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« ¡ ES LEY ! » Victoire pour les Argentines !

30 décembre 2020 Article Monde

Deux ans après la première proposition de loi pour un avortement libre, sûr et gratuit, qui avait alors été rejetée par le Sénat, la loi de légalisation de l’avortement est enfin adoptée par 38 voix pour, 29 contre et 1 abstention. Après une lutte de longue haleine, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est enfin légale en Argentine, sous les cris de joie des dizaines de milliers de manifestantes que comptait la marée verte dans les rues alentour du Sénat le 29 décembre.

C’est une victoire historique pour les droits des femmes, dans un pays où 500 000 d’entre elles avortent clandestinement chaque année, et où 38 000 sont hospitalisées à la suite de complications.

L’IVG légale… mais encore surveillée

La légalisation de l’avortement faisait partie des promesses de campagne d’Alberto Fernandez lors de son élection à la présidence en 2018 : pour tenter au mieux de ménager la chèvre et le chou, il avait déclaré : « Je suis catholique, mais je dois légiférer pour tous. » En effet, dans un pays comme l’Argentine, pays d’origine du pape, le poids de l’Église catholique et des évangélistes est encore très fort. Mais celui des manifestants et des manifestantes pro-choix l’est aussi, particulièrement depuis 2008 où cette lutte a pris de l’ampleur, derrière la Campagne nationale pour le droit à l’avortement, regroupant près de 300 organisations.

C’est le gouvernement lui-même qui a proposé le projet de loi, ce qui lui a permis d’y glisser quelques concessions aux anti-IVG, qui manifestent dans la rue avec leurs foulards bleus. On n’est jamais mieux servi que par soi-même !

La loi de légalisation de l’IVG, si elle permet d’avorter librement pendant les 14 premières semaines de grossesse, prévoit en revanche des peines de prison pouvant aller de trois mois à un an pour les femmes qui avorteraient après le délai légal. Cette loi contient également une clause de conscience, permettant au personnel médical de refuser de pratiquer un avortement. Cette mesure permet en réalité de laisser libre cours à l’influence de l’Église, et participe à limiter la mise en place de l’IVG.

La lutte paye !

Bien que la légalisation de l’avortement ait été une promesse de campagne de l’actuel président, la victoire que constitue ce vote n’a été obtenue que parce que des centaines de milliers d’Argentines et d’Argentins se sont battus pour l’obtenir. En effet, la vitrine progressiste qu’a tentée de mettre en avant le gouvernement d’Alberto Fernandez s’est vite brisée : le jour même de la proposition de loi pour l’avortement, des mesures d’austérité étaient discutées au Sénat, avec en première ligne la désindexation des pensions de retraite sur l’inflation, et le budget austéritaire soufflé par le FMI était adopté !

Si la lutte paye, celle pour l’IVG en Argentine a été un combat de longue haleine. Les premières grosses manifestations pour la légalisation de l’avortement datent en effet des années 80, à la suite de l’interdiction de la vente libre de contraceptifs par le gouvernement de Perón, en 1974. Mais c’est en 1988, puis dans les années 2000, et plus encore ces dernières années que les mobilisations ont été très fortes. Créé en 2005, le collectif de la Campagne nationale pour le droit à l’avortement a tenté de déposer sept fois un projet de loi avec pour mot d’ordre : « Éducation sexuelle pour décider. Contraceptifs pour ne pas avorter. Avortement légal pour ne pas mourir. » Ce n’est que la septième fois que ce projet a été examiné et approuvé par la Chambre des députés en 2018. C’est le refus par le Sénat qui a redonné un élan à la mobilisation, avec le foulard vert comme symbole de la lutte.

Ces mobilisations ont une importance particulière dans un pays encore très imprégné par la présence de l’Église, qui n’a pas hésité à mobiliser contre cette loi, en foulard bleu, pour « défendre les deux vies », ou en appelant à des journées de jeûne et de prière. Pour marquer leur protestation, les évêques n’ont pas adressé leurs traditionnels vœux de Noël au président. En plus de l’influence de l’Église catholique, toujours financée par l’État, les Églises évangélistes prennent de l’ampleur en Argentine et en Amérique latine, particulièrement dans les quartiers pauvres.

La légalisation de l’avortement constitue une victoire historique, car l’Argentine fait désormais partie des quatre pays en Amérique latine où l’avortement est légal : Cuba (1965), le Guyana (2006) et l’Uruguay (2012), sans compter la ville de Mexico (2007) et l’État de Oaxaca (2019) au Mexique. C’est aussi une avancée considérable dans la lutte contre l’influence des idées religieuses dans un contexte où les idées réactionnaires gagnent du terrain partout dans le monde.

Une bataille victorieuse… Mais une guerre encore à gagner !

En Argentine, cette victoire pourrait en appeler d’autres, pour les droits des femmes à disposer de leur corps, pour la séparation de l’Église et de l’État, et contre toutes les mesures anti-ouvrières imposées par le gouvernement et le patronat.

En manifestant devant le Sénat pendant les longues heures de débat ce 29 décembre, les Argentines ont montré qu’elles ne comptaient que sur leurs luttes pour imposer leur choix.

La victoire de cette mobilisation, au travers les nombreuses manifestations, mais également par quelques appels à la grève, pourrait redonner force et confiance aux luttes des pays alentour. Au Chili, au Mexique, au Venezuela, en Colombie, le 8 mars dernier a donné lieu à d’énormes manifestations pour le droit à l’avortement, mais aussi contre les féminicides dans la suite du mouvement « Ni Una Menos » (pas une de moins). Ces combats sont aussi d’actualité sur d’autres continents, comme en Pologne ou des centaines de milliers de femmes étaient cette année dans la rue contre les restrictions de l’IVG par le gouvernement réactionnaire du PiS.

L’année 2020 se termine par une victoire et impose la bonne résolution de 2021.

Oui, la lutte paye !

Mathilda Nallot

(Source photo : page Facebook du Partido Obrero)

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