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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 50, mars-avril 2007

Contre les bas salaires : 300 € pour tous et Smic à 1 500 € net tout de suite !

Mis en ligne le 23 mars 2007 Convergences Politique

300 € de plus chaque mois et un Smic à 1 500 € net tout de suite, nombreux sont les travailleurs qui savent ce que cela représenterait comme galères en moins. Des luttes petites ou plus tenaces (comme à Citroën Aulnay) ont lieu ces dernières années pour les salaires. Selon les statistiques du Ministère de l’Emploi [1], sur plus d’un site sur sept (de plus de 20 salariés), les travailleurs se sont battus collectivement pour un meilleur salaire entre 2002 et 2004, soit 1,7 fois plus qu’entre 1996 et 1998.

Les profits se portent bien

Puisque c’est la mode de chiffrer le coût des programmes des candidats, faisons le calcul des 300 € pour tous. Pour les 6 millions de salariés du public, cela coûterait 22 milliards d’euros par an, c’est-à-dire le tiers des 65 milliards que l’État a versé en subventions aux entreprises en 2005. Pour les 16 millions de salariés du privé, cela ferait 58 milliards d’euros annuels, soit un huitième des 470 milliards de profit réalisés, selon l’Insee [2], par l’ensemble des entreprises en France en 2005. Le problème des bas salaires n’est donc pas économique, mais politique.

Devrait-on plaindre les patrons du CAC 40, qui auraient donné l’exemple avec des revenus en baisse de 14 % en 2005, car ils auraient touché moins de ces stocks-options qui ont fait scandale ? Leur revenu patronal ne serait plus « que » de 300 Smics en moyenne [3] ! Mais rassurons-nous : ils se rattrapent sur les dividendes qu’ils se versent en tant qu’actionnaires et qui atteignent le nouveau record de 32 milliards pour 2006.

Faux « coups de pouce » au Smic

Quant au Smic, il aurait augmenté, selon le gouvernement, de 29 % entre 1999 et 2005 ! Vraiment ? La loi des 35 heures a organisé un véritable gel des salaires, y compris du Smic. Pire même, lors du passage aux 35 heures en 1998, le Smic horaire restant fixe, le Smic mensuel a perdu 11,4 % de sa valeur. Certes, comme il était difficile pour la gauche de faire accepter une telle baisse sur les fiches de paie, elle a inventé les Garanties mensuelles de rémunération (GMR), assurant aux salariés le maintien de leur salaire mensuel au moment de leur passage aux 35 heures. Entre 1998 et 2002, ces GMR étaient donc égales au Smic mensuel 39 heures de l’année de passage (comme le Smic horaire augmentait chaque année, bien que faiblement, 5 GMR différentes ont été créées). Mais déjà, ces garanties de ressources ne s’appliquaient qu’aux anciens embauchés : les nouveaux étaient rémunérés sur la base des 35 heures payées au Smic horaire, donc un Smic mensuel de base plus bas que l’ancien Smic.

À partir de 2002, c’est ce Smic le plus bas que la droite a fait grimper un peu pour rattraper le montant mensuel des GMR (dont elle égalisait aussi progressivement les taux). Les « coups de pouce » successifs au Smic horaire, dont elle s’est vantée alors, n’étaient qu’un lent rattrapage de la baisse brutale du salaire minimum due aux 35 heures. Si bien qu’au moment du réalignement du Smic de base pour 35 heures et des diverses GMR, en 2005, le nouveau Smic mensuel (pour 35 heures) n’avait progressé que de 16 % par rapport au Smic mensuel de 1999 (pour 39 heures à l’époque), soit à peine plus que l’inflation officielle de 13 % sur ces 6 ans.

Bas salaires généralisés

Le nombre de smicards ne cesse d’augmenter (17 % des travailleurs du privé en 2005). Pas étonnant quand on sait que plus le salaire est bas, plus le dégrèvement de charges patronales est élevé. Car sous prétexte de compenser l’augmentation du Smic horaire, les charges patronales sont passées à 19 % sur un salaire au Smic, contre 45 % au-delà de 1,6 Smic. Une sérieuse incitation à n’embaucher qu’aux salaires les plus bas.

Cela se ressent sur les salaires de l’ensemble des travailleurs. Selon les chiffres officiels [4], le salaire net moyen en euros constants (c’est-à-dire en déduisant l’inflation) des employés et « professions intermédiaires » (professeurs, infirmiers, techniciens…) a diminué de 1,2 % entre 1998 et 2004. Pour les ouvriers, il aurait augmenté de 3,7 % en moyenne. Mais la réalité est plutôt que les fermetures d’usines et autres plans sociaux ont touché plus largement les moins qualifiés. Ainsi, bien des ouvriers aux plus bas salaires, ne sont plus pris en compte dans le calcul des moyennes salariales, étant passés dans la case chômeurs.

