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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 20, mars-avril 2002

Une correspondance de Côte d’Ivoire : Cherté de la vie, insécurité et fronde sociale

Mis en ligne le 1er avril 2002 Convergences Monde

Ce pouvoir a réussi en l’espace de 16 mois l’exploit de mettre les ménages des Ivoiriens à un niveau de pauvreté jamais vécu. Les prix des denrées alimentaires ne cessent de grimper et personne ne sait quand ils se stabiliseront. Les prix de l’électricité, de l’eau, du téléphone déjà hors de prix pour les travailleurs ont connu encore des augmentations.

Les prix du transport risquent d’augmenter avec la rumeur de la prochaine augmentation des prix de la patente et de la vignette. « La mort subite » (le fait de ne pouvoir faire qu’un seul repas par jour, dans l’après-midi ) qui était la pratique seulement dans les quartiers très pauvres étend ses tentacules à d’autres quartiers jugés jusque là relativement aisés, aux grand étonnement des anciens pauvres.

La police nationale agit à sa guise dans certains commissariats. Un bandit mis en détention se retrouve immédiatement en liberté contre espèces sonnanteq. Cela est tellement scandaleux que dans certains quartiers, des milices d’autodéfense créées par les populations ont commencé à voir le jour.

Le plus scandaleux des faits divers fut l’assassinat d’un honnête citoyen par la police judiciaire dans le quartier d’Adjamé, enlevé devant sa famille et battu à mort avant de découvrir qu’il s’agissait d’une erreur. A qui le tour ?

Le front social est en ébullition, c’est le moins qu’on puisse dire. De mémoire d’Ivoirien on n’a jamais vu autant de mouvements de protestation et de grèves en un si court règne (16 mois).

L’aggravation de la pauvreté, ajoutée à la démagogie et autres mensonges entretenus par le pouvoir a élargi le front de la revendication sociale de sorte qu’il ne se passe plus de semaine sans qu’il n’y ait des mouvements de protestation, réussis ou avortés, ou des manifestations d’humeur.

A titre récapitulatif, non exhaustif, il y a eu du 22 mai 2001 au 7 février 2002 au moins douze mouvements de grève, neuf manifestations d’humeur : des greffiers, des enseignants du primaire public, des agents pénitenciers, des agents de la police nationale, des agents de douane, de la police (sous-officiers), des greffiers à nouveau, des assistants sociaux, des wôrô-wôrô (taxis), des enseignants du SYNARES, etc.

La spontanéité des mouvements dans leur ensemble mis à part quelques mouvements à relent de règlements de compte (police) reflète l’acuité de la situation socio-économique. Le pouvoir voit le danger se profiler à l’horizon et devant son incapacité à le résorber, il veut gagner du temps à travers des slogans du genre « nous voulons un Etat ouvrier et non un Etat princier » (déclaration du président de l’Assemblée nationale) ou encore « vous avez le régime le plus proche de vous », « évitez de tuer la poule aux oeufs d’or » (dixit le chef de l’Etat et son premier ministre). Ou encore « nous sommes obligés de protéger les patrons parce que c’est eux qui créent les emplois, mais nous sommes pour les ouvriers et les travailleurs ». De telles sornettes débitées à longueur de discours, quand dans le même temps les mairies d’Abobo, de Cocody, la SIR ou Fraternité Matin (le quotidien du régime) jettent plus de 800 travailleurs à la rue, cela ne peut que mettre en évidence la nature de ce pouvoir soi-disant protecteur des travailleurs et ajouter à leur désillusion déjà grande, la colère.

Lors de la grève des sous-officiers, le ministre de l’intérieur parti discuter avec les grévistes a vécu des heures chaudes avec l’explosion d’une bombe lacrymogène et a manqué de se faire kidnapper. Ce jeudi 21 février, c’était au tour du ministre de l’emploi de faire l’amère expérience de la colère des chômeurs. Partis au nombre de deux mille réclamer leur allocation, les propos dilatoires du ministre ont courroucé les chômeurs qui ont molesté sérieusement le cher ministre.

Abidjan, 27 février 2002, S.

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