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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 121, septembre-octobre 2018 > Discussion : Israël-Palestine, quelle politique pour les révolutionnaires (...)

Discussion : Israël-Palestine, quelle politique pour les révolutionnaires ?

Contre l’oppression nationale, l’oppression sociale et la guerre : trois combats indissociables pour les peuples de Palestine

Mis en ligne le 9 octobre 2018 Convergences Monde

Nous ne revenons pas ici sur l’impasse à laquelle ont conduit les accords d’Oslo, sur la poursuite des colonisations en Cisjordanie et des opérations militaires israéliennes, ni sur les développements récents de la situation. Ils sont largement exposés dans l’article précédent. De cet article, c’est la conclusion intitulée « Quelles perspectives pour les travailleurs d’Israël et de Palestine ? » qui prête à discussion.

Après avoir commencé leur article en tirant un trait définitif sur « la solution à deux États », les camarades qui l’ont écrit en concluent : « Un État binational est aujourd’hui la seule solution acceptable, à défaut d’être désirable, par tous ».

Certes ils précisent après, à juste titre, que « un État binational démocratique est une impossibilité dans le cadre du capitalisme et de l’impérialisme fauteur de guerres au Moyen-Orient ». Ce « cadre étatique permettant une vie sociale commune » devrait donc être un « État binational des travailleurs », avec pour objectif « au travers de multiples péripéties révolutionnaires » de s’intégrer dans « une Fédération socialiste des travailleurs du Moyen-Orient ». On retombe sur nos pieds.

Cet « État binational » que les camarades présentent comme la « perspective pour les travailleurs d’Israël et de Palestine » serait donc plutôt, même de leur point de vue, un mot d’ordre transitoire, étape d’un processus révolutionnaire dont on ne peut évidemment pas inventer par avance les péripéties. Mais pouvons-nous même, dans l’abstrait, inventer le mot d’ordre mobilisateur du moment ?

Pour être « acceptable » par tous, encore faudrait-il que cet État binational n’apparaisse pas aux yeux des Palestiniens comme l’appel à un renoncement de plus. Quant au « désirable », c’est l’autre face du problème : la définition d’objectifs partiels, de mots d’ordre transitoires dans la lutte pour l’émancipation politique et sociale, ne nécessite-t-elle pas de partir des revendications immédiates, des « désirs » en quelque sorte, des opprimés ?

Retour d’une discussion récurrente

La discussion « solution à un État » ou « solution à deux États » a été récurrente depuis les premières implantations d’une immigration d’origine juive venue d’Europe dans ce qu’on appelle aujourd’hui la Palestine (territoire délimité par les frontières de l’ancien protectorat britannique), puis la création d’Israël en 1948, puis son expansion par la guerre de 1967.

Après le fiasco de la prétendue « solution » qu’étaient censés apporter les accords d’Oslo, elle a ressurgi dans les milieux de militants israéliens antisionistes et de militants ou intellectuels palestiniens qui cherchent à œuvrer à la cohabitation. Ils ne posent le problème qu’en termes d’État démocratique, laïc et multiculturel, en exigeant le « droit au retour » des Palestiniens expulsés dans les pays voisins. Ce qui est déjà une franche opposition à la politique d’Israël. Mais ils éludent le problème social ou n’en parlent que comme un peu plus d’égalité dans une société de classe et ou, de plus, la classe dominante sera essentiellement celle qui règne aujourd’hui en Israël. Pour être plus convaincants vis-à-vis de la population israélienne, ces militants évoquent parfois la fin de l’apartheid en Afrique du Sud comme exemple réussi de cohabitation pacifique d’une communauté blanche avec une communauté noire largement majoritaire. Piètre succès qui a néanmoins conduit à l’enrichissement d’une nouvelle bourgeoisie noire, vivant dans ses quartiers ou villas protégés, partageant le pouvoir avec la bourgeoisie blanche, dans un des pays les plus inégalitaires d’Afrique, avec ses ghettos de misère et la répression sanglante de toute explosion sociale comme lors de la grève, il y a quelques années, dans les mines de platine de Maricana !

Par ailleurs, la presse fait aussi état, dans ses reportages, du ras-le-bol d’une partie de la jeunesse de Cisjordanie et de Gaza, qui aimerait bien pouvoir circuler librement en Israël, sans murs à franchir, et aller chercher du travail.

Mais, de ces faits, il serait bien imprudent d’en déduire que, pour la population palestinienne, la vieille revendication d’avoir son propre territoire débarrassé de la colonisation et de l’armée israélienne, de se gouverner soi-même, serait morte.

