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Archives > Convergences révolutionnaires > Numéro 93, avril-mai 2014

Livres

Mis en ligne le 22 avril 2014 Convergences Culture

Polars et thrillers



Les deux premiers polars d’une trilogie

de Petros Markaris


  • Liquidations à la grecque

Le Point policier, 7 €.

Mort aux banquiers ! À Athènes, alors que le pays s’enfonce dans la crise, un mystérieux tueur en série décapite des membres de l’élite financière et diffuse dans la ville des tracts appelant les Grecs à ne plus payer leur dette aux banques. Très vite, la population le prend en sympathie et le surnomme le « Robin des banques ». Le commissaire Charitos nous plonge dans les sempiternels embouteillages des rues d’Athènes, accentués par les nombreuses manifestations contre les mesures d’austérité. On découvre le quotidien de petits commerçants ruinés par la crise et parfois acculés à se défenestrer. On visite les quartiers d’immigrés. Mais on côtoie aussi les milieux financiers jusqu’à percer les mécanismes économiques qui plongent le pays dans la misère !


  • Le justicier d’Athènes

Seuil policiers, 29 € – paraît en poche en septembre 2014.

Mort aux fraudeurs fiscaux ! Athènes 2011. Depuis la dernière enquête du commissaire Charitos, la crise s’est approfondie. Les pauvres sont partagés entre révolte et désespoir. Les suicides se multiplient. Les jeunes sont contraints à s’exiler. Côté enquête, peu de chose à se mettre sous la dent pour le commissaire jusqu’à ce qu’un nouveau tueur en série se manifeste. Cette fois, ce sont les riches fraudeurs fiscaux (médecins profitant de la mauvaise gestion du système de santé, entrepreneur immobilier, politicien proche du pouvoir…) qui sont menacés de mort par un mystérieux « percepteur » anonyme. Cette fresque sociale et politique est encore plus cinglante dans ce deuxième volet de la trilogie de Markaris consacrée à la crise grecque. En attendant le troisième volume…

Arthur KLEIN



Une vérité si délicate

de John le Carré

Éditions du Seuil, 336 pages, 22 €. En poche en septembre 2014.

Wildlife, c’est le nom de code de l’opération de contre-terrorisme visant à kidnapper un important acheteur d’armes djihadiste. Des réticences de la part de certains agents, en l’absence de preuves sur la présence effective du chef djihadiste. L’opération tourne au fiasco et fait deux innocentes victimes, une jeune musulmane et sa petite fille…

Ancien espion depuis longtemps « rangé des voitures », John le Carré en profite pour régler ses comptes avec Tony Blair, ex-chef du parti travailliste, trois fois Premier ministre (1997-2007), chantre du grand capital, chaud partisan de la guerre en Irak qu’il justifie à coup de mensonges et de tirades moralisatrices. Il s’indigne aussi de voir un Foreign Office aux mains de bureaucrates corrompus qui s’enrichissent en sous-traitant les opérations de renseignement à des agences privées. Avec ce 23e roman, l’auteur nous livre un grand cru.

Charles BOSCO



Les années rouge et noir

de Gérard Delteil

Éd. du Seuil, 500 pages, 21 €.

Des « années rouge et noir » en France, de 1942 à l’épilogue en 1982. Une saga captivante de trois décennies autour du parcours de deux « antihéros » ambigus à souhait, et bien d’autres personnages, nettement moins sympathiques, inspirés de protagonistes bien réels de l’histoire française d’après guerre.

Le plus attachant est le jeune ouvrier, zazou sous l’occupation, qui entre chez Renault en novembre 1945. Vient avril 1947, à la prise de poste : « C’est pas la peine de te changer, viens ». Puis « Un petit homme trapu en blouson de cuir » obtient le silence : « ‘Écoutez-moi, camarades ! Au secteur Collas, nous avons débrayé à plus de mille. Nous avons élu un comité de grève…’  ». La grève de Renault 47 a commencé, évoquée en quelques pages. Lui-même s’efforcera de quitter sa condition ouvrière dès que possible.

