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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 7, janvier-février 2000 > DOSSIER : A la veille du XXXe congrès : où va le PCF ?

DOSSIER : A la veille du XXXe congrès : où va le PCF ?

Le nouvel évangile communiste de Saint Robert Hue

Mis en ligne le 1er février 2000 Convergences Politique

Si l’on s’en tenait aux très grandes lignes de ses déclarations d’intentions Robert Hue pourrait presque recueillir l’approbation, voire l’accord des communistes révolutionnaires. Quand il écrit, par exemple, dans son dernier ouvrage, publié en janvier 1999 et intitulé « Communisme, un nouveau projet », que le stalinisme est un « modèle abusivement identifié au communisme » ! Ou même quand, après l’effondrement de l’URSS et des pays de l’Est, il invite le mouvement communiste à ne pas se contenter d’anciennes formules et de la langue de bois stalinienne pour faire face à un monde capitaliste moderne.

Le mouvement communiste a pourtant trop vu de gens « jeter le bébé avec l’eau de la baignoire », et sous prétexte de condamner les horreurs du stalinisme en attribuer la responsabilité profonde au communisme, au marxisme ou au léninisme, pour ne pas se méfier de la « mutation » proposée par le Secrétaire national du PCF.

Plus de violence

Ainsi le communisme, selon Robert Hue : « C’est un mouvement qui ne «  violente  » pas la société (..). C’est tout autre chose que le célèbre «  du passé faisons table rase  ». (..) Une révolution faite par la politique, plutôt que par la violence ; par le rassemblement des volontés de changement des individus plutôt que par le déchirement d’une guerre civile les opposant les uns aux autres ; par l’avènement d’un nouvel âge de la démocratie devenue en tous points citoyenne. (..) On est loin de l’«  avant-garde  » entraînant les masses au combat. (..) Je ne nourris aucune nostalgie de la vision stéréotypée d’une «  classe ouvrière  » à l’ancienne, de la fierté du «  prolétaire  » combattant pour «  rompre ses chaînes  » et du même coup porteur du projet messianique d’une «  classe  » appelée par nature à «  délivrer le genre humain  »... » (C’est Robert Hue qui souligne lui-même les anciennes formules qu’il juge caricaturales ou périmées). Ainsi la violence que condamne Robert Hue n’est pas seulement celle que la bureaucratie stalinienne a exercée contre les masses, paysans, ouvriers ou intellectuels massacrés ou jetés au goulag, ou encore contre les militants communistes et bolcheviks, mais celle que les exploités ont dû employer, à juste titre, contre les exploiteurs.

Dans la foulée Robert Hue ne veut plus entendre parler du « communisme apparaissant essentiellement comme le «  dépérissement de l’Etat  » (..) et identifié comme la prise du pouvoir d’Etat ». Plus question d’abolir l’Etat, ni de le renverser pour mettre en place un Etat ouvrier contre la bourgeoisie. Plus question même de montrer que l’Etat actuel est au service de la classe exploiteuse : au contraire il faut rompre avec la notion de «  l’Etat soumis aux forces économiques dominantes  ». Alors, une politique citoyenne, plus proche des « gens », réconciliera le citoyen avec son législateur et même avec ses politiciens. On arrivera ainsi à un Etat proche du peuple sans affrontement de classe. La révolution ouvrière est remplacée par « une conquête continue de droits par les individus ».

Plus de classes

Certes la négation des droits de l’individu par les dictatures, pas seulement staliniennes d’ailleurs, est condamnable. Mais cette notion d’individu revient comme une rengaine dans le discours politique de Robert Hue pour remplacer la notion de classe (même la classe capitaliste n’apparaît pas dans un raisonnement qui ne dénonce que les financiers). Et au lieu de la lutte contre une classe patronale chaque jour plus arrogante, il ne propose que délibération ou concertation. Il souhaite une société « de partage (..) pas au sens des «  partageux  » (..) mais bien plutôt au sens où mes amis chrétiens emploient ce mot : pour dire la fraternité et la solidarité. » C’est ainsi que Saint Robert Hue converti à l’amour chrétien évacue la nécessité de la lutte révolutionnaire et même de la lutte de classe !

Certes Robert Hue ne fait que poursuivre sur le chemin déjà emprunté par les dirigeants staliniens. Un chemin sur lequel s’était engagé Maurice Thorez dès 1935, avec la différence que pendant des décennies l’accommodement avec la bourgeoisie ne se faisait pas en rupture avec le stalinisme mais, au contraire, en accord avec celui-ci. C’est même pour cela qu’est apparue la nécessité de cette langue de bois que pourfend Robert Hue aujourd’hui. La politique réelle devait être masquée par les discours. Ceux-ci devaient concilier le renversement du capitalisme et la « voie pacifique » pour y parvenir, la lutte de classe et le soutien à des gouvernements bourgeois, les louanges au prétendu socialisme stalinien et le patriotisme français, la phraséologie révolutionnaire et la pratique quotidienne purement réformiste.

Aujourd’hui, le stalinisme balayé par l’histoire, Robert Hue est libre d’oublier les saintes formules sur le rôle dirigeant du parti ou de la classe ouvrière, et de bazarder les vieux slogans. Ceux-là de toute façon n’avaient plus de sens depuis longtemps dans la bouche des dirigeants du PCF qui avaient d’ailleurs commencé à s’en débarrasser. Il y a vingt-cinq ans Georges Marchais jetait déjà « la dictature du prolétariat » aux orties et pour la même raison que Robert Hue se débarrasse aujourd’hui d’autres formules : donner des gages de sa conversion aux valeurs bourgeoises.

Une nouvelle langue de bois

Mais Robert Hue ne fait que remplacer une langue de bois par une autre, celle des sociaux-démocrates et des chrétiens de tous poils, tout aussi insipide... et trompeuse.

Creusez derrière les vieux mots, usés pour avoir trop servi aux magouilleurs politiques, et voyez la politique concrète proposée par la direction actuelle du PCF. L’utilisation de l’épargne des salariés (eux, paraît-il, n’exigent pas des intérêts trop élevés) pour aider les petits patrons à embaucher ? Les mesures gouvernementales comme les emplois-jeunes, la loi Aubry, les nouveaux stages de formation ? C’est ça la fraternité, la solidarité, l’égalité, la conquête des nouveaux droits ? Risible et pitoyable.

Pourquoi donc dans ces conditions Robert Hue, comme l’ont fait tant de ses collègues de par le monde, notamment italiens, ne propose-t-il pas carrément d’abandonner l’étiquette communiste ? Sans doute parce que la place pour un grand parti bourgeois de gauche est déjà prise en France par le PS. Mais aussi parce que dans les rangs du PCF il y a encore aujourd’hui un certain nombre de militants attachés même confusément au communisme et que le rejeter définitivement risquerait de couper la branche sur laquelle Robert Hue peut encore se percher. Alors mieux vaut continuer à affirmer, contre toute apparence, que contrairement au PS, le PCF ne veut nullement s’adapter au capitalisme.

Le discours actuel de la direction du PCF peut avoir une apparence de nouveauté. Il a été plutôt bien accueilli dans certains milieux de gauche qui apprécient son allure moins ringarde et plus « démocratique » (et surtout le renoncement public à la révolution prolétarienne). Même sa nouvelle manière de défendre le nationalisme apparaît plus acceptable sous des allures faussement mondialistes. Mais du point de vue des intérêts de la classe ouvrière, cette nouvelle langue de bois recouvre la même vieille soupe que nous servent Jospin et compagnie. Elle est faite d’ailleurs pour justifier l’alliance avec eux.

Robert PARIS

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