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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 68, mars-avril 2010

L’extrême gauche dans les élections régionales : Un petit tour pour rien

Mis en ligne le 11 avril 2010 Convergences Politique

Une moyenne de 2,5 % pour le NPA, un peu plus de 1 % pour LO, 3,5 % au total : le moins qu’on puisse dire c’est que les résultats de ces élections régionales n’ont pas été un succès pour l’extrême gauche.

Ce n’est pourtant pas sur ces résultats que nous jugeons la prestation électorale de l’extrême gauche. La déception n’est que pour ces anticapitalistes qui accordent au bulletin de vote tellement plus d’importance… que la majorité des électeurs qui se sont abstenus au premier tour (en plus grande partie encore dans les couches populaires : 70 % d’abstention dans certaines communes de la banlieue des grandes villes, sans compter ceux qui ne sont même pas inscrits sur les listes électorales parce qu’ils s’en moquent ou que, travailleurs immigrés, on leur en dénie le droit).

Nous ne sommes pas déçus des résultats ni ceux de LO ni ceux du NPA, pour les listes desquels les bulletins d’entreprise l’Étincelle publiés par la Fraction avaient indifféremment appelé à voter… sans illusion sur la portée de ce geste. Car que pouvait en effet en attendre l’électorat populaire ? Pourquoi mettre dans l’urne un bulletin au nom d’une organisation d’extrême gauche alors qu’il s’agit d’élire un conseil régional dont souvent il n’a entendu parler que tous les six ans… pour lui demander de l’élire justement ?

Pour quelques-uns, dont nous sommes, il n’aurait certes pas été inutile d’y envoyer quelques élus qui pourraient au moins dénoncer les mauvais coups qui s’y trament, même sans aucune chance de les empêcher. Pour la plupart des électeurs populaires, l’incitation est tout de même bien maigre. Au mieux donc, ceux d’entre eux qui ne se sont pas abstenus se sont servis de ce bulletin de vote pour dire leur ras-le-bol de ceux qui nous gouvernent. Pas de ceux à la tête des régions, ils les ignorent ou en tout cas ne leur prêtent guère d’attention, mais de ceux à la tête de l’État, au gouvernement et à la présidence. Alors, bien sûr, ils ont préféré voter « utile », non pas parce qu’ils pensaient vraiment que la reconduite d’une majorité PS au conseil régional serait utile pour améliorer la situation de leur classe – les six années précédentes n’en avaient certes pas donné la preuve – mais utile parce qu’un succès spectaculaire du parti d’opposition le mieux placé pour recueillir des voix serait une claque pour le pouvoir en place.

C’est pour cela que la stratégie électorale du NPA, le parti le plus visible de l’extrême gauche, a abouti à un beau gâchis. Il n’a pas seulement désorienté, momentanément espérons-le, son public et ses militants. Il a surtout raté l’occasion de préparer utilement la prochaine période, celle qui s’ouvre maintenant à la suite de ses élections. Se donner pour objectif essentiel d’avoir des élus dans des conseils régionaux où ces élus ne compteront pas et auxquels personne ne prêtera attention est déjà une belle erreur. Mais, dans ce but, mettre en sourdine le programme qui correspond aujourd’hui aux intérêts des couches populaires, soit pour conclure des alliances, soit pour attirer des électeurs sur une profession de foi régionalo-compatible, est une belle faute. Comme est une faute de laisser entendre que les urnes ou les luttes seraient plus ou moins à mettre sur le même plan. Toutes illusions que les campagnes du NPA (car il n’y a pas eu une campagne du NPA mais autant de campagnes différentes que de régions) ont toutes cultivées, même si c’est à des degrés divers… et la plupart sans succès.

Ce n’est pas qu’en menant une tout autre campagne (sauf à se fondre complètement dans la gauche de la gauche, et encore le seul exemple probant est celui du Limousin) cela aurait changé notablement le résultat électoral. L’énorme abstention, le faible pourcentage de l’extrême gauche ou même de la gauche de la gauche (si le FdG a notablement distancé le NPA, il n’a pas fait mieux, plutôt moins bien, que dans les élections européennes d’il y a un an) montrent que les couches populaires n’ont toujours guère d’espoir de changer leur sort par l’intervention dans l’arène politique. Il n’y a eu ni poussée à gauche ni même à droite. Et le petit jeu traditionnel de balance entre PS et UMP peut continuer.

Il n’y a donc aucune raison pour que NPA et extrême gauche s’attardent sur cet épisode électoral sans gloire mais sans importance, d’ailleurs quasiment déjà oublié dans la conscience des travailleurs. De plus le prochain, élections présidentielles et législatives, est dans deux ans. C’est une raison supplémentaire pour les révolutionnaires de mettre de côté toutes les préoccupations électorales et d’investir toutes leurs forces dans l’intervention dans la lutte de classe, la vraie, celle qui se déroule dans les entreprises ou dans la rue, qui a continué pendant les élections et qui se manifeste en ce moment même dans le mouvement des travailleurs sans-papiers pour leur régularisation, dans les grèves pour les salaires ou les combats, parfois toujours aussi brutaux comme en ce moment même à la Sodimatex, contre les licenciements.

La riposte aux attaques contre les emplois, les salaires, les retraites ; le développement et la convergence des luttes : voilà notre vrai programme, le seul qui corresponde aux besoins et aux intérêts de notre classe et de toutes les classes populaires. C’est maintenant que l’extrême gauche doit entrer véritablement en campagne.

Jacques MORAND

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