Petites révélations et gros linge sale
13 décembre 2010 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Voilà quinze jours que le site internet WikiLeaks révèle des notes confidentielles de la diplomatie américaine. Outre quelques gentillesses sur différents chefs d’Etat, on y trouve les vraies préoccupations des ambassades : guerres, alliances, affaires de corruption, etc.
Piqués au vif, les gouvernants des grandes puissances impérialistes se sont déchaînés contre les animateurs du site internet, sans pour autant pouvoir les accuser de mentir. Eric Besson propose – réflexe conditionné – d’expulser WikiLeaks de son hébergeur français. Quant au porte-parole du gouvernement français, François Baroin, il nous explique qu’« une société transparente, c’est une société totalitaire ». Le Parti socialiste n’est d’ailleurs pas en reste puisque Hubert Védrine, ex ministre des affaires étrangères, a exprimé une idée similaire. Bref, ils le revendiquent : leur société, qu’ils prétendent démocratique, fonctionne par le mensonge et la dissimulation !
Les sales secrets d’Etat font partie du fonctionnement général du système. Les révélations récentes ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. On a appris dernièrement que Sarkozy avait très tôt envisagé d’intervenir en Irak aux côtés des Etats-Unis. Que l’armée française soit présente en Afghanistan, ce n’est pas un scoop. Mais on ne sait toujours pas ce qu’elle y fait exactement, hormis se faire haïr, comme les autres occupants, par tout un peuple. Les grandes puissances ont besoin de ces secrets pour défendre les intérêts des pilleurs de la planète. Soyons sûrs que les ambassades cachent encore bien pire que ce qui est révélé sur WikiLeaks.
Il y a près d’un siècle, les pays impérialistes ont d’ailleurs eu affaire à un adversaire bien plus sérieux que le site internet : les travailleurs de Russie qui, après avoir fait la révolution et pris le pouvoir, avaient rendu public l’ensemble des traités secrets scélérats signés par le gouvernement de leur propre pays.
Nos chefs d’Etat partent donc en guerre contre la transparence. Ils ont effectivement trop à cacher !
L’opacité des Etats n’est que le reflet de l’opacité des grandes entreprises, garantie par le secret industriel et commercial. A commencer par les banques, renflouées à coups de centaines de milliards d’euros ou de dollars, qui continuent à faire la pluie et le beau temps sans contrôle de la population.
Comment en finir avec la dictature des banques ?
En les contrôlant par ceux et celles qui sont les mieux placés pour cela : les travailleurs du secteur bancaire qui font tourner chaque rouage de cette machine et qui, dûment organisés, seraient en mesure de révéler tous les comptes au reste du monde du travail.
C’est vrai pour les banques, et c’est vrai pour toutes les entreprises. De manière générale, ce sont les travailleurs qui font tourner l’économie, et chaque travailleur détient une partie de l’information sur le fonctionnement de l’entreprise.
Ensemble, nous sommes en situation de contrôler la production, bien plus que les patrons dont le « travail » consiste avant tout à s’assurer de la bonne santé de leurs profits. Les actionnaires ne sont en rien utiles socialement. La dictature des patrons dans les entreprises n’est pas une nécessité de l’organisation du travail, elle peut être remplacée par l’organisation des travailleurs pour contrôler l’organisation du travail.
Dans cette société, la « transparence » s’arrête aux portes des entreprises et de l’Etat. Décidément, ces bourgeois sont des gens bien louches, ayant toujours quelque chose à nous cacher, toujours un coup fourré d’avance. Il faudra bien les contraindre à jouer cartes sur table.

