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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 68, mars-avril 2010 > DOSSIER : En Europe, comme aux Etats-Unis, les mêmes attaques

DOSSIER : En Europe, comme aux Etats-Unis, les mêmes attaques

États-Unis : La lutte contre la casse de l’Éducation

Mis en ligne le 11 avril 2010 Convergences Monde

Les attaques contre le système d’éducation aux États-Unis se multiplient partout dans le pays, que ce soit au niveau des États comme au niveau fédéral. Ils sont aujourd’hui des milliers de professeurs à devoir faire face à des licenciements alors que des centaines d’écoles sont menacées de fermeture. Par ailleurs, les coupes budgétaires des États font d’énormes dégâts : l’art, la musique, et le sport sont supprimés dans les écoles, tandis que le personnel encadrant comme les conseillers pédagogiques, les documentalistes et les infirmières sont licenciés. L’attaque est globale et dévastatrice.

Les attaques au niveau fédéral – « La course à l’échec »

Aux États-Unis, dans bien des États, le financement des écoles et des lycées se fait au niveau local, à partir des impôts fonciers. En Californie, le système scolaire public est essentiellement financé par l’État et complété par les impôts locaux, qu’il s’agisse d’impôts fonciers ou de taxes spécifiques votées par les gens pour améliorer les écoles. De cette manière, les écoles situées dans les zones les plus riches reçoivent plus d’argent.

Sous prétexte de réformer le système éducatif, l’administration Obama a créé un programme intitulé « Race to the top  » (« la course au succès »), où les États sont mis en concurrence pour obtenir de l’argent fédéral pour l’Éducation. Chaque État doit envoyer au gouvernement fédéral un nouveau projet éducatif visant à améliorer les performances des élèves aux tests de niveau.

En réalité, il s’agit d’une véritable course à l’échec (« race to the bottom  ») : l’administration veut lier le salaire des profs aux performances de leurs élèves à des tests standardisés. Si les étudiants s’en sortent mal aux tests, le prof peut être viré plus facilement. Une directive fédérale oblige chaque État à identifier les 5 % d’écoles les moins performantes et à y prendre des mesures drastiques, comme licencier tous les profs et le personnel encadrant, fermer les écoles ou encore les vendre à des compagnies privées.

En mars dernier, lors d’une conférence de presse, Obama a vanté l’exemple du petit lycée de Central Falls, la ville la plus pauvre de l’État de Rhode Island. Le conseil de l’école a voté le licenciement de tous les profs et de la majeure partie de l’administration suite aux contre-performances des élèves aux tests standardisés, annonçant ainsi la couleur. Des attaques similaires se produisent partout dans le pays.

En relation avec cette stratégie de mise en concurrence, l’administration fait aussi la promotion appuyée de ce qu’on appelle les « charters schools » (les écoles sous contrat). Ces écoles sont dirigées par des compagnies privées mais financées avec de l’argent public et des donations privées – par exemple, l’enseigne de grande distribution Wal Mart est la première donatrice de ces « charter schools ». Elles seraient capables de donner de meilleurs résultats à des tests standardisés tout en dépensant moins dans l’éducation ! Dirigées comme des entreprises privées, leur but est de fonctionner de façon la moins coûteuse possible et de faire du profit. La plupart n’autorisent pas les syndicats de profs, lesquels peuvent être renvoyés sans le moindre recours. Les professeurs de ces écoles doivent souvent, en plus de l’enseignement, accomplir des tâches administratives, jouer les conseillers d’orientation, etc. Elles sélectionnent aussi les élèves à l’entrée, refusant les élèves qui requièrent traditionnellement plus d’attention au niveau pédagogique, tout cela pour améliorer les scores aux tests. Résultat : les enfants de familles pauvres, ceux issus de l’immigration et ceux ayant des problèmes de développement s’en voient refuser l’accès.

En fait, en ce qui concerne l’Éducation, l’administration Obama marche dans les pas de l’administration Bush : l’objectif est de briser les syndicats de profs, de réduire leur payes, de privatiser le système public et de réduire les dépenses globales d’éducation.

Les attaques au niveau des États – La Californie montre la voie

Au niveau des États, les attaques sur l’Éducation sont directement liées à la crise économique. Les dépenses d’éducation accaparent en moyenne la majeure partie du budget de chaque État. Or ceux-ci voient leurs recettes fiscales chuter, qu’il s’agisse des impôts fonciers, du fait des millions d’expulsions, ou des impôts sur le revenu et autres taxes sur la valeur ajoutée, qui diminuent à mesure que le chômage augmente. Les États expliquent qu’ils n’ont pas d’autre choix que de faire des coupes dans les dépenses, et c’est l’Éducation la première visée.

