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DOSSIER : Les riches : comment, toujours plus riches, ils raflent toute la mise

C’est quoi un riche ?

Mis en ligne le 23 mars 2007 Convergences Société

Récemment François Hollande donnait l’impression d’avoir la réponse, en proposant de réaugmenter les impôts de ceux qui gagnent plus de 4 000 euros nets par mois. Du coup des gens se sont découverts sinon riches du moins « aisés » à l’insu de leur plein gré. C’est que le conducteur de TGV en fin de carrière (3 000 euros nets), qui voit le tiers de son revenu partir en loyer s’il habite à Paris avec sa famille ne se voyait pas si proche de la richesse, l’ignorant !

Le chiffre de Hollande n’avait pas été pioché au hasard : aujourd’hui, en France, la barre des 4 000 euros de revenu disponible (c’est-à-dire après impôts payés et prestations sociales reçues) n’est franchie que par 10 % des couples sans enfants et 20 % des couples avec deux enfants. Voilà qui n’indique certainement pas le seuil de la richesse… mais plutôt le bas niveau des salaires !

Plus sérieusement, la plupart des gens verraient plutôt Zidane ou Johnny Halliday comme exemple même du riche. On est là devant des sommes autrement plus rondelettes (tableau 1).

Tableau 1 : revenus de quelques sportifs et stars du cinéma en 2005(salaires et primes + évaluation des revenus annexes comme l’argent des sponsors et des publicitaires, sans les revenus éventuels de leur patrimoine). Source : Capital octobre 2006.

Revenu annuel en millions d’euros En années de Smic
Thierry Henry 14 1 183
Tony Parker 11 930
Patrick Viera 7 592
Lilian Thuram 4,7 397
Gérard Depardieu 4,3 363
Thierry Lhermitte 3 254
Frank Dubosc 1 85

Combien de zéros ?

Mais à un tel niveau ils sont plutôt rares dans leur catégorie… Par leurs revenus, ils rejoignent les patrons des grandes entreprises (tableau 2).

Tableau 2 : revenus de quelques PDG français en 2005(salaires + avantages en nature déclarés + plus-values réalisées des stock-options, sans compter les éventuels revenus de leur patrimoine). Même source.

Pdg Entreprise Revenu annuel en millions d’euros En années de Smic
Daniel Bouton Société Générale 7,7 651
Lindsay Owen-Jones L’oréal 7,4 625
Bernard Charlès Dassault Systèmes 6,9 583
Guy Nafilyan Kaufman and Broad 6,7 566
Martin Bouygues Bouygues 6,1 516
Thierry Desmarets Total 5,9 499
Alain Dupont Colas 5,6 473
Carlos Ghosn Renault 5,2 439
Frank Riboud Danone 4,7 406
Jean-François Dehecq Sanofi-Aventis 4,6 389

Aujourd’hui, les patrons des entreprises du CAC 40 gagnent en moyenne 300 fois le Smic, ce qui les met au niveau des plus grandes stars du sport et du show-biz. Ce qui laisse songeur si l’on se rappelle que Henry Ford, qui fut au début du XXe siècle l’un des hommes les plus riches des États-Unis, estimait que les revenus d’un grand patron ne devaient pas dépasser 40 fois ceux de ses ouvriers pour rester socialement acceptables. De la part d’un homme qui n’hésitait guère à faire tirer sur ses ouvriers en grève…

Et pourtant ! Il ne faut pas confondre le PDG, aussi richement payé soit-il, avec les propriétaires de l’entreprise qu’il dirige (même si les deux statuts se confondent parfois dans la même personne, comme Michelin, Dassault, Arnault). Le revenu « d’activité » (salaire, stock-options et autres bonus) pèse peu par rapport aux revenus du capital d’un très grand possesseur de capitaux. Ce que montre par exemple ce tableau des dividendes (tableau 3).

Tableau 3 : dividendes perçus au titre de l’année 2005 par quelques grands capitalistes (même source).

