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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 20, mars-avril 2002

Côte d’Ivoire : la réconciliation des brigands

Mis en ligne le 1er avril 2002 Convergences Monde

Le jour de le clôture du forum dit de réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, au début du mois de janvier dernier, on a vu l’actuel dictateur Laurent Gbagbo et ses principaux rivaux, notamment Alassane Ouattara et Robert Guéï, se tomber dans les bras et s’embrasser, alors que, quelque temps auparavant, ces mêmes politiciens, sous prétexte de se combattre les uns les autres, avaient poussé les populations les unes contre les autres dans des massacres ethniques et xénophobes.

Sont donc oubliés le poison de la xénophobie et de la haine ethnique qu’ils avaient inoculés dans le pays ! Oubliées aussi les conséquences désastreuses de cette politique : les massacres, les assassinats, les viols, les vols, les expulsions de ceux qui avaient été désignés comme des « étrangers », les incendies des maisons, des mosquées ou des églises ! Effacés également les emprisonnements, les arrestations arbitraires, les bastonnades des gens dont le seul tort était d’être d’une autre région ou religion !

Du même monde

Rien d’étonnant, cependant, dans tout cela ! Au-delà des apparences et des rivalités personnelles ou de circonstances, ces gens-là appartiennent au même monde et surtout ils défendent le même ordre social, les intérêts des riches de la Côte d’Ivoire et ceux de l’impérialisme, français notamment. Ni les couches possédantes ivoiriennes, ni les dictateurs des pays voisins, ni la France surtout ne voyaient d’un bon œil le pourrissement de la situation. L’Elysée comme Matignon, mais surtout les Bolloré et autres Bouygues qui contrôlent l’essentiel de l’économie de ce pays, avaient peur que la crise politique née de la chute du dictateur Bédié en 1999 n’aggrave encore la crise sociale. Aussi était-il de leur intérêt de désamorcer le risque d’une explosion sociale et de trouver un compromis entre les différents prétendants au pouvoir, même si, en l’occurrence, les Gbagbo, Ouattara et autres Bédié, pourraient apparaître comme des pantins à la botte des véritables possédants, les « barons » (potentats du régime d’Houphouët) et les « grotos » (les riches).

On comprend alors mieux pourquoi ce forum organisé, prétendaient-ils, pour résoudre les problèmes de la Côte d’Ivoire n’a parlé d’aucune des préoccupations essentielles de la population, des travailleurs, des paysans pauvres, des petits soldats, des étudiants, des femmes, des jeunes désoeuvrés, etc. Rien sur la misère dans laquelle s’enfoncent des pans entiers de la société ivoirienne ! Rien sur les salaires misérables dont dépendent des dizaines de personnes par famille ! Rien sur les maladies bénignes qu’on pourrait soigner à moindres frais et qui, pourtant, font des ravages dans ce pays ! Rien sur le manque d’eau potable qui tue des milliers de gens dans les quartiers populaires des grandes ville comme Abidjan, la capitale, ou dans les villages, alors que dans les quartiers riches une minorité de parasites l’utilise pour remplir ses piscines, arroser ses jardins ou laver ses voitures ! Rien sur les logements vétustes, les baraques, où sont entassés des millions de gens, sans le moindre confort, sans eau, sans électricité, à côté des égouts à ciel ouvert, alors que les bourgeois, ivoiriens et autres, ont villas luxueuses et châteaux ! Rien aussi sur la pénurie des écoles, des collèges, des lycées, des universités, des dispensaires, des hôpitaux ou des maternités, alors que les femmes sont en majorité réduites à accoucher dans des conditions dignes du Moyen-Age !

En paix ou en guerre, toujours nos ennemis

Quand ils se sont battus entre eux, leur combat n’était pas celui des masses exploitées. Mais quand ils se réconcilient, c’est pour mieux river ces masses à l’exploitation et à l’ordre des riches.

Les embrassades et les accolades actuelles de ces politiciens ne mettent même pas les pauvres à l’abri de futurs massacres. Aujourd’hui, sous la houlette de l’impérialisme français, au nom d’un prétendu « intérêt supérieur du pays », ils pourraient tous se retrouver au sein d’un même gouvernement dit d’union nationale. Certains ont déjà gouverné ensemble dans le passé. Mais le passé nous a appris aussi que la haine de l’autre, prétendument « différent » ou « étranger » parce qu’il est d’une autre ethnie ou d’une autre région, fait partie de l’arsenal dont ils sont prêts à se servir.

Que demain la révolte des exploités menace et les mêmes iront à nouveau fouiller dans les poubelles de l’ethnisme, de la xénophobie ou de la religion pour opposer les opprimés les uns aux autres. Il n’est même pas exclu que lors des prochaines échéances électorales les mêmes politiciens qui prétendent se réconcilier aujourd’hui, ne cherchent pas, pour des raisons purement d’ambition personnelle, à enflammer à nouveau les haines et provoquer les affrontements ethniques.

Le 15 mars 2002, Bienvenu CESAIRE

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