Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 108, novembre 2016 > Moyen Orient

Moyen Orient

L’État d’Israël et les Palestiniens

Après la mort de Shimon Peres

Mis en ligne le 10 novembre 2016 Convergences Monde

Que de louanges envers Shimon Peres, le prétendu « artisan de la paix », n’a-t-on entendues à l’occasion de ses obsèques. La gauche israélienne pleure l’artisan des accords d’Oslo, conclus avec Yasser Arafat en 1993, sous la houlette du président américain Bill Clinton. Ce qui lui avait valu le prix Nobel de la paix en décembre 1994 avec Yitzhak Rabin et Arafat. Obama a salué « son œuvre de paix inachevée ».

Le but de ces accords d’Oslo était d’échanger la paix contre un territoire pour les Palestiniens, la partie la plus déshéritée de l’ancienne Palestine, tout en excluant le retour des millions de réfugiés expulsés au travers des guerres de 1948 et 1967. L’assassinat d’Yitzhak Rabin par un fanatique juif d’extrême droite a stoppé ledit « processus de paix », ce que Shimon Peres a acté en poursuivant l’implantation de colonies en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Le processus en question devait réaliser la constitution d’un État palestinien dans un futur indéterminé. Car dans l’immédiat les accords ne reconnaissaient aux Palestiniens une souveraineté totale que sur 20 % de leur territoire (zone A), le reste étant réparti entre administration palestinienne et sécurité israélienne (zone B) et souveraineté israélienne totale (zone C). Des accords qui ne furent de toutes façons jamais appliqués. Dans cette prétendue solution à deux États, Israël gardait la partie la plus riche et les Palestiniens héritaient de leur misère.

Homme de paix, Shimon Peres ?

Dès la guerre de 1948 avec les pays arabes, qui a abouti à la création de l’État d’Israël, Shimon Peres s’est consacré à faire d’Israël une puissance militaire. Il y a gagné le surnom de « bouclier d’Israël ».

  • 1948  : il est désigné par Ben Gourion - premier président du nouvel État à sa création - comme responsable du personnel et des achats d’armes. Il part aux États-Unis faire son marché.
  • 1954  : il se rend en France pour amorcer une coopération contre l’Égypte qui soutient les indépendantistes algériens. En échange, les autorités françaises donnent en sous-main à Israël la possibilité de construire le réacteur nucléaire de Dimona et de disposer de l’arme atomique. Des contrats sont passés avec Marcel Dassault, qui vont servir à équiper l’aviation militaire de Mirage III.
  • 1956 : la ‘Colombe’ ne s’oppose pas au gouvernement israélien qui s’associe à la guerre menée à l’Égypte par la France et la Grande-Bretagne en réponse à la volonté de Nasser de nationaliser le canal de Suez.
  • 1967 : à l’issue de la « guerre des six jours », Israël triple son emprise territoriale, l’Égypte perd la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï, la Syrie est amputée du plateau du Golan et la Jordanie de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Shimon Peres devient ministre des Territoires occupés et légitime la course à la colonisation.
  • Avril 1996 : trois ans après la conclusion des accords d’Oslo, il est Premier ministre quand l’aviation israélienne bombarde le village libanais de Cana, tuant 106 civils.

Enfin, en 2014, suite aux tirs de groupes palestiniens, Shimon Peres donne son assentiment à l’offensive sur Gaza écrasée sous les bombes, faisant de nombreuses victimes parmi sa population.

Premier ministre à deux reprises, entre 1984 et 1986, en 1995-1996, puis président de 2007 à 2014, Shimon Peres a siégé pendant plus de 50 ans à la tête de l’État. Au cours de ces 50 ans, 400 000 colons se sont installés en Cisjordanie et 200 000 à Jérusalem-Est. Les Palestiniens se sont vus chassés de nouvelles terres, des cultures ont été saccagées, des oliveraies centenaires massacrées, des murs et barrières multiples se sont érigés. Sans compter les punitions collectives, les maisons rasées, les assassinats ciblés.

Quel avenir au Moyen-Orient pour les Palestiniens et les Israéliens ?

Reste qu’à l’occasion de la mort de Shimon Peres, des solutions au problème de ce conflit israélo-palestinien ont été remises en discussion. Comment en sortir ? Faut-il réclamer encore l’application des accords d’Oslo ? La solution à deux États en est-elle encore une, comme le propose un article de l’Humanité du 29 septembre signé Patrick Appel-Muller et qui se termine ainsi : « La mort de Shimon Peres devrait être l’occasion de faire un bilan lucide des atermoiements , des mots creux, et des demi-mesures. Et de prendre toutes les initiatives qui permettraient l’avènement de deux États, dans des frontières reconnues et sûres. C’est la seule issue, celle que l’ancien prix Nobel n’a pas voulu choisir. » ?

Actuellement Israël se veut un État juif dans lequel les Arabes sont des citoyens de seconde zone et n’ont pas les mêmes droits. Et à côté, deux « bantoustans », l’un en Cisjordanie sous le contrôle de l’OLP et l’autre dans le territoire de Gaza sous le contrôle du Hamas, qui sont tous deux des dictatures.

