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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 148, novembre 2022

Réforme des retraites : une attaque planifiée contre tous les travailleurs

Mis en ligne le 8 novembre 2022 Convergences Politique

Trois ans après une mobilisation qui avait permis de repousser le projet de réforme des retraites sous le tapis de la crise Covid, le gouvernement revient à la charge. Les modalités exactes sont discutées dans des « cycles de concertation » avec les syndicats, pour une adoption, espère le gouvernement, à l’été prochain. Concertation ou pas, l’objectif est clair et net : repousser l’âge de départ à 65 ans et augmenter le nombre d’années de cotisation.

Panique comptable, ruse politicienne

Olivier Dussopt, ministre du Travail, s’alarmait le 6 octobre d’un déficit prévu de 15 milliards d’euros en 2030 dans le système des retraites. Tout en gardant soigneusement le silence sur d’autres chiffres issus du même rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) : le système est bénéficiaire en 2022 et la part des dépenses de retraites dans le PIB devrait rester globalement stable d’ici à 2070. Qui plus est, ce déficit annoncé par le ministre, une fois ramené au volume total des dépenses (300 milliards d’euros), est finalement léger. Et surtout, un fonds de réserve existe, qui, toutes caisses de retraite confondues (de base et complémentaires), contient aujourd’hui 160 milliards d’euros.

Selon le COR lui-même, les principales causes du déséquilibre à venir sont engendrées par le gel des salaires, en particulier dans la fonction publique avec le recours massif à des primes non soumises à cotisations, mais aussi au chômage, privant d’autant les caisses de rentrées d’argent. Mais quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage, et le gouvernement élu en 2022 a promis une réforme des retraites à la bourgeoisie.

Une attaque contre tous les travailleurs

L’objectif du gouvernement dans cette réforme n’est pas de rétablir l’équilibre budgétaire, mais, en réduisant les dépenses pour les retraites, de lui permettre d’accorder toujours plus d’exonérations au patronat. Et les gains sont doubles : faire travailler plus longtemps, c’est s’assurer que le nombre de retraités par rapport au nombre de cotisants va mécaniquement baisser, notamment parce que plus on recule l’âge de la retraite et plus nombreux sont ceux qui décèdent avant de pouvoir en bénéficier ; c’est en même temps faire que chaque travailleur bénéficie moins longtemps d’une pension de retraite, et d’autant moins longtemps qu’on a eu un travail plus dur, ruinant la santé. Le travail use davantage les ouvriers que les autres catégories de la population [1]. Et ce calcul morbide, nos savants ministres l’ont forcément intégré, même s’ils ne s’en vantent pas.

À l’heure où les patrons se plaignent d’un manque de main-d’œuvre, dû notamment au fait que les conditions de travail sont déjà inacceptables, les patrons voient dans la réforme une façon de maintenir au travail les salariés qu’ils ont déjà. Cependant, le mensuel Capital, dans un article en date du 2 novembre, s’inquiète : « Si un recul de l’âge de la retraite apparaît opportun aujourd’hui, alors que presque tous les secteurs connaissent d’importantes difficultés de recrutement […], il serait sans doute malvenu dans quelques mois, [en cas de] récession et de hausse significative du chômage. » Pour certains milieux bourgeois, il s’agit donc de faire vite !

La politique des directions syndicales : concertations au sommet, et patience pour la base

Macron, mal élu, semble vouloir donner l’air de commencer son quinquennat moins violemment qu’en 2017, en tout cas pour les « corps intermédiaires », ces directions syndicales dont il veut s’assurer la coopération. Pour l’instant, la réforme des retraites en est au stade des concertations, qui doivent passer par trois « cycles » sur différents thèmes. Le 7 novembre, le deuxième volet portera sur « l’équité et la justice sociale ». Sans rire !

Pendant que les syndicats discutent sans chercher à mobiliser, le gouvernement se prépare. L’objectif affirmé pendant l’élection présidentielle était de reculer l’âge de départ à 65 ans. Macron se déclare maintenant « ouvert » à s’arrêter à 64 ans… à condition d’allonger la durée de cotisation. Or, l’âge moyen de départ en retraite, déjà à 62,9 ans en 2021, devrait atteindre 64 ans d’ici 2040 sans même une nouvelle réforme, car, avec la montée en charge des précédentes réformes, nombre de travailleurs n’atteindront les annuités requises qu’à cet âge. Augmenter le nombre d’années requises serait donc un moyen détourner de reculer le départ à 65 ans.

Derrière ce jeu de vases communicants un peu bidon, c’est la stratégie du pied dans la porte : annoncer beaucoup pour se réserver une marge de manœuvre ensuite, en fonction de la contestation. C’est bien pourquoi les modalités précises de la réforme semblent pouvoir se discuter, histoire de laisser de la marge pour orienter la contestation à venir sur tel ou tel aspect technique, mais toujours avec pour objectif une dégradation des pensions et le recul de l’âge de départ. Déjà en 2010, c’est sur ce type de négociations accessoires que les directions syndicales avaient enterré une mobilisation de millions de travailleurs et laissé passer le recul de 60 à 62 ans.

Préparer tous ensemble la riposte

La pension moyenne aujourd’hui est de 1 400 euros net : à peine plus du smic. 600 000 personnes retraitées ne touchent que le minimum vieillesse (908 euros, en dessous du seuil de pauvreté qui est de 918 euros pour une personne seule) et une personne sur deux qui y aurait droit ne le demande simplement pas. Le niveau de vie des retraités est à l’image de celui des salariés actifs : il baisse en même temps que la minorité d’actionnaires accumule ses richesses. C’est bien pourquoi toutes les échéances de mobilisation à venir, notamment sur les salaires ou la réforme de l’assurance chômage seront des points d’appui pour combattre aussi l’attaque sur les pensions.

4 novembre 2022, Gaspard Janine


[1Selon l’Insee, les ouvriers vivent en moyenne 6 ans de moins que les cadres pour les hommes, et 3 ans de moins pour les femmes.

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