Entreprise importante ou centrale dans sa fortune Total annuel en millions d’euros En années de Smic
Liliane Bettencourt L’Oréal 186 15 720
Famille Pinault PPR (Pinault-Printemps-la Redoute) 140 11 832
Bernard Arnault LVMH 134 11 325
Romain Zaleski Arcelor et Eramet 99,4 8 401
Famille Peugeot Groupe PSA 95 8 029
Famille Halley Carrefour 92 7 776
Serge Dassault Dassault Aviation 80 6 761
Jean-Claude Decaux Decaux 64 5 409
Martin et Olivier Bouygues Bouygues 56 4 733
Famille de Wendel Wendel Investissement 39 3 296

Les revenus du capital

Liliane Bettencourt, héritière de l’essentiel des actions de L’Oréal et qui était il y a peu la personne la plus riche de France avant d’être dépassée par Arnault et Pinault, a donc pu allègrement encaisser plus de 15 000 années de Smic en dividendes de ses actions en 2005. À comparer aux 625 Smic encaissés, en salaires et stock-options, par le manager qu’elle a portée à la tête de L’Oréal, Lindsay Owen-Jones, deuxième patron le mieux payé de France. Un tel tableau n’indique pourtant que les dividendes reçus et non, loin s’en faut, tous les revenus du patrimoine éventuellement perçus : les loyers, et surtout les plus-values réalisées par l’achat-vente d’actifs financiers, de titres de créances, d’immeubles etc. Revenus souvent peu connus, et qui peuvent être bien plus considérables que les simples dividendes.

Allons enfants du patrimoine…

C’est que nous en sommes au même point qu’à l’époque de Marx. La base fondamentale de la richesse, la vraie, la durable, celle qui se reproduit d’elle-même et donne le pouvoir social, c’est la propriété bourgeoise, le capital. Investi en actions il rapporte des dividendes, en prêts des intérêts, en immeubles des loyers. Sans oublier les plus-values réalisées par l’achat-vente des actifs, des titres de créance et de propriété, plus ou moins juteuses selon les occasions. Autant de revenus dits « du patrimoine » qui font la fortune des vrais riches, ceux qui sont au sommet de l’échelle des revenus.

Les sommets de la richesse sont là. Dans la concentration de la fortune professionnelle notamment, la propriété des entreprises. Le gouffre entre le monde du travail, cadres compris, et la bourgeoisie détentrice de capitaux n’est d’ailleurs pas près de se combler. La fortune allant à la fortune, on peut lire dans le dernier Portrait social de la France de l’Insee : « Alors que les revenus d’activité ralentissent, ceux du patrimoine restent dynamiques. » L’année dernière en France le total des salaires et traitements s’est établi à 660 milliards d’euros et a augmenté moins que l’inflation. Le total des revenus de la propriété s’est monté à 260 milliards d’euros et a augmenté bien plus vite que l’inflation. Or ces revenus du patrimoine sont très concentrés dans le haut de l’échelle sociale, puisque le centième le plus riche de la population française détient ainsi à lui seul la moitié du patrimoine financier total !

Peut-être un Zidane ou un Halliday réussiront-ils à fonder à leur tour de telles dynasties bourgeoises, solidement assises sur leur capital. Il faudrait pour cela qu’ils investissent à bon escient leurs revenus d’activité footballistique, chansonnière et de plus en plus publicitaire. Une culbute dans un autre monde qui n’est pas toujours évident (le joueur de tennis Björn Borg, en son temps le sportif le mieux payé du monde, vit paraît-il aujourd’hui dans la gêne...).

Alors, qui est riche ? La notion est floue et toute relative. Le statut de bourgeois, par contre, c’est du sûr et du solide. L’homme aux écus, qui peut vivre largement des revenus de son capital, et n’a pas besoin de travailler pour cela. Seulement de faire travailler les autres pour faire fructifier son magot. Et libre à lui de gérer lui-même ses affaires, en entrepreneur, ou de déléguer ces soucis à des commis, en rentier.

Bernard RUDELLI


L’héritière : Liliane Bettencourt

Elle fut longtemps la première fortune de France, avant d’être dépassée par Bernard Arnault, François Pinault et la famille Halley (actionnaires dominants de Carrefour). Son incroyable talent ? Celui d’être née. Elle est l’héritière d’Eugène Schueller, fondateur de L’Oréal, numéro un mondial des cosmétiques, qu’elle contrôle en détenant 27,5 % du capital. Qui a prospéré, puisque la valorisation boursière de L’Oréal a été multipliée par 20… en 20 ans ! Sa fortune professionnelle (tous actifs financiers confondus, mais sans compter l’immobilier) est estimée à 12,1 milliards d’euros (+ 460 millions en 2006) par le magazine Challenges.

L’ancien PDG de L’Oréal, Lindsay Owen-Jones, déclarait à ce même magazine : « Je ne pense pas vraiment que la richesse soit vraiment sa préoccupation numéro un. » Au mot richesse elle préférerait d’ailleurs celui de fortune qui lui semble contenir une part de chance…

En tout cas on connaît déjà le nom de celle qui lui succédera comme femme la plus riche de France : sa fille unique Françoise.


