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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 120, juin-juillet-août 2018

Editorial

Italie-France : d’une révoltante démagogie anti-immigrés à l’autre

Après trois mois de tractations, l’Italie va avoir un gouvernement, formé vendredi 1er juin par les deux partis sortis vainqueurs des élections législatives de mars dernier, l’un populiste – le Mouvement cinq étoiles (en abrégé M5S) –, l’autre d’extrême droite – La Ligue (qui bénéficie du soutien du parti de Berlusconi, ex-président du Conseil et homme d’affaires corrompu). Après tous les rebondissements qui ont précédé la nomination de ce gouvernement, rien ne dit combien de temps il durera. En tout cas, les deux partis prétendus « anti-système » sont en plein dedans.

Italie : l’extrême droite au gouvernement

À peine nommé, ce gouvernement annonce la couleur. C’est le chef du parti d’extrême droite, Matteo Salvini, qui a été nommé ministre de l’Intérieur. Dès le lendemain, lors d’un meeting, il s’empressait d’annoncer : « le bon temps pour les clandestins est fini : préparez-vous à faire les valises ». À l’État de contrôler l’immigration, ajoutait-il, « plus aucun vice-passeur ne doit accoster dans les ports italiens », reprenant ainsi les accusations de son compère du Mouvement cinq étoiles, Luigi Di Maio, qui s’en prend aux ONG de secours aux migrants, surnommées « taxis de la mer » et accusées d’être de mèche avec les passeurs. Rien que dans le week-end des 2-3 juin, une soixantaine de migrants sont morts en Méditerranée.

La démagogie contre les immigrés, donc, bat son plein. Même si, à l’usage du patronat pour qui la main-d’œuvre immigrée clandestine sur-exploitable est une bonne affaire, Salvini adaptait son propos d’un « concernant l’immigration, nous n’aurons pas une ligne dure mais une ligne de bon sens ».

En ce qui concerne la démagogie anti-Europe commune aux deux compères, la grande bourgeoisie italienne veillera au grain afin qu’elle ne perturbe pas ses affaires. Pour l’instant en tout cas, le nouveau gouvernement italien n’a annoncé qu’une chose de ses intentions envers l’Union européenne, toujours contre les immigrés : tenter de renégocier dès ce mois de juin les accords de Dublin, qui obligent les pays où les migrants ont mis leur premier pied en Europe (donc en clair l’Italie, la Grèce ou l’Espagne) à les garder chez eux ou à se charger de les expulser vers leurs pays d’origine.

La bourse, qui a fait ces derniers jours du yoyo, n’a pas de raison de s’affoler.

Vents mauvais et girouette

À l’occasion de la crise gouvernementale italienne, il n’y a pas que la bourse qui a fait du yoyo. Le 25 mai, un premier gouvernement Cinq étoiles-Ligue avait été formé, sous la houlette d’un juriste lié au M5S, Guiseppe Conte. Le 27 mai, le Président de la république italienne le refusait, disant craindre une déstabilisation des rapports commerciaux avec l’Union européenne, et chargeait un ancien haut fonctionnaire du FMI de constituer un gouvernement hors partis. Le 30 mai, il se ravisait, de peur d’avoir à provoquer de nouvelles élections profitant encore plus à l’extrême droite et aux populistes, et renommait Guiseppe Conte, pour former, à quelques permutations de portefeuilles près, le même gouvernement qu’une semaine plus tôt.

On comprend que notre girouette élyséenne, Emmanuel Macron, s’y soit perdue. Le 25 mai, se voulant premier de cordée sur la scène mondiale, il s’empressait de « tendre la main au nouveau gouvernement italien » afin « de continuer à œuvrer ensemble sur les sujets de sécurité, les sujets de migration, sur les sujets géopolitiques, comme sur l’approfondissement de la zone euro ». Le 28 mai, il félicitait au contraire le président italien de son « courage » et son « grand esprit de responsabilité » pour avoir viré ce gouvernement. Le 30 mai, il se taisait, ne sachant plus d’où soufflait le vent.

Une seule chose est sûre : pour ce qui est de la politique sécuritaire comme de la chasse aux migrants (dont 1 500 viennent encore d’être délogés, entre le 30 mai et le 2 juin, par le démantèlement de trois campements à Paris), le président français n’a pas grand-chose à envier aux Salvini et Di Maio.