Oppression nationale et oppression de classe

La population palestinienne qui vit en Cisjordanie et à Gaza a aujourd’hui sur le dos non seulement l’oppression nationale par Israël, mais aussi celle que lui impose son propre gouvernement, palestinien celui-là. L’autonomie des territoires palestiniens a permis un certain enrichissement d’une bourgeoisie, peu nombreuse et souvent liée aux potentats de l’Autorité palestinienne, dont les grosses voitures n’ont pas de peine à franchir les check-points infranchissables pour les autres, et qui s’enrichissent de l’exportation des produits du travail d’une main-d’œuvre palestinienne sous-payée.

Avec les accords d’Oslo, la tâche confiée à l’Autorité palestinienne dans les territoires qu’elle gouverne (à des degrés différents selon qu’on est en zone A, B ou C) est avant tout de protéger Israël en assurant les tâches de police vis-à-vis de la population palestinienne et en y gérant la misère, avec tout au plus l’apport de quelques aides des organismes internationaux. Celles sur lesquelles Trump vient d’imposer des coupes sombres. L’OLP qui dirige l’Autorité palestinienne s’y est en grande partie déconsidérée. L’extrême droite palestinienne que représentent les mouvements islamistes, en premier lieu le Hamas, en a profité pour grandir et imposer sa dictature sur la bande de Gaza.

Alors il est bien possible que la volonté de débarrasser « leur » territoire (celui qu’on leur a concédé) de toutes les nouvelles colonies israéliennes qui y accaparent les meilleures terres, y captent toute l’eau disponible et morcellent la Cisjordanie de murs et de routes réservées, soit le moteur des prochaines révoltes des opprimés de Palestine. Et que ces révoltes se tournent aussi contre les cliques corrompues de l’Autorité palestinienne ou des dirigeants de la bande de Gaza qui se sont accaparé le pouvoir.

Nous n’en savons rien. Surtout en ne voyant la situation que de loin, sans aucun lien avec des militants communistes révolutionnaires là-bas, tentant de mener une politique dans la classe ouvrière d’Israël et dans la population palestinienne de Cisjordanie ou de Gaza. Mais si la tâche des révolutionnaires est de souligner les intérêts communs des travailleurs d’Israël (quelle que soit leur origine) et de Palestine, de s’efforcer de les rassembler dans un même combat de classe, les prises de conscience et les luttes ne marchent pas forcément toutes du même pas. Gardons-nous de croire que nous pouvons sortir de notre chapeau, ou des discussions passées, le mot d’ordre mobilisateur, la bonne « perspective » qui unifierait tous les combats.

Le problème palestinien dépasse les frontières de la petite Palestine

D’autant qu’il serait vain de laisser croire que nous aurions, avec « l’État binational des travailleurs », la solution, dans le cadre restreint des frontières de la Palestine. Le conflit israélo-palestinien dépasse largement le cadre de ces frontières.

Il le dépassait déjà dans les années 70 quand le mouvement nationaliste palestinien jouissait de la sympathie de tous les opprimés du monde arabe, apparaissant à leurs yeux comme la dernière vague de révolte contre le monde colonial. Direction exclusivement nationaliste, l’OLP n’a jamais cherché à s’adresser ni aux travailleurs d’Israël, ni aux travailleurs des autres pays arabes, mais seulement aux dirigeants de ces pays, dictateurs chez eux, dont ils escomptaient le soutien, tant que ceux-ci ne les ont pas eux-mêmes massacrés et chassés (comme le roi Hussein de Jordanie en septembre 1970, le « septembre noir »).

Même si nous sommes aujourd’hui dans un tout autre contexte, celui d’un Moyen-Orient à feu et à sang, le problème israélo-palestinien y reste étroitement mêlé. D’abord par les centaines de milliers de Palestiniens réfugiés dans chacun des pays voisins, et par leurs liens avec les travailleurs de ces pays. Même si, au contraire, leurs dirigeants politiques actuels choisissent souvent de se lier aux pouvoirs en place.

Du côté israélien, c’est, en plus de la guerre contre les Palestiniens, le coût financier du rôle de gendarme que joue Israël dans la région qui pèse sur la population. Et la propagande gouvernementale sur le « danger » que représenteraient les États voisins, l’Iran notamment, nourrit la droite et l’extrême droite tout autant que sa propagande anti-palestinienne. Mais nous avions vu dans les années 1980 un puissant mouvement en Israël contre la guerre du Liban. Et aussi surprenant que cela ait pu paraître, c’est à la suite et en partie à l’image des révolutions arabes de Tunisie et d’Égypte en 2011 qu’avait éclaté la plus forte vague de grèves qu’ait connue Israël depuis longtemps.

Des exemples qui montrent les atouts qu’aurait une politique de classe et internationaliste, y compris en Israël.

Olivier BELIN

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