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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 43, janvier-février 2006

La grève des conducteurs de Sotteville : pour l’exemple

Mis en ligne le 13 janvier 2006 Convergences Entreprises

Jusqu’à l’année dernière, il y avait deux types de conducteurs : les « TB », le plus grand nombre, conducteurs de ligne, faisant tout type de trains, fret et voyageurs, avec un régime de travail roulant (titre 1), et les « TA », conducteurs de manœuvre, qui faisaient les manœuvres de triage et les petites dessertes localisées, avec un régime sédentaire (titre 2). Ce sont notamment les horaires de travail qui font la différence : les TB ont 14 heures minimum de repos entre deux journées de travail, alors que les TA n’en ont que 12 ; les week-ends, quand un TB finit à 13 heures le vendredi par exemple, il ne peut pas reprendre avant le lundi matin, le TA le dimanche soir à partir de 20 heures ; avant de partir en repos un TB finira au plus tard à 19 heures mais un TA pourra travailler jusqu’à 23 h 30.

Fin 2004, réforme de la filière traction : la direction a décidé d’augmenter la compétence des TA. On a les renvoyés en formation et, avec un nouveau grade, ils commencent à effectuer des tâches que faisaient les TB auparavant. Lors des négociations, personne n’a posé la question du régime de travail pour les TA. Il semblait logique qu’il soit celui des roulants et la direction entretenait le flou à ce sujet.

Un an après, les choses se mettent peu à peu en place, à des rythmes différents suivant les endroits. La direction a fait le choix de transférer dans un premier temps le fret local aux TA. Dans un deuxième, ce sera le péri-urbain et pourquoi pas, les TER (régional voyageur). En même temps, elle spécialise les roulements TB à un seul type de traction, fret ou voyageur, ou même dans ce dernier entre TER et Grandes lignes. Du coup, à terme, le nombre de TA devrait augmenter et les TB devenir minoritaires.

9 jours de grève

C’est dans ce contexte que la grève a démarré à Sotteville sur une ligne effectuée auparavant par les TB, les TA demandant le régime de travail roulant. Dès le lundi 12 décembre, les 38 TA qui devaient travailler ce jour-là (sur un effectif total de 52) étaient tous en grève à 100 %. Ce fut le cas durant les 9 jours du conflit. Un piquet de grève d’une dizaine de cheminots a été assuré, l’appui et l’unité des militants de base locaux, CGT, Sud et Fgaac, n’a pas faibli, ni non plus la présence de la majorité des TA aux assemblées générales quotidiennes jusqu’au dernier jour. Une grève on ne peut mieux suivie et déterminée donc. Mais une grève isolée, les 180 TB du même secteur restant complètement en-dehors, à l’exception de 3 ou 4 militants syndicalistes.

La direction n’a donc pas lâché d’un pouce sur le régime de travail, principale revendication des grévistes. La grève pouvait bien lui coûter cher (triage bloqué et TB circulant sur des locomotives... sans wagons), pas question de créer un précédent alors qu’elle entend mettre la réforme en place dans toute la France.

Du coup, au cinquième jour, les grévistes abandonnaient cette revendication pour se replier sur les autres points du préavis, points secondaires (même si ce sont de vraies revendications des travailleurs), sur lesquelles d’ailleurs la direction a fait quelques concessions (payer la différence de prime entre le titre 1 et le titre 2, par exemple, mais elle était prête à lâcher là-dessus depuis le début). Ce sur quoi elle n’a pas lâché non plus cependant, c’est sur le paiement des jours de grève qu’elle a décomptés intégralement, y compris les jours de repos (au mieux elle a accepté de ne pas décompter les journées d’absence qui avaient été posées avant le conflit). Là encore, il s’agissait de ne faire aucun précédent qui pourrait servir ailleurs.

Karl MARLEY

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