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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 15, mai-juin 2001

Editorial

Ensemble contre les licenciements

Mis en ligne le 1er juin 2001 Convergences Politique

Rarement plus qu’en ce printemps 2001 l’extrême gauche n’aura trouvé une telle place dans les médias. Du Figaro au Monde en passant par le Nouvel Observateur et les quotidiens provinciaux, pas d’organe de presse qui ne lui aura consacré sa page, voire ses pages. Et tous, secrètement réjouis pour ceux qui penchent à droite ou ouvertement inquiets pour leurs confrères de gauche, de s’interroger sans faire mystère de leurs préoccupations. Au vu des résultats des dernières élections municipales, LO et la LCR, unies ou non, peuvent-elles causer l’échec de Jospin aux présidentielles et de la gauche plurielle aux législatives de l’année prochaine ? Pour nous, évidemment, la question est loin d’être aussi cruciale qu’elle paraît à tous les commentateurs de droite ou de gauche. Il est fort possible que les voix de l’extrême gauche manquent à la gauche en 2002. C’est déjà arrivé en mars dernier dans un certain nombre de municipalités. Quoi d’étonnant ? En ce vingtième anniversaire de l’élection de François Mitterrand, deux décennies d’alternance ou de cohabitation n’ont-elles pas démontré que l’élection de Jospin ou de Chirac ou d’une majorité de droite ou de gauche ne change pratiquement rien à la politique du gouvernement et absolument rien au sort des classes laborieuses ? Comme l’ont répété en substance, chacun de leur côté, Arlette Laguiller ou Alain Krivine, si Jospin va dans le mur en 2002 il n’aura à s’en prendre qu’à lui-même et à sa politique pro-patronale et anti-ouvrière. On ne peut à la fois travailler à l’aggravation de l’exploitation et être assuré du vote des exploités. Les pires choses ont heureusement une fin.

La perspective que, contrairement aux dernières municipales, LO et la LCR pourraient bien cette fois se retrouver alliées aggravent encore les inquiétudes des jospinistes. Les positions des deux organisations sur l’attitude à prendre au deuxième tour, pas d’appel pour la gauche gouvernementale, semblent en effet se rapprocher. Nous, qui militons pour cette alliance sur la base d’une rupture claire envers cette gauche gouvernementale et un programme de lutte de classe, nous ne pouvons que nous réjouir de ces inquiétudes, en espérant que l’avenir prochain les justifiera pleinement.

L’épreuve de vérité

Pourtant LO et la LCR ont, à notre avis, à répondre d’abord à une question autrement importante. Comment contribuer à mettre en échec l’offensive patronale qui, au lendemain même des élections municipales, a repris de plus belle avec une vague de plans sociaux, de suppressions d’emplois et de licenciements d’une ampleur rarement atteinte ? C’est là le défi auquel l’extrême gauche doit répondre aujourd’hui, celui sur lequel elle peut et doit être jugée. Car ses succès électoraux ne prendront tout leur sens que s’ils servent à intervenir toujours plus fortement et plus efficacement dans la lutte de classe, sur les terrains qui intéressent directement les travailleurs.

Ces deux ou trois dernières années l’actualité ou plutôt l’offensive patronale tous azimuts a offert à l’extrême gauche de multiples opportunités d’intervenir. Lois Aubry sur la réduction du temps de travail, création du PARE contre les chômeurs, propositions scélérates du MEDEF sur les retraites, autant d’occasions qui nous ont été fournies de se débarrasser des illusions dans la gauche plurielle et trouver l’audace politique de proposer une perspective de lutte au mouvement ouvrier tout entier.

Aujourd’hui une nouvelle occasion se présente. Les plans sociaux annoncés, LU-Danone, Marks & Spencer, mais aussi tous les autres, ont causé une émotion considérable parmi les salariés. La popularité du mot d’ordre de boycott des produits Danone, lancé par les salariés des usines menacées eux-mêmes, en est un signe parmi d’autres.

Le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour voler au secours des patrons licencieurs, appuyé par les partis de la gauche plurielle qui se disputent la palme à qui trouvera la formule législative qui permettra de faire croire qu’on tente d’adoucir le choc pour les licenciés… surtout sans s’opposer aux fermetures d’usines ni aux suppressions d’emplois.

Certes le Parti communiste, en organisant une manifestation autour des LU de Calais, et en reprenant le slogan d’interdiction des licenciements, a pris une position ferme. Il n’a pourtant pas tardé à en faire douter en réaffirmant immédiatement son soutien et sa participation à un gouvernement qui soutient les licencieurs et en atténuant bien vite ses formules d’opposition radicale à tous les licenciements. Quant aux confédérations syndicales, aucune, y compris la CGT, n’a jusqu’ici vraiment proposé d’engager le combat à la hauteur des attentes de bon nombre de travailleurs…et de bon nombre de leurs militants.

Pour une grande manifestation nationale à Paris le 9 juin

Heureusement, cette fois les perspectives sont venues des entreprises menacées. Les travailleurs de LU, Marks & Spencer, AOM-Air Liberté, ont manifesté, fait grève, occupé leurs entreprises, puis Moulinex, Pechiney Marignac, d’autres encore à leur suite. Mais ils ont fait plus. Ils ont commencé à faire converger leurs luttes, les Marks & Spencer rejoignant les manifestations des LU, ceux-ci allant retrouver les Moulinex, etc… Et autour des LU de Ris-Orangis ils ont lancé l’idée d’une mobilisation de tous les salariés, des usines menacées et des autres, dont une prochaine étape sera une grande manifestation nationale le 9 juin à Paris.

Maintenant les hésitations ne sont plus permises. Les prétextes, celui de la faiblesse de nos organisations par exemple, pour ne pas jeter toutes nos forces dans cette lutte ne sont plus admissibles. L’extrême gauche doit prendre toute sa place dans cette mobilisation. D’autant plus que rien n’est gagné d’avance. Le PCF s’est déjà dit partie prenante, mais la majorité des syndicats, à l’heure où nous écrivons, sont encore sur la réserve. Partout il s’agit donc de convaincre les militants, les sections syndicales et les syndicats de base, et à travers eux de faire pression sur les directions, pour imposer dans un premier temps cette manifestation appelée par les LU, Marks & Spencer et AOM, et dans un second la continuation de la mobilisation jusqu’à ce que les patrons comme le gouvernement plient et cèdent.

Voilà les bases d’une intervention commune de LO et de la LCR, immédiate, sur le terrain de la classe ouvrière. Chacune de son côté et à sa manière les deux organisations prônent dans les grandes lignes les mêmes politiques. Les coordonner ne pourrait qu’amplifier leur impact et leur efficacité. Le terrain de la lutte de classe est bien pour les révolutionnaires prolétariens le premier où il nécessaire de faire cause commune dès qu’il y a accord politique sur l’essentiel.

Et aujourd’hui l’essentiel c’est bien de vouloir développer au maximum la lutte pour l’interdiction des licenciements, soutenir toutes les actions diverses proposées par les travailleurs des entreprises menacées ou certains syndicats comme la CGT, le 22 mai, puis faire que la prochaine étape, une grande manifestation nationale à Paris le 9 juin, soit un succès tel qu’il prépare les étapes suivantes.

13 Mai 2001

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