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DOSSIER : Les riches : comment, toujours plus riches, ils raflent toute la mise

Les misères de la fortune

Mis en ligne le 23 mars 2007 Convergences Société

La plupart d’entre nous se figurent que l’argent allège l’existence. Il n’en est rien. Les riches vivent un calvaire. Gérer une fortune de plusieurs centaines de milliers d’euros est infiniment plus complexe que de diviser son SMIC pour se nourrir, se loger, se vêtir et se déplacer. Liliane Bettencourt pour la seule année 2005 a perçu, selon les calculs, entre 15 200 et 17 500 ans de SMIC en dividendes. Imaginez un instant vos problèmes de budget multiplié d’autant !

Pour gérer son bien, on se donne du mal…

Un gestionnaire de fortunes confie [1] que lorsqu’il dut établir la fortune d’un de ses clients, il parvint au bout de quelques mois à 40 millions d’euros. Deux ans plus tard, après avoir fait un ample tour des biens de ses clients, il se rendit compte que la fortune de ces derniers s’élevait à 150 millions. Une inadvertance et voilà 110 millions d’euros passés à la trappe. Pour éviter de telles étourderies, le riche doit démarcher gestionnaires de fortune, fiscalistes, notaires et autres spécialistes dans le seul but de l’aider à gérer son budget, car il ne reçoit nul soutien de l’État. Autant nous recevons notre feuille d’impôt préremplie, autant le riche doit tout faire seul. Et comment ne pas oublier un compte en Suisse quand on a des dizaines de comptes bancaires ? Une propriété, quand on possède des milliers de mètres carrés ? Au moindre dérapage, on se voit taxé de malhonnêteté et de tentative de fraude… à croire que l’État pousse le riche au crime !

Heureusement, depuis 1995 sont apparues les « family offices », des agences qui aident les riches à gérer leur patrimoine et divers aspects de leur vie familiale (achat de tableaux de maîtres, réservation de jets pour les déplacements de sa famille, conseils d’œnologues…). Mais certaines méchantes banques qui proposent de tels services refusent les clients disposant de moins de 15 millions d’euros. Du coup, voilà nos bourgeois à la tête de 13 ou 14 millions d’euros victimes de discrimination.

Vive la philanthropie stratégique !

Pourquoi un tel acharnement contre les riches alors qu’ils ne demandent qu’à bien faire ? La fondation Rockefeller a heureusement mis sur pied des « stages de générosité pratique ». Julie Toskan-Casale, qui fut à la tête de MAC Cosmetics, se confie : « Nous ne savions pas comment avoir une réelle stratégie, ni comment faire pour que nos dons aient plus d’impact » (Avouez égoïstes lecteurs que lorsque vous donnez une pièce, vous vous posez moins de problèmes). Le directeur de stage, Salvatore LaSpada, l’a compris. « Nous leur apprenons à créer des changements sociaux grâce à des sommes relativement faibles mais très ciblées et profitant à beaucoup de monde, c’est la philanthropie stratégique ».

Vingt candidats postulent par an, mais dix ou quatorze sont retenus. Coût du stage : 15 000 dollars d’inscription, 15 000 dollars de frais d’hébergement et de voyages « quand les participants ne se déplacent pas en jet privé » et encore 15 000 dollars de dons. Donner, ça n’a pas de prix ! La fondation réunit parfois des pauvres par centaines pour recevoir les dons. Ainsi peut-on assister à de touchantes scènes où des « stagiaires » se mettent en quatre pour offrir… des pousses d’ananas à des paysans africains, en guise de solidarité.

Le riche reste néanmoins complexé. Ilse Bosch, l’héritière du grand groupe industriel, s’est sentie mal lors de son voyage en Afrique du Sud : « Nous passions nos nuits dans des hôtels chics et certaines de nos journées dans des townships. L’énorme disparité de richesse m’a choqué ». [2] Comme c’est touchant !

Quand on aime

Mais le riche ne se soucie pas que du vaste monde. Il balaie devant sa porte. Il sait que l’argent peut avilir le cœur du meilleur homme, alors il anticipe. À la suite des Gates, Warren Buffet, deuxième fortune mondiale et principal actionnaire du holding Berkshire Hathaway, vient d’offrir 37 milliards d’euros à la fondation Gates car tel Andrew Carnegie, il estime que l’homme fortuné doit « donner à ses enfants le nécessaire pour qu’ils puissent faire ce qu’ils souhaitent, mais pas assez pour rester oisifs ». Susan, Howard et Peter devront donc se contenter du modique héritage de 400 millions de dollars… à diviser par trois ! Si Warren a des principes éducatifs aussi fermes, il n’est néanmoins pas méchant homme, il aura au préalable placé ses enfants à la tête d’entreprises.

Ces modestes exemples auront, nous l’espérons, aidé à adoucir le cœur de nos lecteurs à l’égard des riches et susciter de l’empathie pour leurs soucis. Mais les riches n’ont que faire de notre amitié si nous ne la mettons pas en pratique. Alors oui, imposons l’ISF (Impôt de Solidarité avec les Fortunés) pour leur montrer combien nous compatissons !

Clara SOLDINI


[1Grandes fortunes, dynasties familiales et formes de richesse en France, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, 2006, Payot

[2Informations provenant de l’article « La philanthropie ça s’apprend ! », magazine Challenges, n° 7 au 20 juillet 2005

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