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DOSSIER : Industrie de guerre et trafic d’armes à l’heure de la mondialisation

L’offensive des trusts américains

Mis en ligne le 17 mai 2003 Convergences Monde

Les groupes américains disposent d’une suprématie de plus en plus écrasante : Lockheed Martin, Boeing, Raytheon, Northrop Grumman, General Dynamics sont loin en tête pour le chiffre d’affaires réalisé dans le secteur de la « défense », devant les européens Thalès et EADS. Seule la firme britannique BAE Systems a réussi à se glisser à la troisième place en 2002.

Il est vrai qu’ils ont un atout extraordinaire : l’énormité du budget militaire de l’Etat américain. En outre, les démonstrations militaires de l’impérialisme américain au Moyen-Orient ou en Serbie, depuis 1990, et la suprématie politique et militaire des Etats-Unis dans le monde sont aussi des arguments frappants pour les rois du pétrole et autres clients ! La parade des chars Abrams à Bagdad ne va pas arranger les affaires de GIAT Industries, le fabricant des chars Leclerc, en pleine restructuration actuellement.

Une vague de fusions-acquisitions

Cet avantage d’un marché intérieur colossal s’est encore accru ces dernières années, et ce avant même l’élection de Bush et les attentats du 11 septembre : en 1998, l’administration Clinton annonçait une augmentation de 110 milliards de dollars des dépenses d’équipements militaires entre 1999 et 2003, ce qui devait porter le budget militaire total à 325 milliards de dollars. Cette décision tombait à pic pour les industriels de l’armement : dans les années 1990 une vague de restructurations et de fusions-acquisitions a considérablement transformé le secteur. Martin Marietta fusionnait avec Lockheed, Boeing avec Mac Donnel Douglass et Grumman était acheté par Northrop. Résultat : une concentration brutale des capitaux dans un secteur qui accouchait de groupes gigantesques et de centaines de milliers de suppressions d’emplois. La bourse salua ces transformations avec euphorie, mais dès 1999, les cours chutaient et des difficultés de financement apparaissaient, à cause du coût des acquisitions. L’annonce d’une nouvelle envolée des commandes du Pentagone a rétabli l’euphorie !

Depuis Bush a fait mieux, puisque le budget militaire américain est passé à 355 milliards de dollars en 2003, dont une part très importante en commandes de matériels et en subventions à la recherche et développement des entreprises d’armement. Avant une augmentation de 14 % l’année prochaine (sans compter le coût de la guerre en Irak !), et une hausse continue jusqu’en 2007, pour atteindre 450 milliards. A titre de comparaison : l’ensemble des pays européens a aujourd’hui un budget militaire de 150 milliards de dollars. Et en matière de recherche et développement, un secteur particulièrement sensible pour les profits futurs des trusts, la différence entre les Etats-Unis et les Etats européens n’est plus de cinq à deux, mais de cinq à un.

Selon le SIPRI (Stockholm international Peace Research Institute) la part des Etats-Unis dans le commerce mondial des armes conventionnelles est ainsi passée de 34,5 % à 55 % entre 1994, pour se maintenir à ce niveau jusqu’à aujourd’hui. Sur 244 milliard de dollars d’exportations d’armes dans le monde en 2002, 101 milliards sont allés à des firmes américaines.

La conquête des marchés européens

Enfin, les trusts américains mènent depuis quelques années une offensive sur un nouveau front : la conquête des marchés européens. Il ne s’agit pas seulement de vendre plus d’avions, de missiles, de chars, ou de systèmes informatiques militaires. Les groupes américains proposent à des Etats qui peuvent devenir des clients potentiels de participer au montage et même à la conception des nouveaux équipements. C’est le cas du F35, le futur nouvel avion de combat de Lockheed-Martin, qui équipera l’armée américaine : cinq Etats européens participeront à sa construction (Royaume-Uni, Danemark, Pays-bas, Norvège, Italie). Du coup, ces Etats ont refusé de participer au projet allemand d’un avion « européen », l’Eurofighter, la France, elle, ayant préféré faire cavalier seul pour assurer la survie du groupe Dassault, en décidant au début des années 1990 de construire le Rafale. Des appareils qui sont déjà donnés perdants dans la course mondiale aux contrats.

