Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 103, janvier-février 2016 > Discussion

Discussion

Contribution de la Fraction l’Étincelle au Conseil politique national du NPA des 16 et 17 janvier 2016

Gauche radicale ou lutte de classe ?

Mis en ligne le 11 février 2016 Convergences Politique

L’actualité politique en France est marquée d’une part par le faible nombre de luttes sociales malgré la dureté des attaques patronales et gouvernementales contre les travailleurs, de l’autre par les succès électoraux du Front national - encouragés par les surenchères xénophobes de tous les partis institutionnels, à commencer par le Parti socialiste au gouvernement.

Même si les scores du FN reflètent surtout l’écœurement vis-à-vis du monde politicien, dans une élection (les régionales) que tout le monde considère comme sans grand enjeu (à ceci près que les partis se mènent la guerre des postes, et courent déjà pour la présidentielle de 2017), ils s’accompagnent d’une montée des idées réactionnaires et anti-immigrés. Ouvertement exprimées dans les milieux pro-FN, elles sont aussi distillées voire matraquées par tous les partis, de la droite au PS avec ses bilans officiels d’expulsions d’immigrés qu’il veut « meilleurs » que ceux de Sarkozy, ses opérations de police à Paris ou Calais, ses guerres en Afrique et au Moyen-Orient, et ses grands shows « d’union nationale contre le terrorisme ». Ils font le cinéma, le FN se contente de tendre l’escarcelle électorale.

Mais Hollande persiste et signe. Ses dernières inventions, la déchéance de nationalité comme l’état d’urgence, relèvent du dérisoire en matière de prétendue lutte contre le terrorisme. Elles ont pour but de ne pas se laisser doubler sur la droite en matière de démagogie, et de faire pression sur tout mouvement social, toute manifestation contre la politique gouvernementale sous la menace d’interdiction de rassemblements ou défilés. Cet état d’urgence serait presque ridicule s’il ne servait de prétexte aux directions syndicales et aux partis de gauche qui ont voté ces mesures scélérates pour se montrer plus pleutres que jamais afin de ne pas gêner leurs amis de la gauche gouvernementale. L’émotion face aux attentats a bon dos. Force est de reconnaître que les prétendus leaders du mouvement ouvrier, des hôpitaux ou de la SNCF, n’ont même pas la détermination des opposants au projet d’aéroport NDDL. Et leur absence de riposte ne s’explique pas par le seul manque de combativité des travailleurs. On l’a tous constaté avec le coup de colère à Air-France.

N’allons donc pas pleurer, à l’envers de la réalité, sur le fait que la « perte de confiance du prolétariat dans ses propres forces » se traduirait par « une incapacité de la plupart des organisations réformistes à assumer une politique d’indépendance de classe », comme l’écrit le projet de texte pour la CN « présidentielle » par la P1 envoyé au CPN le 5 janvier dernier. C’est le propre du réformisme de n’assurer aucune « indépendance de classe » aux travailleurs, mais une dépendance vis-à-vis de la classe bourgeoise et de ses partis politiques (de gauche de préférence mais pas toujours).

Une indépendance de classe, seuls les révolutionnaires peuvent la proposer au monde du travail. Notre propagande et nos efforts doivent être centrés sur cette préoccupation. Contre les états d’urgence des patrons et des gouvernements, les classes populaires doivent avancer leurs propres mesures d’urgence (sociale, écologique, démocratique). Ce que nous aurons aussi à défendre à l’occasion de la prochaine élection présidentielle. Une véritable riposte sociale aux attaques en série contre les travailleurs serait d’ailleurs la meilleure façon de faire reculer les préjugés, les désespoirs et l’individualisme dont se nourrit l’extrême droite.

La classe ouvrière serait-elle orpheline de ceux qui la trompent ?

« L’absence d’hypothèse alternative crédible favorise un désarroi politique dans toutes les classes populaires » écrit le texte proposé par les camarades de la P1. Mais qu’appellent-ils une « alternative crédible » ? Une alternative électorale ? Ce serait alors inévitablement une nouvelle tromperie.

