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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 116, décembre 2017 > Livres

L’Ordre du jour

D’Éric Vuillard

13 décembre 2017 Convergences Culture

L’Ordre du jour

D’Éric Vuillard

Actes Sud, 160 pages, avril 2017, 16 €.


L’ouvrage, qui vient de recevoir le prix Goncourt, n’est ni un roman, ni un livre d’histoire. Mais, mieux, un zoom dévastateur sur les coulisses de l’histoire du nazisme, de la prise du pouvoir en 1933 à l’annexion de l’Autriche (Anschluss) en 1938.

Le récit s’ouvre sur la réunion du 20 février 1933 où vingt-quatre représentants du grand patronat allemand (Gustav Krupp, Wilhelm von Opel, etc.) rencontrent Hitler et Goering. En leur garantissant que l’ordre nouveau respectera la propriété privée et mettra au pas la classe ouvrière, les dirigeants nazis obtiennent des capitalistes le financement de la campagne électorale qui permettra à Hitler d’achever sa conquête du pouvoir. L’un des patrons résume, terre-à-terre : « Et maintenant messieurs, à la caisse ! » Après cette entrée en matière, le lecteur suit pas à pas la politique d’annexion de l’Autriche et les compromissions des hommes d’État français, anglais et autrichiens face à la brutalité de leurs homologues nazis, ces hommes nouveaux, issus des classes moyennes ou des bas-fonds, qui se rient de la légalité bourgeoise et ne comprennent que la force brute qui fonde les rapports impérialistes.

Éric Vuillard cherche à changer le regard que notre époque porte sur ces événements, en soulignant combien ce regard reste marqué par la propagande du temps, qui présentait la progression du nazisme comme irrésistible. En racontant l’Anschluss, l’auteur décrit ainsi la gigantesque panne de l’armée d’invasion allemande, un tragi-comique raté de l’histoire. S’il ne s’intéresse pas aux causes du fascisme, il met en lumière l’une des raisons de son succès : la complicité active ou passive des bourgeoisies européennes.

Vuillard excelle dans un style exigeant qui associe satire et analyse, politique et poésie. Il met ce style au service d’une lecture vivante de l’histoire et se place à la hauteur (ou, pour mieux dire, à la bassesse) de ses personnages. Le portrait des vingt-quatre grands bailleurs de fonds du fascisme est d’autant plus remarquable qu’il montre l’inconsistance de ces hommes qui « se tiennent là impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux portes de l’Enfer ». Derrière ces épouvantails, Vuillard donne à voir l’implacable logique du profit – ce grand capital qu’ils ont incarné, qui leur a survécu et qui nous est si familier : « Ainsi, les vingt-quatre ne s’appellent ni Schnitzler, ni Witzleben, ni Schmitt, ni Finck, ni Rostberg, ni Heubel, comme l’état civil nous incite à le croire. Ils s’appellent BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken. Sous ces noms, nous les connaissons. […] Ils sont nos voitures, nos machines à laver, nos produits d’entretien, nos radios-réveils, l’assurance de notre maison, la pile de notre montre ».

À travers l’exemple du iiie Reich, Vuillard fait le procès du capitalisme contemporain et du cynisme de ses dirigeants, préoccupés de la seule marche des affaires. Une lecture à l’ordre du jour.

Dino BATTAGLIA

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