L’autre est une jeune bourgeoise ayant milité à l’Action française, qui rallie les réseaux gaullistes sous l’occupation, puis fait carrière dans différents ministères après guerre, tout en assistant malgré elle au recyclage des politiciens collaborationnistes.

De multiples éclairages sur les magouilles de l’appareil d’État, les milices patronales et d’extrême droite faisant le coup de poing contre les syndicalistes des usines Citroën et Simca, mais aussi sur bien d’autres milieux, intellectuels et artistiques. Une belle fresque sur ces prétendues « trente glorieuses » décidément bien noires.

Huguette CHEVIREAU

Essais et témoignages



La Chine en dix mots

de Yu Hua

Babel collection de poche, 309 pages, 8,27 €.

Ce livre, paru en France en 2010, évoque de façon très vivante l’essentiel des événements de ces cinquante dernières années en Chine, y compris sur les dernières évolutions du prétendu miracle économique. La Chine en dix mots est un essai que Yu Hua, dans un avant-propos, voit comme « une extension de ‘Brothers’ », son grand roman. Les « dix mots » sont dix chapitres différents traitant, d’un point de vue très autobiographique l’évolution de ce pays continent ces dernières décennies. « Seul un occidental qui aurait pu vivre 400 ans, aurait pu vivre deux époques aussi dissemblables, quand il n’aura fallu aux Chinois que quarante ans pour les connaître toutes les deux », écrit-il. Un livre aussi éclairant que captivant.

Louis GUILBERT



En Amazonie. Infiltré dans le « meilleur des mondes »

de Jean-Baptiste Malet

Editions Fayard, 164 pages, 15 €.

Il s’agit du témoignage d’un jeune journaliste qui s’est fait embaucher comme intérimaire chez Amazon, pendant le pic d’activité de Noël 2012. Il intègre l’équipe de nuit dans l’immense entrepôt de Montélimar (36 000 m2 de stocks), où il collecte comme picker les produits culturels qu’il remet aux packers, chargés de préparer les colis. Travail épuisant, pression de la hiérarchie, flicage des cadres, fouilles imposées en fin de poste. Sous le slogan Have fun ! et le tutoiement généralisé, un véritable régime totalitaire. Enfin, Jean-Baptiste Malet dénonce la complaisance des Montebourg et compagnie envers Amazon, arrosé de subventions et d’avantage fiscaux sous prétexte de « créer des emplois »... alors que le groupe détruit davantage d’emplois qu’il n’en crée : un salarié d’Amazon permet de vendre autant de livres que 18 petits libraires…

Mehdi KAMAN


Deux BD



Dora, et Dora, l‘année suivante à Bobigny

de Ignacio Minaverry

Traduction Chloé Marquaire, éditions L‘Agrume, 18 € par tome.


Ignacio Minaverry est un jeune auteur argentin de bandes dessinées. Son héroïne, Dora Bardavid, a hérité son prénom du camp de concentration où son père est mort, « Afin que tu n‘oublies jamais d‘où tu viens », lui dit sa mère. Le premier tome voit Dora en Allemagne de l’ouest s‘engager dans la traque d‘un criminel de guerre nazi. Dans le deuxième tome, elle retrouve ses amis de Bobigny, une joyeuse bande évoluant entre le Parti communiste, les HLM et le bidonville algérien. C‘est l‘année 1961, puis 1962, avec la guerre d‘Algérie pour toile de fond…Elle se fait embaucher par une association qui collecte les témoignages sur les exactions commises par les nazis.

La documentation historique rigoureuse ne s‘impose jamais au détriment de l‘histoire. Le noir s‘oppose au blanc, égayé ça et là, jamais au hasard, de touches de couleurs. La finesse du coup de crayon de Minaverry n‘en ressort que davantage. Les femmes se taillent la part belle dans le scénario et les dialogues, un choix délibéré de l‘auteur en réaction à leur absence dans la BD argentine [1]. L‘auteur travaille actuellement sur des projets ayant pour cadre la dictature qui a sévi dans son pays dans les années 1970–1980.

Mathieu PARANT


[1Voir « Minaverry : ʻ L’ombre de la guerre plane sur cette BD ’ », entretien réalisé par Marie-José Sirach pour L’Humanité, 9 septembre 2013.

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