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Grèce : « tout va mieux », malgré une inflation à deux chiffres ?

14 septembre 2022 Article Monde

Le 20 août 2022, la Grèce sortait officiellement du « cadre de surveillance renforcée » de l’Union européenne. Soit, deux ans après la fin de la tutelle de la troïka et douze ans après le premier plan de « sauvetage économique » de la Grèce, mis en place sous condition de restructurations qui ont laissé le pays exsangue. Avec une inflation à près de 12 %, la guerre contre les classes populaires continue – et ce malgré les 5,5 milliards débloqués en septembre par le gouvernement.

Une économie qui repart… sans ses habitants ?

« La Commission reconnaît que la Grèce a rempli l’essentiel de ses engagements de politique économique pris auprès de l’Eurogroupe » : voilà qui satisfait la BCE et le FMI. Les engagements en question ? Restructuration du système des retraites, baisse des pensions et des salaires, privatisations, licenciement des fonctionnaires, casse de l’éducation, de la santé, de la culture… La liste est bien trop longue pour se réjouir dans un pays où le taux de pauvreté est estimé à 22 %, et reste trois fois plus élevé que la moyenne européenne.

Si le chômage ne frôle plus les 30 % de 2013, il n’est toujours pas descendu à moins de 12 %, avec une forte proportion de chômage de longue durée – et à l’inverse, trouver un emploi signifie bien souvent temps partiel et paie au rabais. Depuis 2021, la loi autorise même les patrons à imposer deux heures supplémentaires par jour, jusqu’à 150 heures par an, selon les besoins. Au vu des difficultés à se loger et du peu de perspectives, les jeunes émigrent par centaines de milliers : sur la période récente de la crise, on compte environ 500 000 départs (pour un pays de 11 millions d’habitants).

La croissance du PIB ces dernières années et les bons espoirs des agences de notation ne doivent pas nous leurrer sur la continuité de la crise pour la population grecque : l’inflation rend caduque la maigre augmentation du salaire minimum accordée cette année et la hausse des taux directeurs européens risque de prolonger le non-paiement de la dette.

Un gouvernement de droite à l’offensive

Le premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, élu sur une base nationaliste, autoritaire et pro-patronale, a tout ce qu’il faut pour rassurer les banquiers, étant lui-même issu de ce milieu. À la tête du parti de droite Nouvelle Démocratie, il a su emboîter le pas des mesures anti-ouvrières après les reniements de Syriza. Le droit de grève a été largement réduit en prétextant le contexte de pandémie, un nouveau projet de privatisation d’une partie de l’hôpital public (en faisant payer aux patients des soins primaires) a vu le jour et dans l’éducation, le financement des établissements se ferait dans le futur par des « bons » laissés aux parents et à donner à l’école de leur choix. Dans la santé comme dans l’éducation, un autre projet prévoit d’accroître la surveillance (et la notation !) des salariés.

Bien que le gouvernement soit actuellement largement fragilisé par une vaste affaire de mise sous écoute d’un politicien de l’opposition ainsi que de deux journalistes, le scandale du « Predatorgate », du nom du logiciel utilisé, le parti au pouvoir est pour l’instant donné vainqueur des élections à venir d’ici un an.

Une classe ouvrière qui reprend ses esprits

Après la trahison de Syriza, qui, après avoir incarné les espoirs d’en finir avec l’austérité, a accepté les conditions du paiement de la dette de la troïka sans – en bons gestionnaires de l’ordre bourgeois – proposer aux travailleurs de lutter pour leurs intérêts, une certaine désorientation a marqué l’ambiance politique, bien que des luttes aient toujours eu lieu. Récemment, sur les lieux de travail, des grèves de livreurs se sont organisées dans l’entreprise nationale E-Food avec des comités de grévistes. Dans la grande usine de métallurgie Larko près d’Athènes, une bagarre de longue haleine des travailleurs est pour l’instant victorieuse contre la fermeture du site. Et partout, dans la restauration, le commerce et l’industrie, des réactions collectives s’organisent quand l’ambiance s’y prête. Si la résistance de la nouvelle génération se traduit surtout par des démissions, la jeunesse a su se mobiliser dans les universités contre la police ou en soutien aux migrants qui subissent la politique anti-migratoire que l’UE délègue à la Grèce. Autant de graines pour que les travailleurs et travailleuses sachent répondre aux attaques en cours et à venir… avec l’expérience de la politique de la gauche dite radicale arrivée au pouvoir.

Selma Timis

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