JOSPIN ET LES 35 HEURES : L’ART DE GAGNER DU TEMPS
6 octobre 1997 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La conférence promise par Jospin sur l’emploi la réduction du temps de travail et les salaires arrive, quatre mois après l’accession de la gauche au pouvoir. Pas de doute qu’il se soit donné le temps de la préparer. Le gouvernement a même réuni la semaine dernière représentants du patronat et des organisations syndicales pour vérifier que chacun y tiendra bien son rôle.
A Matignon on s’apprête donc à nous jouer la comédie. Le patronat a affirmé haut et fort qu’il ne voulait pas d’une réduction du temps de travail sans réduction de salaire. Et il y vient avec l’objectif de faire entériner de nouvelles mesures de flexibilité. Côté gouvernement et partis de gauche, ça discute « loi-cadre », « date-butoir », « taquet ». Un jargon qui peut cacher bien des choses, sauf que ni les uns ni les autres n’envisagent d’imposer au patronat les 35 H payées 39 dans l’immédiat.
Les problèmes des travailleurs ne se résument d’ailleurs pas à cette revendication, même si celle-ci est parfaitement légitime vu les progrès incessants de la productivité. Bien sûr qu’il faut la réduction du temps de travail, au moins à 35 heures, sans perte de salaire, et avec l’obligation pour les patrons d’embaucher en compensation.
Reste que le problème numéro un, c’est le chômage qui touche en réalité près de 5 millions de personnes dans ce pays, qui est une menace permanente au dessus de la tête de tous les salariés et qui se traduit dans la dégradation des conditions d’existence de la classe ouvrière, autant dans les entreprises que dans les cités. Le chômage que le patronat utilise pour faire baisser les salaires, pour augmenter la précarité, en mettant les travailleurs en concurrence. Le chômage sur lequel spéculent des politiciens démagogues pour tenter de dresser les travailleurs les uns contre les autres, les jeunes contre les vieux, ceux du secteur privé contre ceux du secteur public, les français contre les immigrés...
Ce qui est à l’ordre du jour pour nous travailleurs, ce n’est donc pas seulement la réduction du temps de travail. C’est un plan d’urgence à mettre en place sous le contrôle des travailleurs et qui doit aussi comporter :
- L’arrêt et l’interdiction de tous les licenciements et la réquisition des entreprises qui licencient pour faire des profits. Les chiffres qui viennent d’être publiés prouvent que les grandes entreprises en font de plus en plus, alors qu’elles ne cessent de réduire le nombre des emplois. Et on nous prévient déjà que la croissance prévue de 3 % par an ne permettra même pas de diminuer le chômage.
- L’arrêt des subventions au patronat qui empoche des milliards au nom de l’emploi sans en créer un seul, et l’utilisation de ces fonds pour la création directe par l’Etat d’emplois utiles à la collectivité.
- Une augmentation de tous les salaires, d’au moins 1500 F par mois, indispensable, ne serait-ce que pour rattraper la perte de ces dernières années.
Rien de tout cela n’est dans les intentions du gouvernement, et évidemment pas dans celles des patrons. Quant aux dirigeants des confédérations syndicales, censés nous représenter à cette conférence, ils ne vont même pas y défendre ces objectifs. Et surtout, ils ne se préparent qu’à des parlotes autour du tapis vert.
Certes il y a des appels syndicaux à la SNCF, à l’EDF, à une journée d’action pour le 8 octobre, deux jours avant la conférence, mais chacun sur des objectifs propres à ces secteurs. Certes, mieux ces mouvements seront suivis, mieux ça vaudra pour nous. Mais alors que le patronat annonce lui ses objectifs et se met en position de combat, aucune des confédérations syndicales n’a proposé d’accompagner cette conférence d’une mobilisation de l’ensemble des travailleurs, sur des objectifs communs, aucune n’a proposé de l’accompagner ne serait-ce que de manifestations de rues et débrayages.
C’est pourtant à une véritable offensive générale des travailleurs qu’il est nécessaire de nous préparer, car il n’y a rien à attendre du gouvernement. Ni non plus de ces dirigeants des partis de gauche ou de ces chefs syndicaux qui le soutiennent, et qui tout en prétendant s’en remettre à la base pour faire pression, ou à « une mobilisation citoyenne », ne font surtout rien pour qu’elle se réalise.