L’amateur d’art : Bernard Arnault

Avec 17,2 milliards d’euros de fortune professionnelle, Bernard est l’homme le plus riche de France. Il est le propriétaire de 48 % du premier groupe mondial du luxe LVMH, contrôle Christian Dior, Louis Vuitton, Moët et Chandon… Un patrimoine qui a été multiplié par 6,5 en dix ans. Tout un symbole : le Français le plus riche profite ainsi de la multiplication, inégalée dans l’histoire, de riches dans le monde entier.

Tout comme son vieux rival Pinault (groupe PPR, Fnac, La Redoute, Printemps… 6,3 milliards d’euros de fortune professionnelle), Bernard est avant tout un amateur de belles choses et s’est fait collectionneur d’œuvres d’art. Il songe lui aussi à fonder un musée d’art contemporain pour exposer quelques-unes de ses pièces. En attendant il collectionne des entreprises, puisqu’il vient d’acheter, en collaboration avec le fonds de pension américain Colony, 9,8 % des actions de Carrefour, jusque-là fief de la famille Halley, pour la somme de 3,8 milliards d’euros. La guerre entre les deux premières fortunes françaises vient peut-être de commencer pour le contrôle du numéro deux mondial de la grande distribution !

Arnault aime bien aussi Nicolas Sarkozy. Il fut l’un des deux témoins (avec Martin Bouygues) de son mariage avec Cecilia en 1996.


Le marchand de canons : Serge Dassault

Quatrième fortune professionnelle française (6,6 milliards d’euros, + 15 % en 2006, + 100 % en trois ans), il est lui aussi l’héritier de son papa fabriquant d’avions, Marcel.

Toute la fortune de cette famille s’est fondée sur une symbiose avec l’État français, son client essentiel, son principal VRP aussi, quand il s’agissait de vendre à l’étranger les Mirage et maintenant les Rafale. Pour le plus grand malheur du contribuable français d’ailleurs : le Rafale étant un bide commercial à l’exportation, son coût de production unitaire s’est envolé et l’État français paye donc l’engin 3 ou 4 fois le prix initialement convenu !

Serge, qui contrôle 58 % du Groupe Industriel Marcel Dassault, a diversifié sa petite entreprise familiale dans l’aéronautique en fabriquant des avions d’affaires et jets privés, puis dans l’informatique industrielle et les médias (achat en 2004 de la Socpresse, maison mère du Figaro, de l’Express, de La Voix du Nord, du Dauphiné Libéré…). Car dans la grande démocratie française le quatrième pouvoir, celui des médias, est sous le contrôle à 80 % pour la presse écrite des deux grands marchands d’armes nationaux, Lagardère et Dassault, tous deux dépendants des commandes de l’État.

En toute neutralité politique bien sûr… La preuve : Serge, qui a pour passe-temps d’être sénateur maire UMP de Corbeil-Essonnes (Olivier étant lui député UMP de l’Oise) a fait d’aussi bonnes affaires avec la gauche qu’avec la droite.


Les émigrés : la famille Peugeot

Les descendants d’Armand, fondateur de la firme il y a plus d’un siècle, détiennent la 9e fortune professionnelle de France (3,4 milliards d’euros) et sont parmi les plus riches résidents étrangers en Suisse !

Un pacte unit les membres de la famille : ils ont monté une société d’investissement, la FFP, qui est actionnaire, entre autres, de PSA (30 %) Linedata services (8 %), Compagnie du Louvre (6 %), FCC (BTP espagnol, 5,7 %), Seb (5 %), Taittinger (3,5 %)… Nul ne peut vendre des actions de la FFP à un non membre de la famille, laquelle tient surtout à verrouiller le contrôle de PSA, dont elle monopolise 43 % des droits de vote.

Si quelques mâles dominants du clan, à commencer par Robert, occupent les sièges du conseil d’administration, ils nomment toujours un PDG de PSA extérieur à la famille, pour que personne ne puisse trop tirer la couverture à soi.

Ces braves gens ont récemment décidé un vaste plan de rachat d’actions, de plusieurs milliards d’euros, pour valoriser leur fortune. Et comme ils ont beaucoup d’enfants à nourrir et loger dans leurs châteaux, ils ont dû se résoudre cette année à faire quelques économies en supprimant 10 000 emplois chez PSA.

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