers et font l’objet de bien des manipulations comptables. On est loin du coût réel de mise au point d’un médicament. (À noter que ce chiffrage a d’ailleurs été très contesté aux États-Unis par les revues spécialisées du secteur !)

Ensuite, tous les laboratoires pharmaceutiques, quels qu’ils soient, investissent nettement plus en marketing qu’en recherche et développement (R&D) (cf. Tableau). Ils dépensent plus pour fabriquer des marchés que des médicaments.

L. B.

Pfizer Glaxo Aventis Merck
CA (en milliards de dollars) 48,3 23,2 28,4 22,6
Coût R&D 16 % 15 % 16 % 21 %
Coût des ventes 16 % 22 % 27 % NC
Frais de marketing, frais généraux et administratifs 33 % 31 % 28 % 36 %
Résultat net 40 % 34 % 17 % 20 %

Source : Bilans annuels 2006

En fait, les coûts annoncés comme de la R&D incluent une partie des frais de marketing, en particulier en ce qui concerne la dernière phase des essais cliniques (la « phase 4 ») où personne ne peut évaluer ce qui relève de la pure promotion ou du marketing et de la véritable pharmacovigilance. Quant aux coûts de production, qui n’apparaissent pas dans le tableau, ils sont encore plus difficiles à reconstituer... Pour Pfizer, Glaxo et Aventis les profits et la vente sont largement supérieurs aux frais de recherche. Les brevets garantissent bien les profits et les marchés d’aujourd’hui, beaucoup moins les médicaments de demain.


[1Voir le livre de Marcia ANGELL en bibliographie.

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