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Archives > Convergences révolutionnaires > Numéro 93, avril-mai 2014 > Hôpitaux : les salariés sur le qui-vive

Hôpitaux : les salariés sur le qui-vive

Hôpital psychiatrique de Caen : Briser l’isolement par la coordination des luttes

Mis en ligne le 22 avril 2014 Convergences Entreprises

L’hôpital psychiatrique – appelé désormais EPSM pour Établissement Public de Santé Mentale – de Caen a été le théâtre l’an dernier de deux grèves victorieuses contre un programme d’économies budgétaires qui aurait abouti à supprimer 5 jours de RTT pour chaque employé et 20 postes dans les divers services.

Des allures de village gaulois

Contrairement à la plupart des hôpitaux aujourd’hui, l’EPSM a gardé parmi ses 1 200 salariés une blanchisserie, un laboratoire, une cuisine ou encore un garage, dont les membres dépendent du même patron que le personnel soignant. Son déficit, dont l’origine est à chercher comme dans les autres hôpitaux du côté des baisses de dotation de l’Agence Régionale de Santé (ARS), est cependant bien moindre qu’ailleurs : à peine 4 % du budget total. Aussi, lorsque le nouveau directeur, un vieux renard aux dents longues, a présenté en mai dernier son plan d’attaque, il a rapidement suscité la colère dans les services. Il se faisait fort de rétablir l’équilibre des comptes, disait-il. Et il mentionnait comme des faits d’armes les plans d’économie qu’il avait menés dans ses postes précédents.

Avant son arrivée, l’équipe de militants syndicaux combatifs pouvait mobiliser en un laps de temps très court plusieurs dizaines de collègues pour aller ensemble taper du poing sur la table dans les bureaux de la direction. Il est rapidement apparu que cela ne suffirait pas, et que le patron avait anticipé ce type de mobilisation.

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que la masse des salariés s’engagerait dans la bagarre. Une première fois en juin, plusieurs centaines de personnes se sont mises en grève. Après sept jours de mouvement, la direction enterrait son projet. Le vieux renard n’avait cependant pas dit son dernier mot. À l’automne, les représentants de l’ARS, autrement dit l’État, mettaient en scène, lors de discussions tripartites avec les délégués syndicaux et la direction, leur refus de combler le déficit. C’était une invitation au directeur pour resservir son plan, à peine retouché. Ce qu’il a fait en décembre.

Il n’est pas fatigué ? Nous non plus !

On aurait pu craindre que cette obstination ne décourage les salariés. Mais l’euphorie qui avait suivi la victoire de juin n’était pas complètement retombée. Les grévistes se sont trouvés d’emblée nombreux comme au plus fort de la grève. Et avec l’envie de frapper fort, tout de suite. Le mardi 17 décembre, ils ont non seulement empêché les participants à une réunion obligatoire pour la validation du plan d’économie d’entrer dans la salle prévue, mais encore ils ont suivi le directeur pour éviter qu’il ne la tienne sur un coin de table ailleurs dans l’hôpital. Et ce, jusque dans son bureau, d’où il a fini par partir.

Le jeudi suivant, il jouait son va-tout en appelant dans la soirée la police pour forcer le piquet et faire entrer trois ambulances. Le moral des grévistes en a été galvanisé. Ils se sont relayés toute la nuit sur un piquet renforcé. Et, le lendemain matin, les médecins, comme en juin, se désolidarisaient du directeur par une déclaration commune. C’était le signe de la victoire, acquise dans la journée, au quatrième jour de grève, soit deux fois plus vite qu’en juin !

Au troisième round, on le met KO ?

Si les grèves de juin et décembre ont clairement marqué l’avantage des grévistes au sein de l’hôpital psychiatrique, à l’extérieur l’ARS se refuse toujours à sortir son carnet de chèque. Tant qu’ils ne l’auront pas fait payer, les salariés ne seront pas tranquilles. D’ailleurs, le directeur a convoqué il y a peu une nouvelle batterie de réunions qui annoncent une troisième mouture du plan encore plus violente, avec 50 suppressions de poste. Pour gagner, il faut donc s’adresser à d’autres, et engager le combat commun contre l’État financeur. On peut regretter que cela n’ait pas été tenté plus tôt. Mais le cap est maintenant pris, et bien pris.

