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Livre

Toi au moins, tu es mort avant

Chronis Missios

19 avril 2020 Article Culture


Toi au moins, tu es mort avant

de Chronis Missios

éd. Cambourakis, 12 euros (poche)


Publié en 1985 en Grèce, Toi au moins, tu es mort avant, témoignage sur l’incarcération des militants communistes grecs de la guerre civile (1946-1949) à la chute des colonels en 1974, a connu un énorme succès dans son pays. Il est ressorti en français en juin 2019.

Le protagoniste, un résistant communiste au nom de code « Salonique », alter ego de l’auteur Chronis Missios, est emprisonné en 1947. À 17 ans, il est condamné à mort par le gouvernement d’extrême droite soutenu par les Britanniques et les Américains en lutte contre les partisans communistes, eux-mêmes abandonnés par Staline. Il fera finalement plus de vingt années de prison et de déportation jusqu’en 1973. Son expérience de l’enfermement a plusieurs dimensions : l’enfermement physique, mais aussi l’enfermement psychologique et politique, produit autant de la torture et de la répression que de la politique criminelle du Parti communiste grec (le KKE).

Toi au moins, tu es mort avant est un récit oral dicté pendant une nuit à un ami qui est mort « avant ». « Avant » quoi ? Avant la défaite des communistes dans la guerre civile, mais surtout avant la chute de l’idéal communiste sous sa version stalinienne. Salonique est un militant communiste (donc stalinien, comme la plupart à l’époque) mais il est très critique de la direction du Parti. Sa critique commence sur le comportement des communistes en prison, sur leur conformisme social. Aux militants du KKE il est interdit de chanter du rebetiko – musique des bas-fonds venant d’Asie Mineure –, interdit de jurer, interdit de cracher, interdit d’aimer trop une femme (quant à aimer les hommes cela suffit à vous mettre une étiquette infamante même si Salonique n’a pas ces préjugés).

Sa critique devient plus politique quand il fustige le KKE, qui décide d’isoler comme « traîtres » et « ennemis » ceux qui ont parlé ou quand il cible l’Union soviétique stalinienne qui a sacrifié les communistes grecs. Salonique en prison sous les colonels va jusqu’à tendre la main à un trotskyste que tout le monde rejette et lui propose de l’aide. Car Chronis Missios, entre moult anecdotes de prison où perce un humour noir très caustique, dessine un socialisme anti-autoritaire, respectueux de l’individu, aux antipodes du stalinisme. Le livre est un compte-rendu d’expériences carcérales, mais aussi un plaidoyer émouvant pour un socialisme idéal, où l’épanouissement individuel sera la condition de l’épanouissement collectif et inversement, et non pas une seconde prison comme le stalinisme.

Un groupe de hip-hop grec, Social Waste, a dédié récemment une chanson à Chronis Missios, dont les paroles sont sous-titrées en anglais sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=RkL....

Stan Miller

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