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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 20, mars-avril 2002

La Poste (Paris 10) : Le chantage de la direction au licenciement des précaires

Mis en ligne le 1er avril 2002 Convergences Entreprises

Depuis un an, la direction locale de la Poste de Paris 10 emploie abusivement un nombre toujours plus important de CDD. Ainsi 26 travailleurs du bureau sont des CDD, embauchés pour 2 ou 3 mois, renouvelés ou remplacés à la fin de leur contrat. Et pourtant les effectifs sont loin d’être suffisants puisque sur le seul mois de janvier 50 tournées ne furent pas assurées.

Le lundi 11 février, au cours d’une assemblée du personnel, les deux principaux syndicats du bureau, CGT et SUD, demandaient des embauches et annonçaient le dépôt d’un préavis de grève pour le vendredi suivant, jour où finissait le contrat de 9 des CDD. Mais la moitié des facteurs, ne voulant pas attendre, se déclaraient en grève dès ce lundi matin. Et, fait notable, 20 des 26 CDD rejoignaient la grève.

Aidés par des militants, les CDD déposèrent une demande collective de CDI auprès de la direction. C’était le moyen pour eux, outre de s’organiser, d’attirer l’attention de tous sur le fait que la direction s’apprêtait à les mettre à la porte contre leur volonté. L’intervention d’un CDD, le mardi matin, lors de l’assemblée générale, chaleureusement applaudie par l’ensemble des grévistes, montra que le but était atteint et que tout le monde considérait comme allant de soi que l’un des objectifs de la grève était l’embauche définitive des CDD et acquis que ceux-ci participent au mouvement à l’égal de n’importe quel autre travailleur du bureau.

C’était malheureusement oublier que pour fondre dans un même mouvement les différentes catégories de travailleurs, il faut se préparer d’avance et consciemment à défendre tous ensemble celles qui sont les plus faibles, donc les plus susceptibles d’être les premières attaquées par la direction.

La contre-attaque patronale

Le lendemain matin, alors que la grève avait été reconduite, avec toujours un noyau combatif de CDD, la direction contre-attaquait. Elle faisait savoir aux syndicats que soit les CDD reprenaient le travail, soit ils étaient licenciés sur le champ. Prétexte : la grève, déclenchée sans préavis, était illégale. Bien sûr, elle était illégale pour tous, mais les CDI et fonctionnaires du bureau, qui ont déjà fait d’autres grèves sans préavis dans le passé, étaient forcément moins sensibles à la menace que les CDD. C’est donc à ceux-là que la direction s’en prenait.

Le calcul de la direction ? Aux syndicats d’aller l’annoncer aux CDD eux-mêmes. Et par là aux syndicats de prendre la responsabilité, s’ils poussaient les CDD à rester dans le mouvement, de leur licenciement.

Le chantage était grossier. Et sur les CDD la menace était en partie bidon. Pour 9 d’entre eux, la seule chose qu’ils risquaient c’était de voir leur contrat se terminer le mercredi plutôt que le vendredi. Pour les autres, le risque était au pire de voir leur contrat raccourci de deux mois (car c’est une politique générale de La Poste de faire valser les CDD après un ou deux contrats au plus) contre la chance d’une embauche définitive.

Bien entendu c’était à eux de choisir. Mais pour qu’ils le fassent en toute connaissance de cause, il aurait fallu que le choix leur soit présenté dès le début de la grève. Il aurait fallu aussi qu’il soit présenté à tous les autres grévistes, de façon que les CDD sachent d’avance s’ils pouvaient ou non compter sur la solidarité effective de ceux-ci.

Ces questions personne ne les a abordées, ni au début ni au cours du mouvement, et pas plus les syndicats que quiconque. Les CDD, dans le doute, décidèrent donc de reprendre le travail, sur le conseil des syndicats qui, sous les pressions de la direction, ne pensèrent pas davantage qu’auparavant à consulter l’ensemble des grévistes avant de conseiller aux CDD de stopper leur mouvement.

La grève s’est donc terminée le lendemain sans les embauches réclamées. La direction, preuve sans doute qu’elle n’était pas si sûre d’elle-même, concédait tout de même la prolongation des contrats des CDD jusqu’en juin. La date du prochain mouvement ? Mais alors, cette fois, à préparer plus soigneusement et après avoir réfléchi d’avance sur la façon de déjouer les pièges prévisibles de la direction.

J.S.

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