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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 27, mai-juin 2003

Grèves de l’Education nationale : la volonté d’une lutte d’ensemble

Mis en ligne le 17 mai 2003 Convergences Politique

20 000 postes d’aides éducateurs et 5600 postes de surveillants supprimés, remplacés par seulement 16 000 assistants d’éducation, au statut beaucoup plus défavorable, puisqu’ils travailleront 35 heures au lieu de 28 pour la même paye… « Décentralisation », c’est-à-dire transfert aux régions et aux départements de 110 000 personnels Atoss, ouvriers d’entretien, infirmières scolaires, assistantes sociales, conseillers d’orientation et psychologues, avec à la clef la menace de voir disparaître un grand nombre d’entre eux des établissements scolaires. Quasi-disparition des fonds sociaux destinés aux élèves défavorisés. Et la cerise sur le gâteau : Raffarin vient d’annoncer qu’un départ de fonctionnaire à la retraite sur deux ne serait pas remplacé ! Des dizaines de milliers de profs, d’ouvriers, de travailleurs sociaux, d’instituteurs en moins dans les écoles !

Série de provocations délibérées ? Darcos, l’acolyte de Ferry, ministre délégué à l’enseignement, en avait déjà rajouté en répondant dans Libération à des enseignants qui avaient fait usage d’un droit de retrait et cessé le travail, en réaction à des violences graves dans leur lycée, qu’il fallait « accepter d’affronter les élèves tels qu’ils sont, ou alors (…) changer de métier ». Il parlait ensuite de « rouvrir le dossier du métier d’enseignant », en vantant le système anglais où « les personnes qui travaillent dans les établissements scolaires sont tour à tour enseignant, assistante sociale, orientateur, travailleur social, intermédiaire vis-à-vis des familles ou du quartier »…C’était le 27 janvier, le jour même d’une grève organisée par les syndicats !

Le ras-le-bol des attaques du gouvernement… et de l’inertie syndicale

En attendant de s’attaquer au plus gros morceau, les profs, le gouvernement s’en est pris cette année aux catégories supposées les plus vulnérables : surveillants, emplois-jeunes, Atoss. Il commence ainsi à démanteler, par pans entiers, le service public d’éducation.

Face à une telle offensive, les syndicats n’ont pas brillé par leur audace. Certes ils ont tous en chœur appelé à des journées d’action, quatre au total, plus une manifestation dominicale en décembre. Ces journées prétendaient être des démonstrations de force destinées à convaincre le gouvernement de… dialoguer, mais elles étaient sans lendemain, sans plan d’ensemble, sans la moindre perspective tangible de déboucher sur une grève massive et durable, le seul moyen capable faire reculer Raffarin et Ferry. Pendant ce temps, les surveillants et les aide-éducateurs ont tenté de se mobiliser, mais ils ont eu bien du mal à rencontrer une solidarité effective des enseignants, et ils ont été conviés plusieurs fois par les syndicats à faire grève seuls.

En mars, un certain nombre de profs et de personnels scolaires ont fini par laisser éclater leur ras-le-bol de ces promenades syndicales, et ils ont décidé, à l’issue de la journée réussie du 18, dans des assemblées générales départementales ou d’établissements, de se mettre en grève reconductible. C’est à La Réunion que le mouvement a été le plus spectaculaire, avec des manifestations de 20 000 à 25 000 personnes en avril, des taux de grévistes de 60 à 80 %. Des grévistes ont même occupé le rectorat, avant d’en être violemment expulsés, à coups de matraques. Mais aussi dans les académies de Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille, Créteil, ou encore à Lorient et au Havre, des milliers de profs et autres salariés ont pris l’initiative de prendre leurs affaires en main. Aux syndicats ensuite de prendre leurs responsabilités… La plupart, notamment celui qui est majoritaire, la FSU, ont alors soutenu le mouvement, en appelant parfois à la grève reconductible au niveau académique, ce qui ne veut pas dire que les responsables syndicaux faisaient tout le travail concret nécessaire pour étendre la grève aux autres établissements et aux autres académies ! L’information, par exemple, n’était que mollement propagée.

