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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 103, janvier-février 2016

Editorial

Honte à l’Europe des barbelés

Mis en ligne le 11 février 2016 Convergences Politique

Les dirigeants de plusieurs pays européens viennent de prendre des mesures anti-réfugiés. La Suède annonce qu’elle va expulser 80 000 déboutés du droit d’asile sur les 200 000 qu’elle avait accueillis l’an dernier, tandis que la Finlande s’apprête à en faire autant des deux tiers des 32 000 réfugiés qu’elle a recueillis la même année.

Ce n’est en tout cas pas la France de Hollande et de Valls qui risque d’expulser autant de réfugiés que ces deux petits pays... puisqu’elle a promis d’en accueillir seulement 24 000 en deux ans. C’est-à-dire presque 20 fois moins que la Suède, pays pourtant 10 fois moins peuplé ! Une grosse partie des réfugiés en Suède ou en Finlande peuvent être expulsés... En France, ils n’entrent même pas !

États racketteurs

Un pas supplémentaire a été franchi au Danemark où les députés viennent de voter mardi 26 janvier, à plus de 75 %, la confiscation aux migrants de leurs biens excédant 1 350 euros ! Dans leurs tribulations, les réfugiés avaient déjà dû subir tous les gangs qui pullulent dans les zones de guerre. Désormais, c’est un début, voilà que des députés danois osent ériger des États européens en super-racketteurs. Face aux critiques venues de toute part, les dirigeants danois n’ont reculé que sur la confiscation des bijoux... Le très respectable Washington Post avait comparé l’ensemble prévu de mesures à la spoliation des Juifs par les Nazis...

Mais les dirigeants danois ne sont pas seuls. Depuis le 15 janvier, la Suisse confisque aux migrants tout ce qui excède 1 000 francs suisses (un peu plus de 900 euros). En Allemagne, à l’entrée de la Bavière, on confisque tout ce qui excède 750 euros et, à celle du Bade-Wurtemberg, tout ce qui est au-dessus de 350 euros. La ministre allemande à l’intégration, la social-démocrate Aydan Özoguz, a expliqué qu’un demandeur d’asile est supposé utiliser en priorité ses ressources personnelles, « ce qui inclut également les bijoux de famille ». Apparemment elle ne se sent pas concernée par les protestations qui ont fait reculer les dirigeants de Copenhague...

Les réfugiés seraient donc un « fardeau » insupportable pour l’Europe, la région économique la plus riche du monde ?

Quelle mauvaise plaisanterie ! L’Europe a accueilli, tous pays confondus, 1 million de réfugiés l’an dernier pour... 508 millions d’habitants. Le Liban, accueille 1,5 million de réfugiés syriens alors que le pays ne compte que 4 millions d’habitants !

Ce qui est vrai pour l’ensemble de l’Europe l’est encore plus pour la France. Un sénateur de droite, un certain Karoutchi, a calculé qu’il en coûterait 500 millions d’euros pour accueillir 40 000 réfugiés. Rappelons que Hollande n’est même pas allé si loin et ne s’est engagé à accueillir que 24 000 réfugiés en deux ans. Et que les conditions dans lesquelles les dirigeants français osent maintenir des familles entières dans la « jungle » de Calais ne coûtent certainement pas autant – même Juppé, pourtant peu enclin à la compassion, a trouvé cela « indigne de la France » ! De toute façon, que représentent 500 millions d’euros pour le budget de la France qui, cette année, est de plus de 400 milliards ? L’équivalent de 1,25 euro pour 1 000 euros. Serait-ce hors de portée de la sixième puissance économique du monde ? Que dire alors des 2 à 3 milliards que coûtent annuellement, selon le ministère de la Défense, les seules opérations militaires en République centrafricaine, au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Mali ?

Ce n’est pas de gaîté de cœur qu’hommes, femmes et enfants ont abandonné tout ce qui faisait leur vie, qu’il s’agisse d’Alep écrasée sous les bombes de l’armée syrienne ou d’une ville sous la terreur de Daech.

Qui est responsable de tout ce gâchis ?

Qui a bombardé l’Irak de Saddam Hussein, la Libye de Kadhafi et achevé de déstabiliser toute une région sinon les dirigeants des pays impérialistes ? L’Irak, la Libye ont été livrés à des bandes d’hommes armés rivales qui tuent et rançonnent, se répandant dans des territoires de plus en plus larges, jusqu’en Syrie d’un côté, au Mali de l’autre. C’est la politique des puissances impérialistes qui a provoqué l’émergence de ces organisations qui, de Boko Haram à Daech en passant par Aqmi, terrorisent les populations en Afrique et au Proche-Orient. Chaque bombe que lâche un Rafale de l’armée française sur le Mali ou la Syrie jette sur les routes des réfugiés par milliers qui fuiront les combats en se précipitant vers une Europe qu’ils voient comme une terre promise mais qui se referme sur elle-même en se hérissant de barbelés.

Malheur aux pauvres, malheur aux désespérés ?

Quelle honte ! Comme on est loin de ce mois de septembre dernier où la bouleversante photo du cadavre d’un gamin syrien sur une plage de Turquie avait ému l’opinion et, pour un temps au moins, contraint les dirigeants européens à prendre des accents de compassion ! Finies les larmes de crocodile : ils estiment que les attentats qui ont ensanglanté Paris les dispensent désormais de faux-semblants. La mode n’est plus à la compassion mais aux discours qui n’ont rien à envier à ceux de l’extrême droite.

Dans tous les pays européens se mène désormais, sous la pression de l’extrême droite, une campagne anti-réfugiés. Tout est bon. Les « menaces », en particulier d’infiltration terroriste, qu’ils feraient peser, le « choc des civilisations » que cela représenterait, la criminalité qui sévirait parmi eux... En attendant, c’est l’extrême droite qui se déchaîne. À Calais, une vidéo a fait le tour du Web montrant « un riverain excédé (qui) brandit un fusil devant la manif de soutien aux migrants » – il s’agit en fait d’un militant d’extrême droite aux sympathies ouvertement néonazies participant à une vidéo de propagande. En Allemagne, les agressions de migrants se multiplient, organisées par l’extrême droite. En Suède, des baraquements d’hébergement de migrants ont été incendiés à Göteborg. Samedi 30 janvier, au centre de Stockholm, des dizaines de nervis cagoulés ont réussi à attaquer et bastonner des immigrés présents dans le centre alors que la police, prévenue, était pourtant largement déployée.

Tout est bon pour alimenter un climat délétère. La dureté des discours et, surtout, des mesures contre les réfugiés permet de profiter du climat pour durcir en même temps les mesures contre les pauvres et les plus démunis, et pas seulement les réfugiés.

Le climat actuel, le rejet massif de la politique de Hollande peut bien sûr, profiter à l’extrême droite. Mais peut aussi être le déclencheur d’une riposte du monde du travail, seul espoir pour remettre les pendules à l’heure avec nos gouvernants et les contraindre à ce minimum d’humanité qui ne leur vient, et encore, que lorsqu’ils ont peur de nous.

1er février 2016

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Numéro 103, janvier-février 2016

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