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Migrants morts en mer : l’écrasante responsabilité des États et de l’Union européenne

30 novembre 2021 Convergences Monde

Après le drame qui vient de se dérouler dans la Manche, Paris et Londres se sont livrés à un concours de déclarations hypocrites. Priti Patel, la ministre britannique de l’Intérieur, a appelé à « un effort international coordonné pour lutter contre les groupes criminels organisant les traversées illégales de la Manche ». Macron jure que « la France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière » et son gouvernement invite les ministres des pays voisins en charge de l’immigration à une rencontre destinée non pas à changer de politique, mais à « renforcer la coopération policière, judiciaire et humanitaire pour mieux lutter contre les réseaux de passeurs à l’œuvre dans les flux migratoires ».

Tous sur la même longueur d’onde donc, même si chacun s’est renvoyé la balle : un courrier rendu public de Boris Johnson à Macron ayant vexé ce dernier, Darmanin a décidé au dernier moment d’exclure son homologue britannique de la rencontre. Car leur seul souci est de renforcer leurs frontières, rejeter les migrants d’un pays à l’autre, quitte à ce qu’ils se noient en mer. Si les passeurs sont d’ignobles individus, qui sont les responsables les plus criminels, si ce n’est ceux qui bloquent les frontières et créent la possibilité de ces trafics humains ?

« Une véritable honte doublée d’une profonde hypocrisie »

Plusieurs organisations humanitaires ont rappelé quelques vérités élémentaires. Yann Manzi, co-fondateur d’Utopia 56, une association d’aide aux migrants, n’a pas mâché ses mots : « Oui, les réseaux de passeurs sont criminels, mais la France et l’Europe sont aussi criminelles, avec tous ces traitements qui poussent ces gens à prendre des risques. » Il dénonce ensuite la responsabilité de l’État : « Les passeurs sont incriminés, mais il est évident que toutes les réglementations administratives qui empêchent ces personnes de demander l’asile dans notre pays sont aussi criminelles ». Et d’ajouter : «  L’Angleterre reste un objectif parce qu’on leur refuse leur titre de séjour en Europe et on les laisse errer sans droit. »

Côté britannique, Priti Patel fait depuis plusieurs mois preuve d’une imagination débordante pour tenter d’empêcher les migrants de mettre les pieds au Royaume uni. Elle a renforcé les effectifs des garde-côtes, demandé aux pêcheurs de collaborer dans le repérage des embarcations clandestines, évoqué la possibilité de les remorquer de force dans les eaux territoriales françaises au risque de les faire chavirer, voire d’utiliser des scooters des mers pour leur barrer plus facilement la route. Pour Pierre Henry, le président de France Fraternité, « la politique menée par la Grande-Bretagne est une véritable honte doublée d’une profonde hypocrisie… Depuis le début de l’année, il y a eu 30 000 tentatives de passage de la France vers la Grande-Bretagne par la Manche. Cette politique de fermeture a pour conséquence d’enchérir le prix du passage, d’enrichir les passeurs et de rendre plus dangereux, évidemment, ce passage. C’est un drame absolu. »

Le projet de loi du gouvernement conservateur intitulé « Nationalité et frontières » prévoit de punir d’une peine allant jusqu’à 10 ans de prison ceux qui aident les migrants. La Grande Bretagne n’est pas la seule à vouloir criminaliser l’assistance aux migrants. La France l’a fait avant elle, l’Italie et la Grèce aussi, suivies avec enthousiasme par la Pologne au nom de l’identité chrétienne de l’Europe. Toutes ont reçu le soutien de Bruxelles.

Priorité à la matraque

Macron a appelé ses partenaires au « renforcement immédiat des moyens de l’agence Frontex aux frontières extérieures » de l’Union européenne. Or, en juillet dernier, une équipe de députés européens a rendu public un rapport accablant sur cette agence européenne des garde-frontières l’accusant, preuves à l’appui, de violations des droits humains. Frontex a notamment couvert le refoulement de demandeurs d’asile en mer Égée, une pratique illégale exercée par les garde-côtes grecs, et a collaboré avec les garde-côtes libyens (dont les bâtiments sont fournis par l’Italie) dans les violences à l’encontre de réfugiés tentant de fuir la Libye où ils sont traités comme des chiens.

Dans un rapport publié début novembre, la commission d’enquête parlementaire sur les migrations chiffre à 160 millions d’euros (dont 40 millions versés par la Grande Bretagne) le coût en 2020 de la gestion des migrants sur le littoral de la Manche et de la Mer du Nord : 85 % de la somme ont servi à financer les forces de police et de gendarmerie. Seuls 15 % ont été « dédiés à la prise en charge sanitaire, sociale ou humanitaire des populations migrantes ». Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

Bienvenue aux migrants

La crise migratoire actuelle sert de révélateur à l’état actuel du monde où les pays dits riches cherchent à se barricader pour tenter d’empêcher l’arrivée, par tous les moyens, de millions d’hommes et de femmes qui fuient la misère, la répression, ou la famine. L’égoïsme capitaliste dans toute sa splendeur ! Pour la classe ouvrière, les migrants ne sont pas des étrangers mais des frères de combat qu’il faut accueillir à bras ouverts et impliquer dans nos luttes pour un monde meilleur où il n’y aura plus ni murs, ni garde-frontières, ni barbelés.

26 novembre 2021 - Jean Lievin

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