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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 121, septembre-octobre 2018 > DOSSIER : Migrants

DOSSIER : Migrants

Quelques réponses aux mensonges distillés d’en haut

La solidarité avec les migrants, une question de classe

Mis en ligne le 9 octobre 2018 Convergences Politique

Si le gouvernement et la quasi-totalité des politiciens de droite s’opposent à la liberté de circulation et d’installation des migrants, ceux de gauche ne sont pas en reste. La politique de Hollande n’a d’ailleurs été guère différente de celle de Sarkozy ou de celle de Macron.

Les démagogues et souverainistes « de gauche »

À propos des migrants, Mélenchon et La France insoumise (LFI) défendent verbalement une politique ambivalente, en critiquant l’inhumanité de Macron mais en défendant aussi sur le fond un contrôle de l’immigration. Les grands discours humanistes et les promesses floues, par exemple sur les possibilités de recours devant la justice pour les migrants refusés, enrobent une position de fond : réserver l’accueil à ceux qui répondraient à certains critères du droit d’asile. Le groupe LFI a certes proposé devant l’Assemblée « un statut de détresse climatique et humanitaire », mais en s’empressant d’en limiter la portée. Le député François Ruffin a été encore plus clair, en citant Rocard qui avait déclaré que « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Et le superpatriote Djordje Kuzmanovic, porte-parole de La France insoumise, a ajouté que les migrants qui ne seraient pas éligibles au droit d’asile devraient être renvoyés dans leur pays. « Et rapidement. » [1] Si Mélenchon s’est désolidarisé de lui, sa politique vise toujours à séduire une fraction de l’électorat xénophobe.

Une situation analogue se présente en Allemagne avec l’apparition du mouvement « Aufstehen » (« Debout ») lancé par Sahra Wagenknecht, une dirigeante du parti Die Linke (« La Gauche »), qui affirme s’inspirer de La France insoumise et défend clairement des positions xénophobes pour essayer de séduire les électeurs de l’extrême droite. Tout comme Mélenchon, elle affiche un certain radicalisme. Elle prétend par exemple vouloir limiter la libre circulation des capitaux, et donc renforcer les frontières... également pour les étrangers ! Elle dénonce les exportations d’armes – là, contrairement à Mélenchon, admirateur des vendeurs de canons made in France comme Serge Dassault et de leurs joujoux, mais l’armement est un secteur moins vital pour la bourgeoisie outre-Rhin qu’en France – afin de mettre fin aux guerres dans le Tiers-monde… et de tarir les flux de réfugiés. Elle se félicite que son parti ait voté pour le renforcement du droit d’asile au Parlement… mais explique aussitôt qu’il faut refouler les autres, ceux qui ne fuient « que » la misère. Il faut donc une certaine dose de mauvaise foi pour nier, comme le fait Le Monde diplomatique [2], le caractère xénophobe de ses prises de position.

Examinons donc les arguments des soi-disant défenseurs des classes populaires prônant un contrôle de l’immigration.

  • L’immigration tire-t-elle les salaires vers le bas ?

C’est un des arguments les plus fréquents, de Le Pen à une partie de la gauche. Un argument démagogique et mensonger. Toutes les études, par exemple celle de l’économiste Anthony Edo [3] démontrent qu’il n’en est rien. En aucun cas, des réfugiés syriens, afghans ou bengalis n’ont remplacé des travailleurs locaux, même au noir.

Et aujourd’hui, qui bloque les salaires dans la Fonction publique, ceux des hospitaliers, des enseignants, des postiers, des cheminots ? Demandons-le à ce président qui veut nous faire traverser la rue pour des emplois précaires et sous-payés : combien sont payés les chauffeurs de ses « cars Macron » ? Qui, dans les grands groupes industriels, écrase ce qu’ils appellent « les coûts salariaux » pour mieux faire exploser les dividendes, les rétributions et les retraites-chapeaux des dirigeants ? Qui externalise ce qui « ne fait pas partie du cœur de métier », comme ils disent, pour que des mafias de la sous-traitance paient au lance-pierre les femmes de ménage, les livreurs et bien d’autres surexploités dans toutes sortes de « services aux entreprises » ?

  • L’immigration provoque-t-elle l’augmentation du chômage ?

Qui donne l’ordre de supprimer des milliers d’emplois dans les hôpitaux, à la SNCF, à La Poste ? Qui supprime les subventions aux associations, les « emplois aidés » ? Qui veut fermer l’usine Ford à Blanquefort ? Qui a fermé celle de PSA à Aulnay ? Qui a licencié les salariés de GM&S à la Souterraine ? La liste serait trop longue.

  • On ne peut pas accueillir tout le monde ?

