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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 20, mars-avril 2002 > Dossier : Combattre la mondialisation ou le capitalisme ?

Dossier : Combattre la mondialisation ou le capitalisme ?

Le FMI, l’agent financier de l’impérialisme

Mis en ligne le 1er avril 2002 Convergences Société

A la fin de la Seconde guerre mondiale, la moitié du monde capitaliste est un champ de ruines. Pour rebâtir il faut créer de nouvelles institutions, qui tenteront de mettre en place des garde-fous contre les contradictions du marché qui ont amené au chaos, de la crise de 29 à la guerre mondiale. C’est la bourgeoisie américaine, dont la domination n’est plus discutée, qui va créer ce cadre. A Bretton Woods, aux Etats-Unis, en juillet 1944, est décidée l’institution comme monnaie de référence du dollar, convertible en or à taux fixe.

Pour surveiller ce système est créé le Fonds Monétaire International, dont la mission est technique et, en un sens, modeste : le FMI doit éviter les déstabilisations du marché dues aux fluctuations des grandes monnaies. En même temps est instituée la Banque Mondiale pour coordonner les injections de capitaux destinés à reconstruire l’Europe. Les réserves de ces institutions sont fournies par les Etats membres. Au FMI la quote-part de chaque Etat détermine l’importance de son vote (aujourd’hui les USA à eux seuls ont toujours un droit de veto de fait, avec leurs 18 % de voix). Mais 25 ans plus tard le maintien de la parité dollar-or est devenu intenable. Pour financer son déficit (en le faisant payer par le reste du monde), l’Etat américain a fait en effet marcher la planche à billet. En 1971, le système de Bretton Woods est donc abandonné. Les taux de change entre les monnaies nationales, qui ne sont plus indexées sur l’or, deviennent flottants. La spéculation sur ces monnaies peut reprendre, leurs oscillations sont assumées par les bourgeoisies dominantes. Et la raison d’être du FMI semble en question.

L’assureur des usuriers du Tiers-Monde

Le choc pétrolier de 1973 (forte augmentation du prix du baril), qui ébranle l’économie mondiale et met un frein sérieux à la croissance, lui permet pourtant de s’inventer un nouveau rôle. Déchargé de la surveillance des monnaies fortes, il va dorénavant s’occuper de celles des Etats les plus pauvres. Beaucoup de pays du Tiers-monde (non producteurs de pétrole) sont en effet ruinés par la crise. Leurs Etats doivent emprunter des sommes de plus en plus importantes. La fameuse dette du Tiers-monde apparaît : entre 1970 et 1982, elle est multipliée par 10 ; celle des 41 pays les plus pauvres passe entre 1980 et 1995 de 55 à 215 milliards de dollars.

Le FMI n’est pas le créancier exclusif des pays pauvres. Lorsque un Etat s’endette, le Fonds cède même systématiquement la politesse aux charognards des groupes financiers privés qui imposent des intérêts d’usuriers. Le Fonds se pose en garant, dans une certaine mesure, des profits de ces financiers privés. Ainqi quand une monnaie se dévalue trop brutalement, du fait de la faillite de l’Etat qui l’émet ou de la panique des spéculateurs, le FMI prête des fonds à l’Etat concerné qui rachète sa monnaie pour soutenir son cours. De cette façon les investisseurs privés sont assurés de ne pas trop perdre grâce à l’argent que le FMI récupère sur le dos des contribuables des Etats membres.

Les Programmes d’Ajustement Structurel et le développement de la pauvreté

En fait, le FMI impose aux Etats débiteurs sa mainmise sur toute leur politique économique, à travers les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) inventés au début des années 1980. En général le premier moyen préconisé est la hausse de la TVA, cet impôt qui frappe d’abord les pauvres en augmentant le coût de la nourriture, des médicaments, des loyers, etc.

Mais bien au-delà de la hausse des impôts, les pays soumis à un PAS se voient imposer une dévaluation de leur monnaie, une diminution de leurs importations, une baisse des salaires, une dégradation des droits du travail, et un « contrôle des dépenses de l’Etat », c’est-à-dire un véritable démantèlement des services publics d’une part, un dépeçage du secteur public d’autre part (dont la privatisation peut intéresser certains investisseurs occidentaux). En plus du capital financier, le FMI sert donc les intérêts du capital industriel des pays impérialistes. Le représentant de la Belgique auprès du FMI expliquait ainsi devant des patrons belges que pour un dollar versé à la Banque mondiale par les pays industrialisés, ils en recevaient 10,5 en 1984.

Fin 2000, 80 pays bénéficiaient – si l’on peut dire – d’une Facilité d’Ajustement Structurel Renforcé, ce « plan d’urgence » du FMI. La moitié seulement des pays y ayant eu recours a pu réduire le déficit de sa balance des paiements.

Pour les populations des pays débiteurs, les effets des PAS sont extrêmement brutaux. C’est essentiellement à cause d’eux que le taux de scolarisation primaire a baissé de 12 % en Afrique Noire entre 1980 et 1988, que le pouvoir d’achat du salaire minimum mexicain a été divisé par 3 entre 1981 et 2000, que les salaires réels ont chuté de 24 % en Hongrie entre 1989 et 1996 et que le salaire minimum à Haïti ne valait plus, fin 1997, que 19,5 % de celui de 1971.

La fonction du FMI a donc totalement changé depuis sa création en 1944. Aujourd’hui, garant des fonds privés qui spéculent sur les monnaies faibles, il facilite d’une façon générale le dépeçage des Etats les plus pauvres par les bourgeoisies dominantes et leurs multinationales. Bien sûr il serait absurde de prêter au FMI une puissance propre. La sienne ne vient que du soutien financier (et éventuellement militaire) des puissances impérialistes. Il est néanmoins un outil non négligeable dans la mise en coupe réglée de la planète par ces puissances.

Benoît MARCHAND

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