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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 53, septembre-octobre 2007

Allemagne : À propos de la grève bradée des roulants de la Deutsche Bahn

Mis en ligne le 27 septembre 2007 Convergences Monde

Cet été fut décidée (dans le cadre de négociations salariales entre direction et le syndicat corporatiste GdL [1]), une grève des conducteurs et contrôleurs de la Deutsche Bahn (la société nationale des chemins de fer)… qui finalement n’a pas eu lieu comme prévu parce que le tribunal du Travail de Nuremberg l’a interdite le 8 août.

Au motif qu’elle aurait engendré des dommages économiques « excessifs ». Le syndicat s’est incliné, tout en faisant appel. Seuls les conducteurs des S-Bahn (genre de RER) de Berlin et Hambourg (réseaux autres que les grandes lignes, trains de banlieue ou fret qui tombaient sous le coup de l’arrêté du tribunal) ont cessé le travail pendant 2 heures le 9 août. Très massivement. Dès le lendemain 10 août, le syndicat GdL avait obtenu en appel l’annulation de la décision juridique… en échange de l’acceptation d’une médiation avec deux experts, personnalités connues de la CDU. Ce qui revenait à s’incliner devant le diktat, le syndicat ayant explicitement accepté d’ajourner la grève. Jusqu’à quand ? Il serait aujourd’hui question d’un éventuel mouvement en octobre, les revendications des roulants (qui gagnent beaucoup moins que leurs collègues en France) n’étant pas satisfaites.

Ce mouvement cassé a fait couler beaucoup d’encre et cela continue. C’est qu’il a posé la question des conditions de lutte en Allemagne, et des obstacles mis évidemment par le patronat et l’État (par le truchement de ses tribunaux), mais aussi par les directions syndicales. En la circonstance aussi bien par le syndicat corporatiste GdL, qui a eu l’initiative puis s’est rétracté, que par la confédération quasi monopolistique DGB et son syndicat des transports Transnet, qui ont plus que mollement protesté contre la décision de justice et n’ont pas appelé à des réactions dans leurs propres rangs, sous prétexte que l’intervention du syndicat « corporatiste », défendant seulement le personnel roulant (conducteurs et contrôleurs), aurait joué contre les intérêts de tous les salariés de la branche. Les dirigeants de Transnet venaient de signer avec la direction de la Deutsche Bahn un accord salarial ne satisfaisant pas du tout les roulants, ni d’ailleurs les autres cheminots.

Privatisation et mécontentement

Ce bras de fer se joue sur fond de privatisation imminente (à laquelle la confédération DGB et Transnet sont favorables, tandis que GdL se dit contre sans indiquer les moyens de l’empêcher) de la Deutsche Bahn qui se fait un fric fou.

Il se joue aussi sur fond de mécontentement réel et mesurable des cheminots, contre la privatisation et leurs conditions de salaire et d’emploi – en particulier du fait d’une baisse spectaculaire des effectifs pour raison de rentabilité. Mais aussi d’un mécontentement plus général dans la classe ouvrière, si l’on en juge par la sympathie exprimée aux roulants lors de sondages au moment de leur grève bradée.

D’où une discussion parmi les militants qui dans ce pays se situent sur le terrain de la lutte de classe – et militent pour leur majeure partie dans des structures liées à la DGB et ses divers syndicats, dont l’IG-Metall et Ver.di : jusqu’où ne pas se laisser ligoter par l’appareil ? Et comment se donner les moyens d’une intervention, y compris contre lui ?

Il n’y a évidemment pas de réponse générale. Mais s’il est difficile, voire impossible, de discuter abstraitement des moyens d’une intervention jusqu’au bout, aux côtés de travailleurs en lutte, reste la question de la volonté préalable - ou pas - de la rupture avec l’appareil, et la réflexion sur les structures démocratiques que des travailleurs en grève devraient et pourraient se donner face à la défaillance ou trahison de l’appareil syndical.

Quelle opposition syndicale ?

Depuis quelques années des tendances et oppositions existent ou déposent enseigne dans les syndicats. Quelques-unes, à l’initiative de militants d’extrême gauche, ne regroupent probablement guère plus qu’elles-mêmes. D’autres ont des ramifications plus vastes mais un ventre plus mou : en particulier aujourd’hui au sein de la bureaucratie de la DGB, cette dissidence – sage et institutionnelle –, qui a constitué l’ossature de la WASG, qui a fusionné avec le PDS pour créer « Die Linke », ou « La Gauche » [2]

Or, force est de reconnaître que dans quelques mouvements qui ont marqué l’actualité sociale ces derniers temps (Opel Bochum en 2004, AEG-Nürnberg en 2005, Bosch-Siemens-Hausgeräte-Berlin en 2006 et quelques autres), où des travailleurs en lutte, et massivement, ont dû capituler et reprendre le travail parce que leurs directions syndicales avaient déclaré forfait, aucune force organisée n’a pu, ou voulu, continuer avec une direction de rechange. Ce n’est certes ni facile ni sans risque de bousculer de lourdes institutions, mais il est certainement urgent qu’aujourd’hui en Allemagne, cette volonté naisse et s’impose. Elle se superpose à la nécessité d’un parti ouvrier, qui serait vraiment révolutionnaire, à la différence de ce parti social démocrate « bis » qui vient de voir le jour.

À défaut, le débat reste cantonné à la question de savoir s’il faut un grand syndicat unitaire, censé défendre les intérêts généraux de tous les travailleurs, par le truchement de conventions collectives générales (mais en réalité ledit syndicat n’en fait rien, et ses structures bradent tout, peu à peu, dans des négociations tous azimuts où les travailleurs sont toujours perdants), ou des syndicats de corporations, comme certains existent depuis longtemps (roulants de la Deutsche Bahn) ou se sont manifestés récemment à l’occasion de luttes (chez les pilotes, les contrôleurs aériens ou les médecins de cliniques). Les partisans du syndicalisme « unitaire », prétendent que les dissidents corporatistes n’obtiendraient un mieux pour leurs mandants qu’au détriment des autres travailleurs – partant de l’idée réformiste qu’il y aurait un magot à « négocier », le plus raisonnablement et équitablement possible, et pas plus ! En fait, la même logique de partage de peau de chagrin inspire les uns et les autres.

Mais si la question était ailleurs ? Pas de savoir s’il faut militer dans tel syndicat ou tel autre, mais s’il faudrait des perspectives révolutionnaires qui seules permettraient, où qu’on milite syndicalement, d’offrir le cas échéant les moyens d’une vraie direction aux travailleurs en lutte, pour le succès de celles-ci ?

20 septembre 2007

Michelle VERDIER


[1Un genre de FGAAC. Syndicat dont l’origine remonte à 1867, effectivement « corporatiste » dans la mesure où il n’organise que les conducteurs et personnels d’accompagnement des trains, dont le chef fait carrière politique dans la CDU.

[2Le congrès de fondation a eu lieu en juin dernier à Berlin, fusion du PDS (issu de l’ancien parti stalinien au pouvoir en RDA entre 1945 et 1989) et de la WASG ou « Alternative électorale – Travail et Justice sociale » (formée en 2004 par des syndicalistes et sociaux-démocrates dissidents, auxquels s’est rallié plus tard le politicien Oskar Lafontaine, ex-ministre et chef du SPD), ces deux formations ayant noué des alliances électorales « payantes » sur le terrain électoral ces dernières années, en particulier lors de leur première présentation commune aux législatives de 2005 (8,7 % des votants).

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