La population palestinienne opprimée par l’État d’Israël subit une violence permanente. Racisme, expropriation, blocus des territoires (et érection du mur) avec la misère à la clef, raids de représailles et guerres meurtrières périodiques sur Gaza.

La solution à deux ou trois États dans la situation d’aujourd’hui n’empêche pas Israël de continuer la colonisation, c’est-à-dire le grignotage du territoire cisjordanien.

Bien sûr que les Palestiniens, comme les autres peuples, ont droit à avoir leur État. Et c’est d’abord avant tout à eux de choisir, eux qui subissent les pires conséquences de la situation actuelle. Reste que le problème fondamental est aussi de savoir de quel État il s’agit. Sur quel territoire ? Sous la dictature de l’OLP ou du Hamas, où là aussi une minorité s’enrichit de la misère de l’immense majorité ? Confinés à Gaza ou dans ce qu’il reste de la Cisjordanie ?

Faudrait-il alors se donner pour objectif la constitution d’un État binational dans lequel les Palestiniens et les Israéliens seraient à égalité, comme cela se discute notamment au sein de l’extrême gauche ? Un État binational dans lequel les Juifs et les Arabes auraient les mêmes droits ? Certes. Mais cela supposerait qu’aussi bien les Arabes palestiniens que les Juifs puissent s’installer là où ils le veulent sur un même territoire englobant à la fois Israël, la Cisjordanie et Gaza. Cela impliquerait que le régime sous lequel les uns et les autres se mettraient à vivre leur accorde partout sur cet ensemble territorial les mêmes droits, ce qui ne pourrait se réaliser qu’à condition qu’ils exercent en commun un contrôle démocratique sur les dirigeants de cet État. Un objectif souhaitable mais inconcevable sans une lutte commune révolutionnaire des Juifs et des Arabes contre leurs gouvernants respectifs actuels…

Les conditions mêmes de la création de l’État d’Israël ont conduit à l’impasse actuelle

Alors que jusqu’à la seconde guerre mondiale la création d’un État juif n’était pas partagée par la plupart des Juifs eux-mêmes en dépit d’une oppression sévère, en particulier dans l’empire des tsars, lequel s’illustrait par ses pogroms, ensuite sous la dictature stalinienne qui prit le relais de l’antisémitisme, et aussi ailleurs dans de nombreux pays où il sévissait – le massacre en masse par les nazis et le déracinement forcé amené par la guerre alimentèrent suffisamment le crédit des sionistes pour favoriser un nouvel essor de la colonisation de la Palestine. Celui qui mena en 1948 à la proclamation de l’État d’Israël avec la bénédiction de toutes les grandes puissances, y compris l’URSS.

Depuis, la population israélienne n’a pas cessé de croître par des immigrations successives. La décolonisation de l’empire français, puis la disparition de l’URSS ont sérieusement contribué en particulier à grossir la population d’Israël. Des arrivants auxquels il a fallu ajouter tous ceux qui ensuite émigrèrent sans y être aucunement poussés par des circonstances aussi dramatiques, notamment lorsqu’ils arrivent aujourd’hui des États-Unis ou même de France.

La constitution d’un « super ghetto » juif en Palestine n’était pas une solution au problème juif au lendemain de la seconde guerre mondiale et ne l’est toujours pas aujourd’hui. Les Juifs d’Israël payent un lourd tribut à vivre en permanence en état de guerre, dans un pays où la partie arabe de sa population subit l’apartheid, alors que les inégalités s’accroissent toujours davantage. Ce n’est pas en se battant contre « l’ennemi arabe » qu’ils obtiendront de meilleures conditions d’existence.

C’est d’ailleurs une certaine prise de conscience de cette réalité qui, il y a cinq ans, l’été 2011, a poussé dans les rues des villes d’Israël jusqu’à près de 500 000 manifestants (sur une population de sept millions d’habitants), lors du « mouvement des tentes ». Manifestations auxquelles y compris les Arabes d’Israël se sont joints. Un mouvement qui faisait écho à celui des « Printemps arabes ». Même si cette mobilisation a fini par retomber après quelques semaines, même si les préoccupations sécuritaires ont repris le dessus, même si pour beaucoup des participants cette prise de conscience n’est pas allée jusqu’à la remise en cause ni de leur régime politique, ni de la colonisation de la Palestine et du sort fait aux Palestiniens, c’est quand même de ce côté que se trouve l’espoir d’un véritable changement dans la situation au Moyen-Orient. Juifs et Arabes pourraient lutter les uns aux côtés des autres, pour vivre en paix, faire respecter les mêmes droits démocratiques pour tous, faire reculer – voire un jour supprimer – l’exploitation des uns comme des autres. Et tendre la main aux autres peuples de la région, lesquels dans les guerres qui se déroulent aujourd’hui payent finalement – et très cher – les pots cassés de la même volonté de domination impérialiste des grandes puissances.

15 octobre 2016, Louis GUILBERT

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 108, novembre 2016

Mots-clés