LE DERNIER DES COMMUNISTES ?
17 novembre 1997 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Habituel : mort, Georges Marchais recueille les louanges de tous, y compris de ceux qui le vilipendaient vivant. Et si, dans le cas de l’ex-secrétaire général du PCF, un peu de fiel reste mêlé aux regrets exprimés, c’est que l’étiquette de communiste passe toujours mal auprès de ce beau monde. Mais de la droite, qui le présentait comme le bolchevik au couteau entre les dents, à ses ex-amis de L’Humanité, qui douze jours avant son décès ont tenté de le ridiculiser par une vraie-fausse interview de lui, tous sont unanimes : un « homme de conviction », un vrai « communiste » vient de disparaître.
Nous ne mêlerons pas nos voix au concert. De communiste Georges Marchais n’avait que l’étiquette. Du communisme il avait abandonné et trahi l’idéal. Certes, dans la lignée des dirigeants du PCF, et des autres dirigeants des partis staliniens du monde, il ne fut pas le premier ni le dernier. Ce n’est pas une excuse.
Par-delà le style personnel sa politique ne fut pas fondamentalement différente de ce qu’est celle du PCF depuis bien plus longtemps. Robert Hue peut bien être aussi rond, onctueux et affable que Georges Marchais semblait anguleux, arrogant et revêche. Quand Hue se félicite de voir son parti appartenir à un gouvernement qui mène une politique anti-ouvrière, comme Jospin et Gayssot viennent de le faire encore en arbitrant le conflit des routiers en faveur des patrons, que fait-il d’autre que ce que Marchais fit de 1981 à 1984 ? Quand celui-ci se félicitait tout aussi chaudement de voir son parti fournir des ministres à un gouvernement Mauroy qui imposait l’austérité et le gel des salaires ou aidait à briser des mouvements de travailleurs de l’automobile.
Et que faisait d’autre alors Georges Marchais que ce qu’avait fait Maurice Thorez, quand dès 1944, près de quarante ans auparavant déjà, ministre dans un gouvernement qui mêlait gaullistes, socialistes et communistes, il appelait les travailleurs à retrousser les manches et se serrer la ceinture ?
Mais la seule chose que tous ces politiciens de droite ou de gauche reprochent au fond à Marchais c’est d’avoir continué à se dire communiste, tout en lui reconnaissant volontiers d’avoir contribué à ce que le PCF jette par-dessus bord le marxisme comme le léninisme. Car pour eux, qui sans craindre les contradictions prétendent que le communisme est enterré avec l’Union Soviétique, le communisme restent à abattre. En témoigne la publicité faite à la publication, après bien d’autres ouvrages du même tonneau, d’un nouveau Livre noir du communisme.
Les thèses ne sont pas nouvelles. Elles consistent à confondre le communisme avec le stalinisme. En oubliant que parmi les millions de victimes du stalinisme, les premières furent les militants restés fidèles au communisme. En particulier les trotskystes, qui furent aussi les premiers à souligner les similitudes entre les régimes de Staline et Hitler. Alors, tous les politiciens occidentaux, désireux de s’attirer l’alliance de Staline contre Hitler, niaient la réalité du goulag.
Elles consistent encore à confondre le léninisme et le stalinisme. En oubliant que la guerre civile, et son cortège d’horreurs, fut imposée aux communistes russes par les prétendues démocraties de France, d’Angleterre ou des Etats-Unis qui ont créé, armé, financé, appuyé les bandes contre-révolutionnaires, qui ont détruit et tué au moins autant que les « rouges ».
Aujourd’hui les dirigeants du PCF participent joyeusement à un gouvernement qui serait prêt à appuyer une éventuelle intervention américaine au Moyen-Orient qui ferait à nouveau des centaines de milliers de victimes civiles, et qui en tout cas accepte l’embargo qui tue chaque jour des enfants pour qui il n’y a ni médicaments ni vivres dans un Irak transformé de fait en camp de concentration par les Occidentaux.
Ainsi la dénonciation tardive des crimes bien réels du stalinisme peut cacher l’acceptation de ceux, tout aussi réels mais toujours actuels, du capitalisme. Le véritable parti communiste, rassemblant les communistes qui le sont restés, et représentant les intérêts du monde du travail, reste à reconstruire.

