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DOSSIER : Industrie pharmaceutique : les rouages de la machine à profits

La guerre du Sida : un bon malade est un malade solvable

Mis en ligne le 27 septembre 2007 Convergences Société

Selon le rapport d’OnuSida [1] publié en novembre 2006, 39,5 millions de personnes vivent avec le virus du Sida aujourd’hui. 1,3 million de personnes ont accès à un traitement anti-sida dans les pays pauvres, ce qui représente trois fois plus que l’année précédente. Onusida et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) soulignent donc une certaine amélioration, notamment en ce qui concerne la « couverture thérapeutique » en Afrique subsaharienne.

Deux facteurs expliquent cette tendance : l’augmentation du nombre de programmes d’aide et l’expiration des brevets. Certains pays bénéficient de fonds de soutien, comme le Gabon qui a lancé un programme de trithérapie à trois euros. Depuis quelques années l’expiration des brevets sur les trithérapies signifie l’entrée en scène des génériques, d’où la baisse des tarifs moyens du traitement, disponible seulement au prix de 10 439 dollars par patient et par année jusqu’en juillet 2000, accessible pour 289 $ depuis août 2001 et – tarif actuel le plus bas – 140 dollars depuis 2003.

Serait-on donc vraiment « sur la bonne voie » comme le répètent l’OMS et Onusida ?

Les améliorations dues aux aides internationales et à l’introduction des génériques sont bien souvent plus lentes que la progression du virus, comme au Botswana où 40 % des femmes sont séropositives et au Lesotho où l’espérance de vie est tombée de 50 ans en 2000 à 34 ans en 2006 ! D’abord, les programmes d’aide comme au Gabon sont rares et limités. On en reste à 83 % de patients non traités ! Ensuite, même au tarif de 140 dollars (soixante-quinze fois inférieur au tarif de juillet 2000), non seulement les traitements restent inaccessibles (c’est la moitié du salaire annuel moyen au Nigeria), mais les profits sont toujours consistants. Dans la bataille du sida, l’embellie reste donc orageuse.

Une solution plus prometteuse, c’est d’exiger l’absence de profit sur les anti-rétroviraux, comme le font certaines ONG comme Act-Up et les gouvernements des pays les plus touchés et démunis devant la pandémie. Après les pressions multiples des associations (notamment Médecins Sans Frontières) et de certains États comme le Brésil, la multinationale suisse Roche a baissé de 40 à 85 % le tarif du Nelfinavir (Viracept), affirmant produire ce médicament à prix coûtant pour de nombreux pays. Mais même si Roche produisait ce traitement gratuitement, les 25 milliards de dollars de fortune de ses actionnaires majoritaires permettraient de payer une trithérapie à 140 dollars par an aux 3 millions de personnes qui meurent chaque année du Sida, et ce pendant 60 ans…

La bataille des génériques

L’autre champ de bataille, c’est l’abolition des brevets (ou du moins leur « non opposabilité ») sans attendre leur expiration, c’est le droit immédiat aux génériques antirétroviraux. C’est ce qu’exigent notamment les gouvernements de pays qui auraient la possibilité de produire eux-mêmes lesdits médicaments, comme l’Afrique du Sud, l’Inde ou le Brésil. En 1999, après un long bras de fer entre les multinationales américaines du médicament et le gouvernement d’Afrique du Sud (pays où un adulte sur six est séropositif selon l’OMS), les laboratoires ont renoncé aux poursuites judiciaires.

Les labos ripostent en s’efforçant d’étendre la surface et la durée des brevets par des passes d’armes juridiques sans fin. Cependant le Brésil (600 000 séropositifs) et l’Inde (5 millions) ont réussi depuis 1994 à mettre en place des législations favorables aux génériques et, surtout, à les produire.

Mais les tenants des génériques, qui souvent combattent les monopoles au nom des vertus de la concurrence, sont-ils si convaincants ?

Il y a deux raisons d’en douter. D’abord, les producteurs de génériques peuvent eux aussi être extrêmement rentables et en position de monopole. Cipla, le principal producteur indien des génériques antirétroviraux, fait une marge commerciale de plus de 100 % sur le Triomune, ce qui n’a rien à envier à de nombreux produits brevetés. Ensuite, parce que dès que les industries pharmaceutiques locales se développent, elles finissent par faire inverser le mouvement d’abolition des brevets. Un exemple : en 2005, la loi indienne a interdit les copies de produits brevetés, tout en autorisant encore la commercialisation des génériques déjà produits en Inde avant 2005. Ce qui, en accord avec les législation de l’OMC, limite considérablement le droit aux génériques : désormais, aucun médicament ne pourra être copié avant une durée de trois ans après le dépôt de brevet en Inde, et les génériqueurs doivent s’engager à payer des royalties aux fabricants des médicaments sous brevet. Le droit à la santé, sitôt conquis et si mince soit-il, peut être rapidement retiré.

L.B.


[1programme de l’ONU destiné à coordonner l’action des différentes agences spécialisées de l’ONU pour lutter contre la pandémie de VIH/SIDA

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