Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Éditos de bulletins > 1997 > août > 19

Les petits hommes verts arrivent !

Ils débarquent, tee-shirts verts et canotiers. Les Martiens ? Non, le pape et ses enfants de choeur du monde entier. Résultat : des milliers de policiers sur le pied de guerre, les chaînes de télévision publiques en état d’alerte permanent pour couvrir « l’événement », des dizaines de lieux et transports publiques réquisitionnés...

L’Etat s’est mis en quatre pour jouer les chevaliers servants. Il a même délégué un chef des armées, le général Morillon, pour assurer la coordination de ses services mis à la disposition de l’Eglise. Lequel Morillon va retrouver un vieux compagnon d’armes, Michel Dubost, évêque aux armées et président de ces « journées mondiales de la jeunesse ». L’alliance du sabre et du goupillon : les jeunes cathos seront bien encadrés !

Ils ont pourtant l’air bien gentils et bien aseptisés, ces petits culs bénits venus du monde entier mais triés sur le volet. Car il fallait montrer patte blanche pour franchir les barrages administratifs destinés à ce qu’aucun trouble-fête (surtout venu d’un pays pauvre) ne vienne perturber la grand messe internationale de la jeunesse agenouillée.

Et pourtant, la hiérarchie catholique française n’est pas vraiment contente. Les adeptes venus de France seront paraît-il moins nombreux que prévu. C’est que la religiosité n’est plus ce qu’elle était, se lamentent les évêques. Selon les sondages, les jeunes sont de moins en moins nombreux à croire aux vieilles lunes, qu’ils soient de famille chrétienne, juive, ou musulmane. Enfin une bonne nouvelle !

Mais l’Eglise est aux abois, et fait donc comme les vendeurs de lessive ou de parfums : elle a recours aux encarts publicitaires, aux conseillers en communication, aux spécialistes du show biz et même aux grands couturiers qui habillent le pape et ses cardinaux. Faute de foi mes frères, regardez-nous prier dans la soie !

Après l’hommage à Clovis, le pape ira cette fois se recueillir sur la tombe du professeur Lejeune, l’un des inspirateurs de ces commandos anti-IVG qui pratiquent la violence contre les femmes et méprisent leurs droits et leur liberté. Jean-Paul II au goût du jour fera aussi, n’en doutons pas, son petit numéro sur les vertus de l’abstinence, seul moyen selon lui de lutter contre le sida, pour le plus grand bonheur des intégristes de toutes religions qui prospèrent à l’ombre de l’extrême-droite de tous les pays.

« Il faut aimer ses ennemis » : c’est l’un des slogans que l’on voit actuellement placardé sur les murs. Il aurait été plus convaincant s’il avait été adressé directement à l’église catholique de Croatie qui continue de souffler sur les braises par hostilité aux orthodoxes serbes et aux musulmans bosniaques. En fait, toute l’histoire de l’Eglise n’a jamais été que celle de l’intolérance, des bûchers et des massacres, et tout cela arrosé d’eau bénite. Aujourd’hui aussi, la hiérarchie religieuse est du côté de l’ordre établi, celui des puissants, contre les exploités et les opprimés à qui elle prêche la résignation.

La religion est l’opium du peuple, écrivait Karl Marx il y a 150 ans. C’est toujours vrai, avec le pape et ses collègues comme gros bonnets du trafic de la drogue de la résignation. Alors, aux oubliettes de l’histoire, les journées mondiales des grenouilles de bénitiers de tous les pays, en attendant les journées de la jeunesse internationale subversive, en colère et solidaire, celle qui ne s’agenouille pas mais lutte et lève le poing.

Imprimer Imprimer cet article