Quant aux fonctionnaires, leur situation n’est guère meilleure. Pour les agents de l’État, selon l’Insee, le salaire net moyen en euros constants a augmenté de 1,8 % entre 1998 et 2004. Mais c’est qu’avec la baisse du recrutement, l’ancienneté globale a augmenté. À catégorie et ancienneté constantes, ce même salaire a baissé de 0,5 % sur la période, ce qui veut dire que les nouveaux embauchés et ceux qui n’ont pas pris d’échelon ont un pouvoir d’achat réduit.

Et ces chiffres ne tiennent compte que des salariés à temps complet, alors qu’il existe 3 millions de précaires (intérimaires, CDD, apprentis, stagiaires ou contrats aidés). Pour les stages et contrats d’apprentissage, le salaire est en dessous du Smic. Pour les intérimaires et CDD, il faut compter avec les périodes sans contrat et donc sans salaire. Et il y a aussi les 4,3 millions de travailleurs à temps partiel, dont au moins 1,3 million à qui c’est imposé [5], avec un salaire réduit d’autant. Lorsque l’Insee intègre ces précaires dans le calcul du « revenu salarial net moyen », on s’aperçoit que celui-ci n’est que de 900 € pour les employés et 1 000 € pour les ouvriers. Et sous la moyenne, il y a nombre de travailleurs pauvres : 1,3 million selon le ministère de l’Emploi  [6] , avec un revenu de moins de 654 € pour une personne seule.

Maurice SPIRZ


Indice des prix en trompe-l’œil

Quand on parle de pouvoir d’achat, il n’y a pas que le salaire qui compte, mais aussi les prix. Or, justement, l’indice des prix officiel est en décalage avec ce que les travailleurs vivent au quotidien. D’abord parce qu’il s’agit d’un indice moyen, alors que les produits qui prennent une grande part dans le budget des plus pauvres sont ceux dont le prix augmente le plus vite (loyer, alimentation, essence…) et que les biens dont le prix a tendance à baisser (informatique, électronique…) sont surtout destinés aux plus riches. L’inflation est donc plus forte pour les familles ouvrières que pour les cadres et les patrons. Elle a aussi des conséquences plus lourdes, car les plus pauvres ne peuvent pas jouer sur une épargne qu’ils n’ont pas pour maintenir leur niveau de vie.

Même si l’Insee a créé, sur Internet, un simulateur personnalisé d’indice des prix, c’est toujours le même indice moyen qui sera pris en compte pour revaloriser les minima sociaux et pour calculer la variation de pouvoir d’achat. Indice moyen qui minimise certaines dépenses, au premier titre les loyers qui ne valent que 6 % des dépenses, alors que le tiers ou la moitié du salaire y passe. Quant à l’alimentation, son prix aurait augmenté de 1,7 % en moyenne en 2006. Le prix des produits agricoles a pourtant augmenté de 11,5 % en un an, allant jusqu’à 40,5 % d’augmentation pour les pommes de terre et 30 % pour les pommes [7].

Autre élément qui contribue à sous-estimer l’indice des prix : l’effet qualité. Le prix d’un produit peut rester le même, mais si la qualité augmente, l’Insee dira que le prix baisse, car on aurait quelque chose de mieux. Ainsi, le prix des ordinateurs aurait baissé de 80 % depuis 1998 alors que les étiquettes marquent toujours le même prix en magasin. Une baisse qui relève du virtuel !

Et quel que soit l’indice des prix, n’est pas prise en compte l’apparition de nouveaux biens qui deviennent socialement indispensables, comme Internet ou le téléphone portable, et qui pèsent aussi sur le budget. D’une certaine manière, cela accroît le bien-être, mais cela fait aussi ressentir plus fortement les inégalités, quand il faut se serrer la ceinture pour être aux normes sociales.

M. S.


[1Des conflits du travail plus nombreux et plus diversifiés, Premières Informations et Premières Synthèses, Dares, février 2007.

[2Excédent brut d’exploitation calculé à partir du partage de la valeur ajoutée brute, Tableaux de l’Économie Française, Insee, 2006.

[3Le Monde du 14 décembre 2006.

[4Les chiffres de ce paragraphe son issus ou calculés à partir de Les salaires en France, Insee, 2006.

[5France, Portrait social, Insee, 2006.

[6Situation sur le marché du travail et pauvreté monétaire, Drees, 2006.

[7La pomme, produit de luxe ?, L’Humanité, 3 janvier 2007.

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