Macron n’a pas été le seul à bafouiller

Le 20 mai, son principal pourfendeur, Jean-Luc Mélenchon, ne mâchait pas ses mots sur RTL pour se démarquer du Mouvement cinq étoiles (auquel certains journalistes tentent de l’assimiler) et s’inquiéter de l’arrivée possible des « fachos » au pouvoir en Italie. Le 29 mai, il prenait presque leur défense dans son blog, contre le coup de force du président italien, qui ne serait que le résultat du diktat de Berlin. « Toute la presse eurobéate va faire bloc pour critiquer les “ populistes italiens ”, fermer les yeux sur les violences allemandes, encourager le parti du pire », écrivait-il, « c’est-à-dire celui de la normalisation de l’Italie aux diktats des Schaüble, Merkel et autres dominants allemands qu’on ne nommera bien sûr jamais de cette façon ». Et comme il n’aime tout de même pas les fachos, il y allait des ses conseils aux populistes du Mouvement cinq étoiles, les incitant à bien vouloir renoncer à leur alliance avec la Ligue, et par là au pouvoir.

Ce n’est pas l’ambitieux Luigi Di Maio qui allait l’écouter. Mais l’occasion était trop bonne pour Mélenchon d’en rajouter contre le « hareng de Bismark », ou le « serpent monétaire » ancêtre de l’euro qui, selon lui, déjà dans les années 1970 nous obligeait à nous aligner sur le mark. Sans compter les autres sornettes qui lui servent à dédouaner les patrons bien de chez nous et ne peuvent qu’alimenter les mêmes préjugés que ceux qui ont assuré en Italie le succès de populistes réactionnaires et de l’extrême droite.

La faute à l’Europe, ou au chauvinisme français ?

D’autant que s’il fallait chercher ailleurs en Europe une part de responsabilité dans la progression des idées xénophobes et racistes dont s’est nourrie l’extrême droite italienne, c’est bien plus en France qu’il le faudrait qu’outre-Rhin. Car le gouvernement français ne veut pas un seul de ces migrants qui arrivent sur les côtes italiennes (700 000 depuis 2013) et dont les démagogues italiens disent qu’ils coûteraient trop cher. Ce gouvernement français qui a réinstauré entre les deux pays un contrôle des frontières disparu depuis longtemps, visant les seuls migrants venus des pays pauvres, quitte à aller les bloquer jusque sur les cols les plus hauts des Alpes, quitte à poursuivre en justice ceux des habitants de la région frontalière qui leur portent secours. Salvini, en Italie, parle d’expulser 500 000 migrants ? Il suffirait que la France ouvre sa frontière et les accueille dans ce pays riche qui, en Europe occidentale, a la politique migratoire la plus restrictive, pour que le discours d’un Salvini se dégonfle. Mais ce que l’extrême droite italienne projette, l’État français l’a déjà fait à sa manière. Voilà le problème.

La démagogie sociale au placard

Dans le tandem qui arrive au pouvoir en Italie, la démagogie sociale est surtout la spécialité du Mouvement cinq étoiles. Mais elle ne va pas loin. Aux neuf millions d’Italiens privés de revenus, le programme du M5S proposait un « revenu de citoyenneté » de 780 € par mois. Mais attention, les bénéficiaires de ce RSA à l’italienne n’auraient pas le droit de refuser plus de trois offres d’emplois, n’importe quel petit boulot sous-payé. Pour les retraites, le M5S promettait l’annulation de la réforme qui devrait faire passer l’âge de départ de 66 ans et cinq mois actuellement à 67 ans en janvier prochain. Pour la régression sociale, l’Italie est en avance sur la France. Quant à la baisse des impôts promise, elle passerait d’un barème d’imposition allant de 23 % à 43 % du revenu, selon les tranches, à un système allant de 15 % à 20 %, soit une réduction bien plus grande pour les gros salaires que pour les petits, si jamais elle se faisait. Et quand Luigi Di Maio et Matteo Salvini annoncent qu’ils veulent rompre avec l’austérité, c’est pour assurer la « relance économique ». Servir les patrons, donc.

Combattre la progression des extrêmes droites en Europe

Après la Hongrie, la Pologne et l’Autriche, l’arrivée de la Ligue au gouvernement en Italie, au côté des démagogues du M5S, marque une nouvelle étape de la progression de l’extrême droite en Europe. En Italie comme en France, cette progression a été due à la faillite et la trahison de ceux des partis qui se prétendaient de gauche mais n’ont rien fait d’autre que de cautionner, ou de mener eux-mêmes au pouvoir, les politiques d’austérité et d’attaque contre les travailleurs de ces 20 ou 30 dernières années.

C’est seulement la colère du monde du travail, sa solidarité avec les travailleurs immigrés comme par-delà les frontières avec les travailleurs d’Europe et d’ailleurs, le développement de ses luttes, passant par-dessus la tête des directions des appareils syndicaux qui se veulent « responsables » des intérêts de « nos industries nationales » (c’est-à-dire nos patrons), qui, en renversant le rapport des forces, feront reculer tous les préjugés qui alimentent la progression des extrêmes droites.

4 juin 2018

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