La Californie, qui détient le record du nombre d’expulsions et du taux de chômage, est l’État qui a opéré les coupes les plus sévères dans les budgets. Depuis 2007, le budget total de l’Éducation a été amputé de 50 %. Actuellement, des centaines d’écoles sont menacées de fermeture à travers l’État, et des dizaines de milliers de profs sur le point d’être renvoyés. Quand une école est fermée, les élèves doivent se scolariser dans une autre école de leur district, ce qui aggrave encore le problème des classes surchargées.

Le 4 mars dernier, plus de 12 000 manifestants à San Francisco

Un des principaux problèmes dans les combats précédents contre la casse de l’Éducation avait été l’isolement des secteurs des différents niveaux de cette dernière les uns par rapport aux autres (cf. l’encart ci-contre) – et même entre les écoles ou les districts (une des divisions administratives du système américain). Il a toujours été très difficile d’organiser quelque chose tous ensemble mais, cette année, les choses ont commencé à changer. La violence des attaques, combinée aux autres attaques sur le plan économique, a suscité un profond sentiment de révolte et un important sentiment d’unité dans la population face à la casse de l’Éducation. Ainsi, il semble aujourd’hui possible de mobiliser beaucoup de monde derrière le mot d’ordre « No cuts to Education » (« Pas de coupes budgétaires dans l’Éducation »).

C’est dans ce contexte que des membres du regroupement « Against Cuts » (« Contre les coupes budgétaires »), à travers leurs syndicats, furent capables d’établir le contact avec les représentants d’autres syndicats de l’Éducation. Ce qui a abouti à une petite coalition de syndicats – celui des profs et autres personnels des écoles publiques, mais aussi différents syndicats des Community College et du système universitaire supérieur. Tout cela a fourni le cadre et les moyens permettant d’organiser la manifestation du 4 mars. On peut espérer que cette coalition puisse être le socle d’une mobilisation plus large cet automne.

Le 4 mars dernier, donc, en Californie, cette stratégie d’unifier tous les niveaux d’enseignement s’est révélée fructueuse. Alors qu’on approchait de la date du rassemblement, il devenait de plus en plus clair que beaucoup de gens allaient sortir dans la rue. L’atmosphère dans les établissements scolaires était électrique. Certaines manifestations ont rassemblé des milliers de personnes dans les grandes villes (Los Angeles, Oakland, San Jose, San Francisco), tandis que d’innombrables rassemblement locaux se tenaient dans les écoles, les lycées et les « community colleges » partout dans l’État.

La manifestation à San Francisco a regroupé entre 12 000 et 15 000 personnes [1]. Les orateurs, à la fin de la manifestation, étaient principalement des étudiants, des enseignants et des membres du personnel de l’éducation, de chacun des quatre niveaux d’enseignement. Aucun politicien n’a été autorisé à prendre la parole lors de ce rassemblement. Les milliers de personnes présentes représentaient la population en général. La rue était remplie d’enfants portant des pancartes contre les coupes budgétaires. On était venu manifester en famille, avec les travailleurs des autres services publics qui subissent eux aussi des restrictions budgétaires massives.

C’était la première manifestation de grande envergure à rassembler tous les niveaux du système éducatif. Beaucoup de gens ont raconté comment ce succès les a remontés à bloc, comptant bien s’impliquer dans l’étape suivante de la mobilisation.

San Francisco, 30 mars 2010

Craig VINCENT


En finir avec la stratégie de la division

Il y a quatre niveaux d’éducation en Californie, chacun avec leurs fonds propres. La majorité des élèves se trouvent dans le niveau « K-12 », de la maternelle à dix-huit ans, soit 6,2 millions d’élèves en Californie.

Le niveau suivant est le système des « Community colleges », plus ou moins équivalents des IUT. Beaucoup d’étudiants choisissent de passer deux ans dans un « community college » pour économiser de l’argent avant d’entamer un cursus universitaire. Près de 3 millions y sont inscrits. Près de 80 % de ces étudiants travaillent aussi à mi-temps, et près du tiers a plus de 40 ans. La plupart sont issus de familles ouvrières, et beaucoup sont immigrants ou fils d’immigrants.

Enfin, il y a deux systèmes universitaires parallèles en Californie, qui couvrent chacun quatre ans : le CSU (California State University), qui compte environ 433 000 étudiants, et l’UC (University of California) avec 222 000 étudiants environ.

Historiquement, à chaque fois qu’il y a eu des coupes dans l’Éducation en Californie, les quatre niveaux se sont divisés, chacun s’activant séparément de son côté pour aller quémander des miettes auprès de l’assemblée législative en place, avec montée à des jours différents à Sacramento, la capitale politique de Californie. Bien entendu, aucun des quatre grands secteurs de l’Education n’a jamais réussi à lui seul à empêcher les coupes budgétaires. Les manifestations unitaires du 4 mars ont été une première.

C.V.


[1On trouvera une vidéo de cette manifestation sur le site : http://www.ustream.tv/recorded/5192052.

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