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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 103, janvier-février 2016

Dérèglement climatique

Les dégâts du business agricole

Mis en ligne le 11 février 2016 Convergences Société

La COP 21 a choisi de ne pas s’en occuper. Pourtant, 40 % des humains sont agriculteurs et plus de la moitié des terres de la planète sont utilisées pour l’agriculture : c’est une activité primordiale pour la survie de l’humanité.

Toutes les agricultures n’ont pas le même impact sur le climat. Il y a les évidences, comme les tomates produites en hiver sous serre qui ont un bilan carbone de 10 à 20 fois plus élevé que celles cultivées en plein champ. On sait aussi que l’élevage, notamment bovin, provoque l’essentiel des rejets de gaz à effet de serre (GES) avec le méthane issu de la digestion du bétail. L’alimentation des ruminants à l’ensilage de maïs plutôt qu’à l’herbe augmente de plus d’un tiers les émissions de méthanes dues à leurs flatulences et provoque des maladies intestinales. La logique serait de ne plus avoir recours au maïs. Mais, pour les capitalistes, il est plus profitable de mettre sur le marché des enzymes pour réduire la quantité de méthane expulsée, et de ne pas remettre en cause le business autour de la culture du maïs (semenciers, fabricants de désherbants et insecticides) [1] !

Quel élevage ?

La FAO [2] estime, elle, que les exploitations bovines faiblement productives d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine sont plus polluantes que les grandes exploitations européennes ou américaines. Mais c’est sans prendre en compte ce qui est indispensable aux élevages industriels : l’apport de protéines pour remplacer l’herbe que seul l’appareil digestif des ruminants peut transformer en protéines (prairies et pâturages qui contribuent d’ailleurs à stocker du CO2). Par exemple, en France, l’élevage importe des tourteaux de soja provenant essentiellement du Brésil, ce qui « coûte » 7,7 millions de tonnes de CO2 ; et 11 millions pour l’importation des engrais et produits azotés utilisés dans les cultures [3].

La déforestation

Au Brésil, les forêts primaires sont détruites pour cultiver le soja qui alimente le bétail et la canne à sucre pour produire du bioéthanol. Dans le monde entier, l’agriculture industrielle laboure des terres conquises sur les savanes, les zones humides, les forêts. D’après la FAO, l’avancée de la « frontière agricole » est responsable de 70 à 90 % de la déforestation mondiale, sachant que plus de la moitié des terres ainsi récupérées sont destinées à des produits agricoles d’exportation ! Dernièrement, les scientifiques se sont rendus compte que la sécheresse qui sévit depuis 4 ans en Californie (premier producteur de fruits et légumes des États-Unis) est due aux déforestations massives de l’Amazonie !

L’ONG Grain [4] a essayé d’analyser tout ce qui intervient dans la production et le cycle de vie de nos aliments, c’est à dire de prendre en compte les filières en amont et en aval (déforestation-changement d’affectation des terres-épuisement des sols, les transports, la transformation et l’emballage, la congélation, la vente au détail, la gestion des déchets). Sa conclusion : de 44 à 57 % du total des émissions de GES proviendrait du système alimentaire mondial [5].

Ce système alimentaire industriel, construit par les firmes capitalistes pour leur profit, contribue à la crise climatique : il n’est pas durable et ne permet pas de sortir de la sous-alimentation chronique le milliard d’hommes qui en souffre.

26 novembre 2015, Élise MOUTIER


[1Avec l’encouragement des pouvoirs publics puisque les aides sont de 130 € l’hectare d’herbe contre 230 € l’hectare de maïs.

[2Food & Agriculture Organization of United Nations (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture).

[3D’après les données de Diaterre, de l’Inra et de l’Institut français de l’environnement (Ifen).

[4www.grain.org/fr/article/entries/4363-alimentation-et-changement-climatique-le-lien-oublie

[5Déforestation (15 à 18 %), Agriculture (11 à 15 %), Transport (5 à 6 %), Transformation /Emballage (8 à 10 %), Congélation/vente au détail (2 à 4 %), Déchets (3 à 4 %).

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Numéro 103, janvier-février 2016