Tapis vert sur les 35 heures, l’emploi et les salaires : les patrons exigent, Jospin s’aligne et les chefs syndicaux gémissent
29 septembre 1997 Éditorial des bulletins L’Étincelle
S’il y a des gens dans ce pays qui se moquent pas mal des bavardages autour du tapis vert, ne croient qu’au rapport des forces et savent se faire obéir d’un gouvernement de gauche comme de droite, ce sont les patrons. A propos de la conférence nationale sur l’emploi, les 35 heures et les salaires prévue pour le 10 octobre, l’un des ténors du CNPF a ainsi menacé : votre conférence, a-t-il dit, on la boycotte si vous faites une loi sur les 35 heures avec date butoir.
Du coup, panique au gouvernement. Mais non, rassurez-vous messieurs, dit le ministre des finances : une loi sur le temps de travail, ça peut toujours attendre. Mais si messieurs, proteste Martine Aubry, le ministre de l’emploi : il la faut, cette loi cadre, puisque nous l’avons promise avant les élections. D’ailleurs vous savez bien qu’elle n’encadrera rien du tout puisqu’elle ne s’engagera pas sur le maintien des salaires et qu’elle rejoindra vos exigences d’annualisation du temps de travail et de flexibilité...
Côté syndical, c’est la consternation. Les patrons menacent de ne pas négocier ? Mais c’est affreux, dit Nicole Notat de la CFDT, moi qui était pourtant d’accord avec le patronat pour ne diminuer le temps de travail... que si l’on diminue les salaires avec ! Mais c’est « irresponsable » dit Louis Viannet de la CGT, qui explique qu’il a toujours été pour les 35 heures sans diminution de salaire mais qu’il y a « plusieurs pistes à explorer », et qu’il faut qu’il y ait une loi... pour que les négociations puissent s’engager.
Cette comédie des faux semblants qui s’annonce avec cette conférence sur l’emploi du 10 octobre est bien à l’image de la situation créée par ce gouvernement socialiste avec participation de ministres communistes : c’est le patronat qui fait la loi, comme sous Juppé. De l’autre côté, du côté de ceux qui disent parler au nom des travailleurs, des confédérations syndicales et des leaders du PC, ce sont les jérémiades, les protestations de principe, et plus rarement de vagues menaces de « réactions sociales » pour un avenir indéterminé. Mais autant le patronat est mobilisé, déterminé, offensif, autant les dirigeants syndicaux sont timorés, indécis, attentistes. C’est que leur solidarité gouvernementale avec leurs camarades ministres socialistes ou communistes, priment de très loin sur leur solidarité avec les travailleurs. Le patronat, lui, sait imposer un rapport de force. Ces mêmes dirigeants syndicaux se gardent bien, quant à eux, de faire quoi que ce soit pour le changer en faveur des travailleurs.
On entend bien ici et là des responsables du PCF comme Robert Hue, ou syndicaux comme Viannet ou d’autres, dire que le gouvernement ne pourra rien faire sans la mobilisation des salariés, ou la « mobilisation citoyenne », pour reprendre le jargon à la mode au PCF. Mais que font-ils pour la susciter, cette mobilisation ? Quel exemple donnent-ils d’en haut, quel programme, quelles perspectives donnent-ils aux travailleurs pour que se constitue une véritable force de pression et d’opposition ouvrière, dans les entreprises et dans la rue, face à ce gouvernement qui ne fait qu’obéir, comme tous les précédents, aux exigences patronales ?
Il est urgent que les travailleurs, les militants ouvriers, politiques et syndicaux, retrouvent des perspectives unitaires qui leur permettent de rétablir ensemble un rapport de force où ce seront les travailleurs qui feront la loi, pas les patrons.
Comment ? Cette conférence sur l’emploi du 10 octobre, par exemple, ne mériterait qu’une chose : qu’elle se déroule sous la pression de grèves dans tous les secteurs et de grandes manifestations de rues, pour exiger de véritables mesures d’urgence en faveur des travailleurs.
Alors, à tous les travailleurs combatifs, avec ou sans étiquette politique, les militants syndicaux, quelle que soit leur appartenance, convaincus de la nécessité d’un tel programme d’urgence pour les travailleurs et d’une mobilisation d’ensemble (et non dispersés, les uns après les autres), de discuter, de se réunir, de se concerter, de tisser les liens nécessaires entre eux, pour préparer les ripostes nécessaires.