La réaction des trusts européens

Les trusts européens ont réagi à l’offensive américaine en procédant eux aussi à d’importantes restructurations, qui ont notamment accouché du groupe Thalès et de la société EADS (née de la fusion en juillet 2000 de trois groupes, l’un français (Aérospatiale-Matra), les deux autres allemand et espagnol). Ils mènent également campagne pour obtenir l’augmentation des budgets militaires en Europe, une campagne dont Le Monde se faisait récemment le porte-voix complaisant, sous le titre alarmiste « L’Europe de la défense, il est minuit moins cinq » (le 30-03-2003) : « Grande-Bretagne et France peuvent encore, au moyen d’efforts techniques et budgétaires somme toute modérés (aller jusqu’à 2,5 % du PIB), conserver une relative autonomie militaire. Tout se joue maintenant ». Et de se réjouir du « frémissement à la hausse » du budget militaire français (+ 6 % en 2003).

Mais il ne faut pas trop prendre au sérieux ces larmes des marchands d’armes français, qui prétendent se battre pour ne pas mourir… En 2002, ils ont empoché 31,8 milliards de dollars à l’exportation, le tiers, tout de même, des exportations américaines, ce qui les a placés au troisième rang international ! Les Lagardère et autres Dassault luttent en réalité pour conserver leur rang : la France est le plus grand vendeur d’armes par habitant !

Cependant, malgré les concentrations européennes et les discours sur la construction d’une « Europe de la défense », les différents groupes suivent des stratégies différentes, contradictoires… ou complémentaires, face à la concurrence américaine. Certains, en premier lieu les Britanniques, veulent plutôt favoriser des partenariats avec les groupes américains. A l’inverse, Dassault fait le siège du gouvernement français pour avoir de plus en plus de commandes et surtout crie à qui veut l’entendre qu’il faut protéger le marché européen et pratiquer la préférence communautaire. D’où les hurlements de Dassault et bien sûr Chirac quand, en pleine crise irakienne, la Pologne achetait des F16 américains au lieu des Mirages 2000-5 français. D’où la controverse aussi sur le futur avion de transport militaire européen d’Airbus, l’AM-400 : la direction du constructeur préférerait acheter des moteurs américains, 20 % moins chers, alors que les gouvernements favorisent un fournisseur européen, associant notamment Rolls-Royce et la Snecma.

Mais tous, américains comme européens, quelles que soient les divergences de stratégies ou les concurrences, se retrouvent tous d’accord pour faire pression sur leurs Etats respectifs pour qu’ils se lancent encore un peu plus dans la course aux armements !

Bernard RUDELLI


Européens contre Américains ?

« L’Europe de la défense est en train de voler en éclats », déplorait le 4 mars dernier, Henri Martre, président d’honneur d’Aérospatiale. Ce même monsieur Martre est devenu entre autres, aux côtés de Georges Bush père, conseiller du groupe financier américain Carlyle, groupe qui contrôle United Defense, l’un des gros fournisseurs du Pentagone.


Polémiques et réconciliations franco-françaises

Entre le coprésident français du groupe européen EADS, pour qui « il n’est pas possible de faire jouer la préférence européenne » (cité par Le Monde du 19 avril) et qui serait tenté par la recherche à tout prix d’associations avec les trusts américains, et le PDG de Dassault-Aviation qui prône la fermeté pour contraindre les trusts américains à la table des négociations, la polémique ferait rage. Une chose les unit tout de même : la nécessité d’accroître les commandes garanties par l’Etat. Appel reçu 5 sur 5. Mme Alliot-Marie, la ministre de la défense, a inscrit une augmentation de 9,5 % pour les crédits d’équipement de l’armée dans la loi de programmation militaire 2003-2008.

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