Toulouse, la colère
24 septembre 2001 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Terrible bilan que celui de l’explosion de l’usine AZF (trust TotalFinaElf) de Toulouse. A ce jour, 30 morts, plus de 2000 blessés dont certains très graves. Des cités d’habitation, écoles, lycées, hôpitaux, ravagés à proximité du complexe chimique et même à des kilomètres à distance. Et ce sont les salariés et habitants des quartiers populaires proches, déjà contraints de vivre sous la menace permanente des nuages toxiques et des bombes à retardement, qui en paient aujourd’hui le plus dur prix.
On nous vante l’élan de solidarité dont ont bénéficié les victimes. Certes. Mais les notables et politiciens, eux, de Chirac à Jospin, en passant par le maire de Toulouse ou le ministre de l’environnement, se contentent de bonnes paroles. Dix millions de francs, voilà ce que l’Etat, la municipalité de Toulouse et le groupe TotalFinaElf donneraient chacun. A peine 10 mois de salaire du PdG Thierry Desmarest !
Trois jours après la tragédie, la plupart des gens des quartiers proches n’avaient encore reçu aucune aide réelle, médicale ou matérielle. Certains restaient prostrés dans leurs appartements dévastés, ou acculés à des hébergements de fortune… alors que la ville compterait 7000 logements vides, de quoi réquisitionner, vue l’urgence. Mais ni Jospin ni Douste-Blazy n’y songe ! Rien d’étonnant si c’est la colère.
Le PdG du groupe TotalFinaElf répète qu’ « on ne s’explique pas » la cause immédiate du drame. Peut-être. Mais il est patent que toutes les précautions n’avaient pas été prises. La direction du groupe ne pouvait pas ignorer que le stockage de nitrate d’ammonium peut devenir explosif sous certaines conditions, que la concentration d’usines chimiques sur le même périmètre aggrave le danger. Le site était « à haut risque », « classé Seveso », comme des centaines d’autres en France ! Malgré cela, patrons et notables politiques se renvoient surtout la balle, les premiers déplaçant leur responsabilité sur les seconds qui ont urbanisé autour des usines pour toucher des taxes.
Notre époque a acquis la maîtrise de moyens techniques qui permettrait à des groupes comme Elf de produire sans être des assassins. Mais Elf et ses amis politiciens, de gauche comme de droite, arrosés indistinctement, sont des défenseurs de l’économie de profit. Le maximum d’argent pour les actionnaires, le minimum pour le personnel, l’entretien et l’environnement. D’où la tragédie de Toulouse, après celle de l’Erika.
Si certains à Toulouse ont pu penser à un attentat, c’est bien que les patrons, dans leur soif de profit, peuvent être aussi malfaisants que des terroristes.

