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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 98, mars-avril 2015 > La Grèce asphyxiée par les banquiers : À quand le bol d’air des luttes (...)

La dette : Une nouvelle mythologie grecque inventée par les créanciers !

23 mars 2015 Convergences

Les Grecs en cigales, les Allemands en fourmis... La Fontaine est revenu à la mode à la faveur de la crise. Les danseurs de Sirtaki coûteraient aux laborieux contribuables de France et d’Allemagne entre 700 et 1 000 euros si l’ardoise grecque venait à être effacée. L’austérité doit donc continuer. CQFD ! Ils doivent payer !

Mais le compte n’est pas bon. Même les économistes bourgeois assurent que la Grèce ne pourra payer la note, et que l’endettement s’est emballé sous l’effet des plans de « sauvetage » de la troïka. Cet endettement est passé de 290 milliards d’euros en 2009 à 320 milliards aujourd’hui. Mais le pire vient sans doute du fait que, dans le même temps et du fait justement de la politique imposée par la troïka, la production grecque s’est contractée − son PIB ayant diminué durant la même période de 25 % ! – alourdissant d’autant le poids relatif de la dette. Autant dire que « l’aide » de l’Europe et du FMI n’a pas diminué la dette mais en a aggravé les conséquences.

Il aurait été possible aux banques créditrices de passer aujourd’hui la dette grecque, en tout cas une grande partie, par « pertes et profits », à défaut de l’avoir fait en 2010. Lors de la crise de 2008, les milliers de milliards d’euros mobilisés pour sauver le système bancaire étaient bien plus importants que la petite dette grecque. C’est ce que clame le ministre grec des Finances Varoufakis. Mais il est bien impuissant face aux grandes puissances impérialistes dont les objectifs politiques sont tout autres : n’accepter des États d’Europe en difficultés financières que la mise en place de plans d’austérité dramatiques, quitte à les asphyxier.

Une dette bien décriée mais qui rapporte !

En réalité, les États européens ont repris aux banques créditrices de la Grèce les titres considérés comme « pourris » pour les échanger contre des titres sûrs. Les créances grecques n’étaient estimées par le marché qu’à 35 ou 40 % de leur valeur initiale ? Qu’à cela ne tienne, les États européens les ont rachetées à 50 % de cette valeur ! Si bien que, aujourd’hui, les banques privées ne possèdent plus que 20 % de la dette grecque quand les États européens et le FMI en possèdent 80 %.

Les États riches d’Europe et les États-Unis ne sont pas accourus au chevet de la Grèce pour soigner un frangin inconscient comme la presse le relate. C’est auprès de leurs propres banques, qui venaient de perdre 1 500 milliards de dollars en trois ans, qu’ils se sont précipités. Les grandes banques européennes et états-uniennes, déjà renflouées en 2008-2009, étaient à nouveau aux abois fin 2011 – et ce n’est pas la petite dette grecque qui les mettait en péril ! De novembre à décembre 2011, les États européens et les États-Unis ont mis en place un plan de sauvetage des banques géant dont la dette grecque n’était qu’une donnée mineure. Les grandes banques ont été recapitalisées par les États ; les banques européennes ont pu emprunter à la BCE des centaines de milliards d’euros de liquidités au taux de 1 % qu’elles prêtaient ensuite aux États à des taux bien plus élevés, la différence allant dans leur poche. Alors, si les États européens ont repris de la dette grecque aux banques en appliquant une décote de 50 %, ils leur ont rendu bien plus par d’autres moyens, quoi qu’en disent aujourd’hui les médias qui nous expliquent que les banques ont fait un geste généreux en acceptant la décote.

Pour couronner le tout, les banques, à qui l’on venait de reprendre leurs titres sur la Grèce, avaient contracté une assurance sur ces titres. C’est ainsi que, début 2012, elles ont été remboursées par leurs assureurs du montant de la décote… Par conséquent, loin de perdre leur mise dans la dette grecque, les banques qui y avaient investi n’ont rien perdu !

Les banques privées grecques ont, elles aussi, été choyées par l’Union européenne. Elles ont été recapitalisées à hauteur de 50 milliards d’euros quand elles se sont trouvées en difficulté. Le propriétaire de la deuxième banque du pays, l’homme d’affaire le plus fortuné de Grèce, Spiros Latsis, s’est vu octroyer 18 milliards d’euros, au moment même où les travailleurs grecs manifestaient dans les grandes villes par centaines de milliers contre la baisse des pensions de retraite, des salaires, les licenciements, etc.

Depuis que la troïka a repris les créances grecques, même les États qui la composent, au premier chef l’Allemagne et la France, en tirent un certain profit, même si ce n’est pas la principale raison qui motive les dirigeants européens : ils sont d’abord soucieux d’enfermer la Grèce dans une spirale infernale propice à ce que les entreprises qu’ils représentent profitent de l’aubaine du dépeçage de l’économie grecque. Mais, cela a tout de même rapporté environ 780 millions d’euros par an à l’État français depuis 2010. D’autre part, un prêt de l’UE, par l’intermédiaire de la BCE, a rapporté 6 milliards d’euros aux pays de la zone euro en intérêts de 2010 à 2012. En 2013, alors que la Grèce était en difficulté pour honorer ses dettes et que l’austérité battait son plein, l’Union européenne a décidé de lui retourner les intérêts de ce prêt pour cette année. Elle était aussi censée le faire pour les intérêts de 2014 qui auraient dû être rétrocédés à la Grèce il y a un mois. Mais l’UE a changé d’avis… suite à l’arrivée au pouvoir de Syriza et refuse pour l’instant de reverser cette somme.

Comme quoi les « impératifs économiques » des grandes puissances tiennent davantage du message : « aucun travailleur ne peut espérer échapper à l’austérité ».

A.S.

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