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17 novembre en Grèce

L’extrême gauche et le KKE manifestent malgré l’interdiction de l’État grec

18 novembre 2020 Article Monde

Depuis près de 50 ans, la gauche et l’extrême gauche prennent la rue les 17 novembre qui est le jour de commémoration du soulèvement de 1973 contre la dictature des colonels. Le retour d’une droite offensive avec l’arrivée au pouvoir de Mitsotakis à l’été 2019 et la répression liée au confinement ont fortement durci les conditions des manifestations mais « les révoltes ne vont pas au musée ».

Occuper la rue face au pouvoir

Profitant du confinement, le gouvernement grec et sa police ont annoncé une interdiction des manifestations sur tout le territoire du 14 au 17 novembre [1]. Le KKE (parti communiste) et toutes les organisations d’extrême gauche ont dénoncé l’interdiction et décidé de la braver en appelant à des rassemblements respectueux des gestes barrières. Dès le weekend arrestations et premiers rassemblements se sont multipliés. Voici le récit transmis par des militants de l’Organisation des communistes internationalistes de Grèce (OKDE, trotskyste) :

« Hier dans toute la Grèce, des rassemblements et des manifestations ont été tentés par quelques milliers de manifestants. Fidèle à ses annonces liberticides, le gouvernement a fait attaquer tous les rassemblements de toutes les grandes villes. Gaz lacrymogènes, canons à eau et matraques : la police a procédé à des centaines de gardes à vue et d’arrestations. Au niveau national, il est possible que le nombre total de gardes à vue s’élève à mille personnes. Des centaines de manifestants ont été verbalisés avec des amendes très lourdes pour infraction au confinement. À Athènes, Thessalonique, Ioannina, Patras, et dans les villes crétoises, des dizaines de manifestants ont été envoyés à l’hôpital.

Partout les rassemblements ont été dispersés et les manifestations ont été contenues. Dans plusieurs quartiers d’Athènes, la police a chassé des manifestants jusque dans leur appartement et a fermé une dizaine de stations de métro. Pour la première fois depuis des années même le KKE a subi une répression dure. Auparavant épargné de la férocité policière en raison de son respect de la légalité bourgeoise, de son entente avec la police et de son poids politique, il n’a pas été épargné hier. Les deux rassemblements du KKE devant l’ambassade des États-Unis et au centre d’Athènes ont été attaqués impitoyablement avec des dizaines de manifestants arrêtés ou blessés et son groupe parlementaire a été harcelé par la police. De son côté, Syriza, qui se prétend toujours de gauche après avoir mené pendant quatre années une politique d’austérité dure, pro-patronale et servile par rapport à l’impérialisme américain, n’a pas osé appeler à des manifestations. Se mettant ainsi à genoux devant le gouvernement, Syriza s’est contenté de dénonciations générales de la politique gouvernementale.

Toutes les organisations de l’extrême gauche et le KKE ont dénoncé non seulement une répression digne de la dictature de colonels, dont on commémore le renversement le 17 novembre, mais aussi une hypocrisie profonde. Alors que le gouvernement n’augmente pas le financement de la santé, des transports publics et de l’éducation, alors qu’il ne contrôle pas les employeurs pour l’application de mesures sanitaires au travail, il accuse les manifestants d’être responsables de morts éventuels par le Covid. Derrière les justifications sanitaires, les vrais motifs du gouvernement ne sont que l’imposition d’un état d’exception permanent qui cible le mouvement ouvrier. Un tel état d’exception va lui frayer le chemin pour mener sans répit une politique anti-ouvrière qui condamne des millions de personnes à la pauvreté et à la précarité extrême. Étant donné le mauvais état du mouvement ouvrier grec, la démoralisation et le désenchantement profond causés par la politique de Syriza, les rassemblements d’hier sont des signes que le pouls, quoique faible, du mouvement ouvrier grec est toujours palpable. »

Porter la contestation populaire

Avant l’épidémie, un tiers des salariés grecs gagnait 300 euros par mois, c’est le prix actuel de l’amende pour déplacement non justifié [2]. Depuis le 7 novembre, la Grèce est reconfinée avec attestations par SMS. Des crèches aux universités, les établissements scolaires sont fermés jusqu’à la fin du mois. L’épidémie est importante, le délabrement des hôpitaux plus encore. Selon Amnesty International, les dépenses de santé publique grecque ont baissé de plus de 40 % entre 2009 et 2017, c’est particulièrement le résultat des politiques du PS grec, de Syriza, et des injonctions de ceux qui représentaient les créanciers du pays, le FMI, la Banque centrale européenne et la Commission de Bruxelles, la fameuse « troïka ».

Le secteur tourisme a été durement affecté par l’épidémie et les restrictions sanitaires. Le taux de chômage officiel, qui s’établissait à près de 17% au deuxième semestre 2020, devrait exploser. Exemple de la pauvreté de multiples travailleurs de Grèce, le taux de chômage officiel des femmes entre 20 et 24 ans se rapproche des 40 %. La situation risque de s’aggraver pour tous les salariés aux contrats instables, à temps partiel ou payés au noir, s’ajoutent tous les « indépendants » et petits commerçants nombreux dans le pays.

Les dirigeants de l’organisation fasciste Aube dorée, avec qui la droite classique est en conflit depuis longtemps, ont été, sous la pression de la rue, condamnés à plusieurs années de prison il y a quelques semaines. Soulagement compréhensible en Grèce et dans toute l’Europe. Mais ce n’est pas cela qui va infléchir la politique anti-migrants que l’Union européenne et l’État grec mènent dans les îles de la mer Égée, ni faire taire les bruits de bottes des conflits avec la Turquie pour des gisements d’hydrocarbure méditerranéens convoités par Total. Revenue au pouvoir pour baisser d’impôts, attaquer le droit du travail et privatiser encore plus que Syriza, la droite a multiplié les surenchères dans le registre du nationalisme autoritaire depuis un an.

À défaut d’être économiquement efficace, la politique des gouvernements grecs et de l’Union européenne pose assez simplement l’alternative politique : en finir avec le chauvinisme arrogant et les politiques anti-ouvrières – menées tant par les partis dits de gauche que par ceux de droite – qui ont ruiné la société grecque et la laissent exsangue face à l’épidémie.

Chris Miclos

(Photo : des militants de l’OKDE à Thessalonique hier)


[1Clôturée par une manifestation, la commémoration du soulèvement dure traditionnellement 3-4 jours. Ces dernières années, les manifestations volontiers émeutières groupaient plusieurs dizaines de milliers manifestants et près de deux cent mille lors des mouvements dans la classe ouvrière d’il y a dix ans.

[2Les amendes durant les manifestations sont passées à 600 euros.

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