MARTINE AUBRY S’EMPLOIE A FAIRE DU VENT
25 août 1997 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Le gouvernement a fait sa rentrée politique en annonçant les grandes lignes de son prétendu plan emploi pour les jeunes. Qui laisse en plan les jeunes, comme les chômeurs plus âgés dont il n’est pas question et dont le nombre continue de grossir.
En ce qui concerne le nombre d’emplois, c’est la peau de chagrin. Sur les 700 000 promis durant la campagne électorale, il n’a été question que des 350 000 à créer dans le secteur public et associatif, dont seulement 150 000 d’ici la fin 98, dont seulement 50 000 d’ici la fin 97... Si toutefois les employeurs potentiels veulent bien embaucher. Car l’Etat, avec l’argent des contribuables, a beau participer à hauteur de 80% au SMIC versé à ces nouveaux embauchés, certains employeurs trouveront que les 20% restant sont encore trop ! Avec un tel plan, le million de jeunes au chômage dans le pays n’est pas au bout de sa galère.
En ce qui concerne la qualité des emplois envisagés, ce n’est guère mieux. Rien que du toc et du provisoire. La trouvaille de Martine Aubry, Ministre de l’emploi, est d’inaugurer un nouveau CDD renouvelable, de 5 ans maximum. Ce dernier né de la gamme des CDD de « droit privé », va donc enrichir le Code du Travail. Pour les ministères, les collectivités publiques et autres associations, ce sera une énième possibilité d’embaucher du personnel sous-payé et précaire. Des responsables syndicaux de la fonction publique ont mis en garde, certes timidement car ils ont des amis au gouvernement, contre ces petits boulots au rabais qui vont remplacer les vraies embauches. Les journalistes de l’Humanité de leur côté, dont des camarades sont ministres et qui ont troqué la brosse à reluire contre la faucille et le marteau, annoncent à la Une qu’« Une porte s’ouvre ». Vers de vrais emplois, vraiment ? C’est plutôt la porte de l’ANPE ou celle de la surexploitation.
Martine Aubry et ses experts viennent donc de déterrer 22 nouveaux métiers qui vont du « coordinateur petite enfance » au « médiateur » entre locataire et propriétaire, en passant par l’« agent d’ambiance » censé assurer un climat rassurant dans les bus en particulier ! Voilà pour ces « métiers » dits nouveaux.
Ce gouvernement méprise tout autant les travailleurs et leurs intérêts que le précédent. Il est aussi menteur. Il n’a pas fallu longtemps pour que le peu de promesses faites ou suggérées soit oubliées. Envolé le maintien de Vilvorde. Envolée l’abrogation des lois Pasqua-Debré-Méhaignerie. Envolées les perspectives d’embauches de jeunes. Et pour ce qui est de cette dernière promesse, qui peut croire que la société ne disposerait plus d’emplois, utiles à tous ? Qui peut croire qu’il n’y a pas besoin d’infirmières, d’enseignants et éducateurs, d’employés de la poste et des transports, mais aussi d’ouvriers, techniciens et ingénieurs dans le privé où les conditions de travail, à cause des suppressions d’emplois, sont devenues insupportables ? Et il y a beaucoup à faire car il n’y a pas trop de logements, trop de véhicules, trop de vêtements, trop de moyens de se soigner, trop de culture et de loisirs. Loin de là. Les travailleurs et les plus pauvres manquent d’énormément de choses, ici en France et dans le monde. Mais évidemment, on ne voit pas l’entreprise et les besoins de la même façon selon qu’on appartient au milieu patronal, comme Martine Aubry, ex-bras droit du PDG de Péchiney, polarisé sur les surprofits dégagés par un prochain plan social, ou selon qu’on appartient au milieu ouvrier où la charge de travail augmente, où les cadences s’accélèrent, où les horaires en 3X8 ou 5X8 bouleversent la vie et où la famille est dans le besoin.
Il est urgent pour la classe ouvrière et les plus pauvres que les conditions de travail et de vie s’améliorent, que les besoins soient satisfaits, que le travail nécessaire soit réparti entre tous les bras et les cerveaux - sans perte de revenus pour ceux qui travaillent. Oui il faudra prendre sur les profits, bouleverser les règles du jeu de cette société, produire pour le bien-être de tous et pas pour les profits d’une poignée de parasites. Et pour cela, il faudra lutter, tous ensemble, contre les patrons et les gouvernants socialistes qui les aident.

