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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 124, janvier-février 2019

Décès aux urgences : accusé, levez-vous !

Mis en ligne le 5 février 2019 Convergences Entreprises

Comme les médias l’ont rapporté, une patiente, âgée de 55 ans, arrivée aux urgences de l’hôpital Lariboisière, à Paris, à 18 h 40, a été retrouvée sans vie à 6 heures le lendemain matin. Cette patiente se plaignait de violents maux de tête et de douleurs aux jambes. Les premiers résultats de l’autopsie révèlent qu’elle est décédée en raison d’une défaillance respiratoire survenue à la suite d’un œdème pulmonaire. Elle est morte étouffée. L’avocat de la famille de la victime pointe du doigt la mauvaise prise en compte de ses douleurs à son arrivée aux urgences. Selon lui, les premiers résultats de l’enquête « laissent à penser que des erreurs de diagnostic ont été commises ».

Avant cette autopsie de la victime dont les résultats viennent d’être connus, une enquête interne avait eu lieu au sein de l’hôpital Lariboisière.

Des responsables connus

Les résultats de cette commission d’enquête, mise en place par la direction de l’APHP (Assistance Publique, Hôpitaux de Paris) elle-même, ont été rendus publics. Elle est accablante pour la direction de l’APHP. Parmi d’autres points, elle relève le manque d’effectifs médicaux aux urgences de Lariboisière : 23,5 emplois à temps plein (ETP) au lieu de 28 ETP en moyenne dans l’APHP et… 32,4 ETP selon les recommandations professionnelles ! Quant à la surface du service des Urgences, 2 400 mètres carrés au lieu 3 500 mètres carrés en théorie nécessaires.

Manque d’effectifs médicaux et infirmiers, manque de place (et donc mauvaises conditions de travail et de prise en charge des malades)... la politique d’économies à l’APHP porte donc une certaine responsabilité dans le décès de cette patiente. Un manque de personnel dans un hôpital où les urgences sont les plus importantes de la capitale en termes de passages avec près de 300 patients par jour en moyenne. Des urgences où, comme ailleurs, il faut attendre des heures, allongés sur un brancard, avant une prise en charge ou un retour à domicile.

Cette situation, qui met en danger les patients eux-mêmes, est aussi dénoncée par un collectif de chefs de service des urgences qui écrivent, suite au décès de l’hôpital Lariboisière : « Or, de tels accidents peuvent maintenant se répéter partout et à tout moment, car le gouffre se creuse entre les besoins et nos moyens. » Ce n’est pas un signal d’alarme qu’ils tirent, mais un signal de détresse et de danger grave et imminent pour les patients et les médecins eux-mêmes.

Elle ne pourra pas dire qu’elle ne savait pas

Ce manque de personnel médical et de locaux était connu de la direction du site de Lariboisière puisqu’un CHSCT extraordinaire avait eu lieu, à la demande du personnel du service, en juillet 2018, quelques mois avant le drame. En août, des affiches à l’entrée des urgences, confectionnées par des infirmières disaient : « À quand un soignant pour 100 patients ? » ou : « Donnez-nous les moyens d’être humains ». La direction ne pourra pas ainsi prétendre qu’elle n’était pas au courant des problèmes. Pour y apporter des solutions, elle aurait dû depuis longtemps embaucher aux urgences médecins, infirmières et aides-soignantes. Mais sa politique est avant tout de réduire les frais de personnel partout, dans les urgences comme dans les autres services, à Lariboisière comme dans les autres hôpitaux...

Elle est aussi de tout faire pour que les malades n’aillent plus aux urgences en prétendant qu’il ne s’agit pas uniquement d’un problème d’effectifs mais du fait que les malades s’y rendraient « pour un oui ou pour un non », comme le prétend aussi le gouvernement. Si, aux urgences, il y a des problèmes... ce serait donc la faute des malades !

Suite au décès, le directeur de l’APHP, Martin Hirsch, s’est rendu en personne au CHSCT convoqué en la circonstance. Il a annoncé le recrutement immédiat de trois infirmières et un médecin suivi d’autres recrutements afin d’atteindre le nombre de 28 médecins, ce qui correspond à la moyenne de l’APHP, et l’extension des urgences sur de nouveaux locaux. Mais aucune précision sur les délais. Il a fallu attendre un décès... pour avoir des recrutements et des promesses.

Des réactions à Créteil, Paris, Clamart, Pontarlier, Saint-Malo…

Pour protester contre le manque d’effectifs, une grève vient d’avoir lieu à l’hôpital Henri-Mondor à Créteil, aux urgences toujours, pour réclamer aussi des effectifs supplémentaires. Cette grève a été appuyée par une pétition signée par le personnel des urgences de l’hôpital Tenon, à Paris. Les syndicats de l’hôpital Antoine-Béclère, à Clamart, alertent publiquement sur le fait qu’il n’y aura plus, à partir du 11 février 2019, de praticien hospitalier la nuit aux urgences de cet hôpital, pour ne parler que d’exemples récents à l’APHP.

Une grève vient d’avoir lieu aux urgences de l’hôpital de Pontarlier, dans le Doubs. Une pétition en ligne a déjà recueilli 1 200 signatures. Les personnels, toutes catégories confondues, dénoncent le manque d’effectifs face à l’augmentation du nombre des malades.

« Le service des urgences de Saint-Malo a été conçu en 2001 pour 20 000 patients par an, nous sommes aujourd’hui à 40 000 patients, et nous n’avons pas vraiment plus de moyens » : voilà ce que dénoncent les médecins et le personnel du service des urgences de Saint Malo en grève aussi...

Pour la convergence de ces luttes, nombreuses et éparpillées... il y a aussi urgence !

27 janvier 2019, Paul Galler

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