Le Front de gauche, dont Mélenchon, n’est plus une alternative. L’article de François Sabado et Pierre Rousset, « Dernier avertissement », écrit mi-décembre pour la revue espagnole Viento Sur et publié en français et en anglais sur le site internet Europe solidaire sans frontières, explicite cette conception de la nouvelle gauche radicale à « reconstruire » qui est la trame du texte de la P1 pour les présidentielles, ainsi que les raisons, à leur avis, de la faillite de cette tentative de « formation de la gauche radicale » présentée par le Front de gauche. Celle-ci serait due à « ses contradictions internes et ses hésitations entre l’affirmation de la nécessité d’une politique d’opposition, souvent formulée par Mélenchon, et les alliances du PCF avec le PS… ». Belle découverte ! À la différence du PCF, n’ayant pas de municipalité à perdre, le carriérisme de l’ancien ministre socialiste Mélenchon, partisan de la « révolution par les urnes », a pu le conduire à afficher parfois quelque indépendance du PS. Mais au point seulement de partir en guerre contre le casque à pointe de Merkel et les harengs de Bismarck ! Car en quoi « l’indépendance vis-à-vis du PS » serait elle devenu un critère de classe, le symbole de la « vraie gauche » dont les travailleurs auraient besoin ? Elle peut n’être que le reflet d’une concurrence, du calcul de prendre la relève lorsque l’autre gauche se serait trop déconsidérée.

Mais exit Mélenchon. Dont acte.

Les deux autres exemples qui resteraient à suivre, aux yeux de nos camarades de la P1, seraient Syriza et Podemos. Ces formations politiques, elles, n’auraient pas émergé des seuls rêves de grandeur d’un ex-ministre délégué, mais d’un réel mouvement social. Sauf que ça n’a été que pour offrir aux travailleurs grecs ou aux indignés espagnols, en guise « d’alternative crédible », une alternative purement électorale. Car si face à « la férocité des puissances bourgeoises de l’Union européenne […] Tsipras s’est incliné », c’est parce qu’il n’était pas venu au pouvoir pour organiser les luttes des travailleurs grecs, mais seulement pour offrir une nouvelle alternative politique à la Grèce (c’est-à-dire au final à la bourgeoisie grecque), une nouvelle politique de gauche, plus à gauche et si possible moins impopulaire, dont en fait ni la bourgeoisie grecque, ni la bourgeoisie européenne n’ont voulu. Et le problème de Tsipras n’est pas qu’il n’a pas osé « s’affronter aux institutions européennes, y compris en allant jusqu’à la rupture avec l’UE », mais qu’il n’a pas voulu s’affronter à la bourgeoisie européenne, à commencer par la bourgeoisie grecque (les fameux armateurs par exemple) en s’appuyant sur la seule force qui pouvait le faire, les travailleurs. Faire croire que les institutions européennes, avec laquelle il faudrait rompre, existent indépendamment des classes sociales, serait faire croire aux solutions nationalistes. Les travailleurs grecs qui ont pu avoir des espoirs les ont vus à nouveau trahis, de quoi accroître encore leur « désarroi politique ».

Podemos n’a pas encore bouclé le même chemin. Mais il en a déjà pris la route, polissant dès ses premiers succès électoraux son langage pour se présenter en potentiel parti de gouvernement, rayant de son programme quelques revendications au radicalisme abusif, comme l’interdiction des licenciements.

Rien de bien neuf sous le soleil, dans ces nouvelles « représentations politiques indépendantes des couches sociales exploités et opprimées » comme il nous faudrait, parait-il, contribuer à en construire en France, pour relever la gauche, seul chemin pour relever le moral des exploités. Et si plutôt, nous les révolutionnaires, on continuait à fonder nos espoirs sur des luttes et grèves d’ampleur - jusqu’à devenir nationales et politiques (preuve n’est pas donnée sur cette planète qu’il ne peut pas y en avoir), au travers desquelles les travailleurs se forgeraient leur propre représentation et surtout leurs propres organisations de lutte ? Il y a déjà bien trop de candidats à la « représentation » des opprimés, du côté de la bourgeoisie, sans s’échiner à assurer la promotion d’une nouvelle !

