Des idées d’adjudants
27 octobre 1997 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Jospin vient d’annoncer un « plan de sécurité ». Voilà le mot lâché, ce mot de « sécurité » cher à la droite... et à Le Pen. Et puisque des élections se préparent pour mars 1998, il faut bien que la gauche pense « à ne pas laisser le terrain à Le Pen ». C’est très exactement ainsi que ces mesures sont présentées par les dirigeants du parti socialiste et du parti communiste. Mais ce qu’ils disputent bel et bien à Le Pen, c’est le terrain de la pire démagogie.
Car c’est facile de faire semblant de lutter contre la petite délinquance, quand la grande, la vraie, celle qui détourne massivement, légalement ou non, les fonds publics vers les grandes fortunes privées, reste intouchable. Celle-là reste toujours au-dessus des lois, quand ce n’est pas elle qui fait la loi !
Mais c’est la petite, qui grandirait dangereusement. C’est elle qui gangrène les cités HLM et les quartiers pauvres où elle aurait décuplé depuis vingt ans, nous dit-on, en oubliant de préciser que le chômage à lui aussi très exactement été multiplié par dix ! Telle cause, tel effet. Le professeur Jospin doit le savoir. Alors, pourquoi n’annonce-t-il pas simplement qu’il va utiliser les grands moyens pour supprimer le chômage, en s’en prenant aux vrais voleurs, aux vrais spoliateurs, aux fauteurs de misère, aux licencieurs, aux accapareurs ?
Mais non. Jospin a choisi de faire donner ses adjudants de service.
Et pour commencer, le ministre de l’Education Nationale, Claude Allègre, qui joue le père-la-morale et veut obliger les enseignants et les parents à donner des leçons de civisme à la jeunesse. Mais on va leur faire réciter quoi, aux gosses, tous les matins ? Que celui qui vole un oeuf ou une mobylette peut en prendre pour des mois, voire des années ? Tandis que ceux qui amassent d’énormes magots en s’accaparant le travail des autres peuvent licencier en toute impunité ?
Il y a aussi le ministre de l’Intérieur, Jean Pierre Chevènement, qui va faire le père-fouettard. Il parle d’envoyer plus de flics dans les cités ou de recruter des jeunes de la fournée Aubry pour aller là où les vrais flics n’ont plus envie de mettre les pieds ! Et il rêve de réinstaurer les maisons de correction, ces prisons pour adolescents dont les jeunes ressortaient plus durs qu’ils n’y étaient entrés.
Au mieux, des rondes supplémentaires de gendarmes ou de ces nouveaux petits boulots d’auxiliaires de police dans les bus de banlieue, déplaceront les problèmes à d’autres heures ou dans d’autres lieux. Au pire, elles contribueront à empoisonner encore plus l’atmosphère des quartiers populaires, certainement pas à y changer le sort des gens.
De la coercition et de la poigne, certes, il en faudrait, exercée par les travailleurs eux-mêmes, pas contre leurs enfants sans perspectives ni espoir, mais contre les vrais responsables de la pauvreté et de l’exclusion. Oui, il faudrait interdire les licenciements et exproprier ceux qui font des bénéfices tout en planifiant le chômage. Oui, il faudrait réquisitionner les capitaux disponibles pour embaucher massivement dans les services publics où les besoins sont si criants. Oui, il faudrait prendre aux riches, aux spéculateurs, pour créer des millions d’emplois utiles et équiper les banlieues en parcs, en écoles, en lycées aussi bien dotés en moyens et professeurs que ceux des quartiers riches, en vrais transports collectifs, en centres sportifs, culturels... Oui, il faudrait prendre des mesures énergiques et radicales pour faire disparaître la paupérisation qui ronge la société et dont la petite délinquance n’est qu’une conséquence.
Mais le gouvernement socialiste, comme les précédents, réserve ses coups et ses gendarmes aux classes populaires, sans oublier la morale par là-dessus !
Jospin n’a que des idées d’adjudant. Au service du patronat et de la bourgeoisie. La seule solution que ces politiciens bourgeois voient au chômage et à la pauvreté, c’est plus de flics, de prisons et d’encadrement policier. Pourquoi pas des barbelés et des miradors, tant qu’ils y sont ? Mais prendre l’argent là où il est pour en finir avec le chômage et ses conséquences, cela dépasse leur imagination, forcément. Reste aux travailleurs à envisager les grands moyens...