Unifier les hôpitaux en lutte... et ceux qui y pensent

Vendredi 4 avril, une assemblée générale se tenait à Caen. À l’appel de l’intersyndicale CGT-Sud de l’EPSM, des délégués représentant près de 40 établissements ont raconté les attaques qu’ils avaient déjà subies ou qu’ils subissaient, et surtout débattu à propos de la nécessité de se battre ensemble. C’est un succès d’autant plus remarquable que la Fédération CGT Santé-social n’a pas relayé l’appel et s’est même payé de luxe de venir à l’AG pour intervenir contre l’initiative. La Fédération Sud, quant à elle, a adopté une attitude plus favorable. Mais le syndicat Sud Santé sociaux AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) a tout de même bloqué l’envoi de délégués parisiens, limitant arbitrairement leur nombre à 2 pour tout l’AP-HP, comme si les attaques ne s’étaient pas multipliées ces dernières années à l’Hôtel-Dieu, à Tenon ou bien la Salpêtrière, pour n’en citer que quelques uns [1] !

Les participants ont voulu se donner du temps pour rassembler plus largement encore. Une nouvelle assemblée inter-hôpitaux est prévue le 22 mai prochain à l’Hôtel-Dieu à Paris. À son ordre du jour figurera l’organisation d’une mobilisation courant septembre. Il est à souhaiter que le plus grand nombre de salariés des hôpitaux se joignent aux délégués pionniers, renforce cette coordination en gestation... et pourquoi pas son agenda !

10 avril 2014, Mathieu PARANT


En juin, première grève

Dans les assemblées générales, toutes les catégories de salariés se côtoyaient. En dépit des réquisitions, elles dépassaient les 300 participants. On y sentait la détermination des uns et des autres. Les grévistes ont décidé faire monter graduellement la pression sur le directeur. Son bureau aux fenêtres entièrement repeintes à coup d’œufs, était encombré de sacs de linge sale. Bientôt, il ne lui a plus été possible de se déplacer dans l’EPSM sans une « escorte » d’au moins une trentaine de grévistes – escorte bruyante, on s’en doute. Lorsqu’il venait manger à la cantine, les salariés attablés se mettaient à taper sur les tables avec leurs couverts et le mettaient en fuite. C’est alors que les grévistes ont mis en place un piquet pour empêcher les admissions, du jamais vu de mémoire d’ancien. Il a été tenu jour et nuit par jamais moins de 30 grévistes.

Dans les semaines qui ont suivi, l’atmosphère avait changé à l’hôpital. Des collègues d’habitude taciturnes arrivaient au boulot avec le sourire. Dans les couloirs, les discussions n’en finissaient pas. Et, surtout, des gens de métiers différents qui se croisaient sans jamais vraiment se rencontrer ont appris à se connaître.

M. P.


La coordination, un besoin exprimé par les salariés eux-mêmes

La lutte de l’EPSM de Caen n’est pas passée inaperçue dans le monde hospitalier. Ce n’est pas si fréquent que des salariés repoussent les attaques de leur direction.

Du côté patronal, ça fait longtemps qu’on se refile des tuyaux pour s’en prendre aux travailleurs. À l’hôpital de Bayeux, à 30 kilomètres de là, la direction a fait gober à l’automne la suppression des 5 jours de RTT aux 800 salariés, prétendant que cela éviterait de toucher aux emplois... et en février, elle supprimait 18 postes ! Un plan qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du directeur de l’hôpital psychiatrique de Caen.

Après les deux grèves, la permanence syndicale a commencé à recevoir des coups de fil de militants hospitaliers d’un peu partout en France, confrontés aux mêmes sales coups, et avides de savoir comment ceux de l’EPSM avaient fait. C’est à la fois pour répondre à ces sollicitations, et pour trouver de l’aide pour combattre l’ARS et le ministère de la Santé que l’intersyndicale de l’EPSM a appelé à l’assemblée du 4 avril.

M. P.


[1ERRATUM : Comme nous l’a signalé un lecteur, dans notre édition papier et à la parution de ce numéro de notre revue, nous avions écrit à tort : « La Fédération Sud, quant à elle, a adopté une attitude plus favorable… mais a tout de même bloqué l’envoi de délégués parisiens, limitant arbitrairement leur nombre à deux pour tout l’AP-HP…. ». Vérification faite, c’est non pas la Fédération Sud Santé, mais le syndicat Sud AP-HP qui a pris cette décision en signifiant par un mail sur les listes du syndicat que seulement deux personnes pourraient se rendre à Caen. Nous prions nos lecteurs de nous excuser de cette erreur. La rédaction de CR.

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