Quelle candidature pour le NPA ?

C’est sur ces deux analyses bien différentes des tâches des révolutionnaires pour « renforcer le sentiment de confiance [des travailleurs] en leurs forces » et préparer la riposte aux politiques d’austérité et à la progression des idées réactionnaires, que repose notre profonde différence sur ce que doit être la candidature du NPA à la prochaine élection présidentielle.

Les camarades de la P1 proposent bien que le NPA « se donne les moyens politiques et matériels » de présenter un candidat à cette élection. Mais en l’absence « d’un candidat unitaire issu des luttes » qu’on ne peut « attendre comme le messie », écrivent-ils, l’urgence serait de trouver un candidat unitaire de toute « la gauche radicale » (terme qui en soi ne veut rien dire), qui ne serait pas forcément d’ailleurs, nous dit-on, celui que proposerait le NPA. Bien sûr, on peut s’adresser à d’autres. Mais sur quel programme ? Car sous prétexte que les révolutionnaires aujourd’hui seraient trop faibles, et les travailleurs trop démoralisés, il faudrait on ne sait trop quel bas de gamme. C’est certes le temps des soldes ! Du low cost ! Programme à brader dans l’espoir d’en élargir le marché ? C’est une pure illusion. C’est peut-être précisément de chercher à faire trop amie-amie avec les petites bureaucraties politique et syndicale « de gauche », et du coup d’en partager une partie du discrédit auprès des classes populaires, que l’extrême gauche dépérit. Sous des dehors plus « sectaires », mais animée d’une appréciation aussi pessimiste de la situation et de nos possibilités, Lutte Ouvrière ménage souvent de la même façon les « camarades » de la CGT ou du PC. Pour l’avenir de notre courant politique comme celui des travailleurs, il faudrait cesser politiquement d’être en si mauvaise compagnie, ou de donner l’impression qu’on souhaiterait l’être.

Mais admettons, au mépris de la réalité, qu’une « gauche radicale » puisse attirer les voix des travailleurs ou des jeunes révoltés par l’injustice sociale, le racisme ou les méfaits du capitalisme sur la nature. Comment se protéger contre le fait qu’immanquablement elle les trahisse demain ? La fonction de ces formations est précisément de dévoyer les luttes sur un terrain institutionnel. Elles s’en flattent. Elles appellent ça « offrir un débouché politique crédible » !

Ce que nous proposons n’est pas, à l’envers, de ne faire qu’une campagne « identitaire », seulement audible par nous-mêmes. Dans la situation actuelle, on voit mal les partenaires politiques possibles. Les camarades de la P1 le reconnaissent eux-mêmes dans leur texte, ils ne proposent pas une politique, juste une « démarche » ! D’autant qu’ils ne veulent pas se tourner vers les courants qui se disent clairement révolutionnaires, à commencer par Lutte Ouvrière. Mais il nous reste somme toute… les millions d’exploités et opprimés de ce pays, qui entendraient probablement un discours vraiment radical. Voir l’accueil aux bonnes interventions télévisées d’Olivier Besancenot. Il reste les militants des autres partis, des syndicats, amers que leurs dirigeants ne veuillent plus en découdre avec la politique du patronat et du gouvernement.

Notre candidat à l’élection présidentielle, car il faut que le NPA en présente un, a bien plus de chances de se faire entendre en bousculant par des points bien sentis de notre programme révolutionnaire, qu’en étant (quand bien même ce serait possible !) le porte-parole d’un cénacle biffant de son programme toute référence à la lutte de classe, comme l’illustre à titre d’exemple ce texte que Besancenot vient de cosigner avec des sympathisants de la IVe Internationale et des militants du milieu PC espagnol, d’invitation à une conférence à Madrid, du 19 au 21 février, pour un « plan B » à opposer aux capitalistes européens.

De plan B on n’en connaît pas ! Il nous faut le plan R !

11 janvier 2016, par les membres de la Fraction l’Étincelle du CPN

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 103, janvier-février 2016

Mots-clés