Brandir la menace d’une sorte d’invasion, voire du « grand remplacement » – les « Européens » deviendraient moins nombreux que les migrants venus d’Afrique et du Moyen-Orient, et seraient « remplacés » par eux – est encore un argument de la droite et de l’extrême droite. Il est absurde.

Tout d’abord, c’est quoi, les « Européens » ? Et les « Français » ? L’Europe est une longue histoire de flux migratoires. En France, plus du tiers des habitants sont des immigrés de deuxième, troisième génération. Et l’on pourrait dire que nous sommes tous des immigrés de la xième génération.

Quant à l’accueil en France, il est de fait dérisoire. La France a accueilli en 2017, année record, environ 260 000 migrants, soit… 0,39 % de la population ! Rappelons que, par exemple, la Turquie accueille 3,9 millions de réfugiés.

  • Ce sont les multinationales qui organisent l’immigration ?

Rien n’est plus faux ! Il fut en effet une époque où, par exemple, l’industrie automobile importait des travailleurs venus notamment du Maghreb pour trimer comme OS dans ses usines. À cette époque, il n’y avait d’ailleurs pas de chômage et les salaires augmentaient. Cette arrivée a même permis à une partie des travailleurs locaux d’occuper des postes plus qualifiés – ce qui se vérifie encore aujourd’hui dans les secteurs où les migrants travaillent le plus, comme le bâtiment ou la restauration. Mais ce n’est plus du tout la situation aujourd’hui : les multinationales exploitent des travailleurs dans leurs pays d’origine où elles délocalisent parfois des productions, mais aussi investissent pour pénétrer le marché local.

  • Il faudrait protéger la population française ?

L’immigration ne représente pas une menace, mais une source de création de richesses supplémentaires. Les migrants sont en général de jeunes actifs, pas des vieillards. Tous les grands pays, à commencer par la France et bien sûr les États-Unis, se sont construits à partir de vagues de migrants.

Le chômage, les bas salaires n’ont pas attendu l’arrivée de migrants. Le niveau des salaires et celui du chômage sont les résultats de nombreux facteurs qui n’ont rien à voir avec l’immigration. Parmi ces facteurs, le plus important est le rapport de forces entre les classes sociales. C’est aujourd’hui parce qu’il n’y a pas de réaction massive des salariés que Macron et le patronat, à la suite de Hollande, se permettent de lancer des attaques sans précédent contre le monde du travail, les retraités, la protection sociale. Les travailleurs et les pauvres ont besoin de se protéger, oui : des patrons et de l’économie capitaliste en général, pas des étrangers !

Migrants et locaux, nous avons tous les mêmes intérêts face aux exploiteurs

Les migrants font partie intégrante de notre classe, la classe ouvrière. Ils nous renforcent numériquement. C’est pourquoi, en même temps que la bourgeoisie recourt à ces travailleurs, elle tente de nous séparer d’eux par un fossé de préjugés. Il ne tient qu’à nous qu’ils nous renforcent aussi dans la lutte de classe. C’est à nous de les accueillir, de les aider à défendre leurs droits face aux patrons, en nous battant au coude à coude. Nous nous renforcerons aussi politiquement. À l’inverse, le racisme et la xénophobie sont des armes pour la bourgeoisie.

Lorsque les gouvernements s’attaquent aux migrants, ils s’attaquent à toute la classe ouvrière ; lorsqu’ils prennent des mesures policières et répressives contre les migrants, ils les prennent aussi contre les grévistes, manifestants et militants, et plus généralement contre les travailleurs les plus vulnérables ; lorsque les gouvernements font des migrants des boucs émissaires, ils divisent notre camp. En revanche, lorsque des travailleurs sans-papiers entrent en lutte (comme lors des grandes grèves, entre 2008 et 2010), ils sont précisément à l’avant-garde de notre lutte de classe.

Défendre le droit de circulation ne se résume donc pas, loin de là, à une revendication « humanitaire ». C’est un des moyens d’assurer l’unité et la cohésion de notre classe par-delà les frontières face au camp des exploiteurs. Par-delà les frontières, car en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, des centaines de millions d’autres travailleurs observent et jugent la situation de leurs frères et sœurs exilés chez nous. Ils nous jugent aussi par la même occasion. Les liens de solidarité et les luttes communes que nous menons avec les migrants ici préparent le terrain pour les confrontations dont dépend l’émancipation des travailleurs du monde entier.

Georges Rivière


[1Interview à L’Obs, 8 septembre 2018.

[2Pierre Rimbert, « Gauche anti-migrants, une fable médiatique », Le Monde diplomatique, octobre 2018.

[3www.latribune.fr/opinions/tribunes/l-immigration-tire-t-elle-les-salaires-et-l-emploi-vers-le-bas-643639.html

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