LES ACCORDS MAQUIGNONS
13 octobre 1997 Éditorial des bulletins L’Étincelle
En dépit du rideau de fumée des fausses colères de Gandois, le chef de file du patronat, la conférence du 10 octobre à Matignon ne nous a en rien été favorable, à nous travailleurs. Au contraire
Les 35 heures ? Ce sera pour l’an 2000, ou pour 2002 dans les entreprises de moins de 10 salariés... à condition que les salariés acceptent des réductions ou un gel des salaires pendant plusieurs années ; à condition qu’ils acceptent la flexibilité, l’annualisation ou tout autre forme permettant de les faire travailler au gré des patrons ; à condition que ceux-ci trouvent intéressantes les aides que le gouvernement leur propose... dès 1998. Car s’il est question d’une « loi d’orientation » sur les 35 heures à ces conditions dans deux ans et demi, les patrons qui verront une bonne aubaine à empocher les aides de l’Etat, pourront le faire sans attendre, dès 1998.
Rien de bien différent en somme de la loi De Robien, mise en place sous le précédent gouvernement de droite : le principe consiste à offrir l’aide de l’Etat aux patrons, car il n’est absolument pas question de les faire payer. Ils pourront ainsi toucher 9000 F par salarié (et la prime sera d’autant plus intéressante pour eux que le salaire d’embauche sera plus faible) pour 10 % de réduction de temps de travail avec seulement 6 % d’augmentation d’effectifs, plus 4000 F lorsqu’ils trouveront avantageux pour eux d’aller au delà. Et c’est ça qui ferait baisser le chômage ?
Il est bien entendu que dans ce dispositif c’est avant tout les patrons qui doivent trouver leur compte. Et ils auront toute liberté d’en juger et d’en décider, entreprise par entreprise, branche par branche. Le gouvernement de Jospin ne veut surtout pas les contraindre à quoi que ce soit.
Il ne s’agit pas d’un heureux événement comme le prétendent un certain nombre de dirigeants de confédérations syndicales et de porte-parole de partis de gauche qui veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Il ne s’agit que d’une sinistre comédie jouée aux travailleurs et aux chômeurs pour les convaincre de continuer à accepter leur situation en dépit des menaces de licenciements, des baisses de salaires, de l’augmentation l’exploitation et de la précarité, de la détérioration de leurs conditions d’existence autant à l’usine que dans les cités.
Les représentants du patronat, quand ils poussent les hauts cris, sont dans leur rôle. Ce n’est que pour mieux faire passer des mesures qui sont en réalité dirigées contre nous, les travailleurs.
Alors que les prévisions tablent sur une croissance à 3 % par an, elles affirment qu’au mieux le chômage se stabilisera à son niveau actuel. Alors que les grandes entreprises annoncent des profits toujours plus importants, que la Bourse bat des records, que la productivité permet d’accroître la production des richesses, la seule perspective promise aux travailleurs, et à leurs enfants, c’est de vivre toujours plus mal et dans la peur des lendemains sans travail.
Par la grâce du patronat, et avec l’aide de Jospin. Mais aussi avec la complicité de dirigeants de partis de gauche ou de chefs syndicaux qui prétendent parler au nom de nos intérêts. Ils disent s’en remettre à l’initiative de la base, ils parlent « d’intervention citoyenne », mais ils n’ont même pas essayé d’appeler les travailleurs à l’action contre ce qui se préparait avec cette conférence. Louis Viannet a bien appelé à la « mobilisation » dès la sortie de la conférence. Mais va-t-il faire maintenant ce que tous les militants savent nécessaire de faire depuis longtemps ?
Si nous voulons sortir de la situation à laquelle le chômage nous accule, si nous voulons défendre nos salaires et nos conditions d’existence, il faudra que nous passions à l’offensive contre Gandois et ses semblables et que nous préparions un mouvement de tous les travailleurs. Mais la guerre que nous avons à mener contre le patronat, nous avons aussi à la mener contre ceux qui gouvernent à son service. Sans nous laisser berner davantage lorsqu’ils avancent masqués avec une étiquette de gauche.

