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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 140, septembre 2021

Allemagne : jours de grève à la Deutsche Bahn

Mis en ligne le 3 septembre 2021 Convergences Monde

(Crédit Photo : Deutsche Bahn AG / Dominic Dupont)

Ce vendredi 3 septembre, des cheminots de la Deutsche Bahn [1] en sont au deuxième jour d’une nouvelle tranche de cinq jours de grève, jusqu’aux premières heures du mardi matin. Conflit démarré déjà en août et quelque peu spectaculaire, tant sont vides et déserts de nombreux quais de gares, malgré les efforts d’une direction de l’entreprise à cran pour revoir ses plans de transport. Cette même direction a cherché à nouveau à faire interdire la grève, par une procédure de référé en justice, et, devant le refus du tribunal, annonce qu’elle porte l’affaire devant une juridiction supérieure. Ambiance ! Cette grève – certes plus forte dans l’est du pays où le syndicat qui y appelle compte le plus d’adhérents mais bien vivante ailleurs aussi, en particulier dans la Ruhr – fait l’actualité. Lui donne des couleurs « lutte de classe » dont elle a bien besoin pour rompre la médiocrité d’une campagne électorale législative nationale d’où devra sortir le nom de celui ou celle qui succèdera à Angela Merkel au poste de chancelier ou de chancelière. D’où devra sortir aussi la composition du cocktail de partis (ou coalition) qui formeront le prochain gouvernement.

En août, l’Allemagne avait déjà été secouée par deux épisodes de grève des roulants de la Deutsche Bahn. Chaque fois deux jours seulement, les 11 et 12 août et les 23 et 24 août, mais chaque fois une paralysie spectaculaire du trafic, du moins là où la direction du syndicat GDL (un syndicat corporatiste de roulants, très intégré au système comme le sont tous les appareils syndicaux, mais qui s’est distingué ces quinze dernières années par une politique de grèves bien suivies, tranchant sur l’inertie voire la collaboration de classe décomplexée du plus gros syndicat des transports EVG) [2]. À coup sûr, le conflit en cours se déroule sur fond de rivalités syndicales, que nous avons évoquées plus précisément dans un article du 16 avril dernier. [3]

En août, comme dans ce nouvel épisode de septembre, plus de 10 000 grévistes sont engagés, 90 % des trains supprimés dans diverses régions. D’un côté, une direction de la DB qui dénonce férocement l’irresponsabilité du syndicat ; de l’autre, des grévistes super déterminés qui estiment n’en être qu’à l’apéritif.

Grève, malgré rétropédalage syndical

Depuis l’automne 2020 déjà, le mécontentement monte contre les faibles salaires, la baisse des effectifs, les sales conditions de travail et les menaces sur les retraites. Un mécontentement avivé par les difficultés liées au Covid. Des négociations sont engagées entre direction et syndicats et au printemps, la grève devient une perspective. La direction du GDL a certainement espéré que la seule menace d’un conflit, et son propre choix d’en rabattre sur les revendications, feraient céder la direction. Plutôt qu’une augmentation de 4,8 % des salaires pour l’année, le GDL ne demande plus qu’une augmentation de 1,4 % cette année et 1,8 % l’année prochaine. Plutôt qu’une prime-corona de 1 300 euros, il n’avance plus qu’une prime de 600 euros. Le tout à conclure pour une durée de validité de 28 mois, durant lesquels rien ne peut être remis en question par une grève, « paix sociale » oblige. La direction de la DB n’a pas lâché pour autant, se flatte de l’« Alliance du rail » qu’elle a nouée avec le syndicat EVG et menace de faire appliquer une loi qui rendrait caduque toute convention négociée avec un syndicat minoritaire comme le GDL. Par référendum, les cheminots du GDL se sont néanmoins spectaculairement exprimés au début août, à 95 %, en faveur de la grève.

Pas question de « Nullrunde »

Les deux premiers épisodes du conflit ont été des succès. Le troisième s’annonce plus fort encore, du fait de sa durée annoncée de cinq jours (si des négociations impromptues ne viennent pas l’écourter). Des cheminots ont pu se rencontrer, discuter de leur mouvement, voire se joindre ponctuellement à des hospitaliers en grève, à Berlin. L’envie d’en faire baver à la DB est là. La colère est grande contre une hiérarchie qui se distribue des « bonus » salariaux, dont 10 % d’augmentation pour le PDG lui-même, et qui voudrait que les cheminots en restent à une augmentation zéro, ce que les patrons allemands appellent « Nullrunde ».

À Cologne le 24 août, lors d’un meeting de grévistes de la Ruhr, le chef du GDL Weselsky avait promis de « durcir la grève ». C’est fait. Le bras de fer continue mais le scénario reste sous contrôle d’une direction syndicale qui s’appuie sur la combativité des cheminots tout en gardant la main sur le frein.

3 septembre 2020, Sabine Müller

(Cet article est une version actualisée de l’article paru dans l’Anticapitaliste no 580)


[1Deutsche Bahn (DB), société nationale allemande des chemins de fer : société par actions détenues à 100 % par l’État depuis le milieu des années 1990, développée en multinationale depuis avec sa filiale DB International Operations.

[2Le GDL (Gewerkschaft Deutscher Lokomotivführer, ou Syndicat des conducteurs allemands), fondé en 1863, est à l’origine un syndicat corporatiste de conducteurs, surtout influent dans la partie Est du pays, qui a élargi sa base à d’autres catégories de cheminots – au total environ 37 000 adhérents. Ce syndicat minoritaire – dont le dirigeant appartient à la CDU ou droite allemande, se dit « conservateur » mais représentant néanmoins tous les syndiqués – a fait concurrence à l’EVG (Eisenbahn- und Verkehrsgewerkschaft), syndicat de branche des transports et du chemin de fer rattaché à la confédération principale, DGB, et fort d’environ 190 000 membres, tous secteurs confondus. L’EVG assume une collaboration ouverte avec la direction de la Deutsche Bahn, en particulier par un accord récent avec cette dernière, dite « Alliance du rail ».

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