D’emblée, pourtant, la grande majorité des grévistes, dans toutes ces académies, n’a pas voulu se limiter à des revendications locales ou catégorielles. Loin de se barricader dans leur corporation ou dans des problèmes soi-disant spécifiques à leur établissement ou à leur « bassin d’éducation », ils ont cherché à s’adresser à tout le monde.

D’abord, aux autres établissements de leur région, pour les entraîner dans la lutte. Les grévistes ont souvent formé des équipes pour faire le tour des écoles, collèges et lycées de leur ville, discuter avec les collègues, et ils étaient bien plus convaincants alors que la parole du responsable syndical local ! Par exemple à partir des collèges de Saint-Denis, en région parisienne, dont les grévistes sont allés voir leurs collègues du reste du département, puis ont débordé sur les autres départements d’Ile-de-France. Des tracts, discussions et même actions communes ont été proposées aux parents d’élèves. Certains grévistes sont même allés rendre visite à d’autres secteurs, aux postiers, aux cheminots, aux hospitaliers, ou encore à des travailleurs des entreprises privées.

Pour multiplier les initiatives, se coordonner, et rompre avec l’inertie syndicale, des AG les plus larges possibles se sont également avérées nécessaires. Ainsi à partir de réunions d’établissements en lutte, par départements ou par académies, une « coordination provisoire » a fini par se tenir à Paris le 3 mai, avec la volonté de rester ouverte à tous ceux qui veulent étendre le mouvement, combattre la décentralisation, le manque de moyens et de recrutements, la précarité des personnels, le renvoi des surveillants et des aide éducateurs, la réforme Raffarin-Fillon des retraites : une plate-forme de revendications ouverte, de façon à unifier toutes les catégories de personnels menacés, à ne laisser personne de côté.

Vers un mouvement d’ensemble… y compris sur les retraites ?

Le mouvement a mis du temps à se généraliser. A la rentrée des vacances de Pâques, alors que certaines académies n’avaient encore été touchées par aucune grève reconductible, les grévistes de Bordeaux ou de Seine-Saint-Denis en étaient parfois à trois semaines de lutte. D’où le risque d’un épuisement des secteurs les plus combatifs. En mai de nombreux militants de la grève ont donc multiplié les efforts pour entraîner les autres et faire pression sur les organisations syndicales pour qu’elles contribuent à la généralisation, ne serait-ce qu’en y appelant ! Les grévistes de région parisienne ont ainsi formé un cortège très dynamique à la manifestation du 1er mai, et la journée nationale d’action du 6 mai, appelée par tous les syndicats, a montré un nouveau progrès dans la mobilisation. Certes, Ferry s’est plu alors à mettre en avant des taux modérés de grève pour l’ensemble des établissements, mais en réalité le mouvement s’est approfondi : 20 000 à 25 000 manifestants à Paris, plus de 15 000 à Marseille, 8 000 à Toulouse, et à l’issue de la manifestation parisienne, plus de 500 grévistes se retrouvaient à la Bourse du travail, pour une AG d’Ile-de-France représentant 220 collèges et lycées et des dizaines d’écoles, contre une trentaine en début avril.

La logique du mouvement est maintenant de chercher à s’étendre non seulement à toute l’éducation nationale, mais à l’ensemble des salariés, du privé comme du public. Car la réforme gouvernementale des retraites, qui condamne la plupart des enseignants à voir leur pension diminuer de 20 à 30 %, à moins d’accepter de rester en poste jusqu’à 65 ou 67 ans, et réserve des retraites de misère aux plus bas salaires, notamment chez les Atoss, vise tous les travailleurs du privé comme du public. A l’heure où nous écrivons, les enseignants et autres personnels scolaires en lutte avaient donc en ligne de mire la préparation d’une grève et de manifestations les plus massives possibles le 13 mai avec, pourquoi pas, l’ambition de déclencher un mouvement d’ensemble et une grève générale.

8 mai 2003

Bernard RUDELLI

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